mercredi,28 octobre 2020
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Envisager «l’année blanche» à l’UOB n’a guère valeur de proposition syndicale, mais plutôt de démission

Si lors de son point de presse du 15 septembre 2020 le Syndicat national des enseignants-chercheurs section Université Omar Bongo (SNEC-UOB) avait fustigé l’incapacité du gouvernement à garantir un dispositif sanitaire adéquat en prélude à la reprise des cours, appelant le gouvernement à décréter l’année blanche, certains acteurs n’ont pas manqué de s’inscrire en faux dans cette démarche. Dans une tribune parvenue à Gabon Media Time le Vice-Doyen de la Faculté de lettres et sciences humaines Pr. Steeve Robert Renombo a estimé que cette proposition n’était en rien une solution. Ci-dessous, l’intégralité de ladite tribune. 

« Lors de son point de presse du 15 septembre 2020, au sujet de la reprise des activités pédagogiques à l’université Omar Bongo, le président du SNEC section UOB a méthodiquement recensé les problèmes d’ordre infrastructurel, pédagogique voire financier qui minent l’institution, pour conclure sur la possibilité d’une année blanche. Cette proposition a par ailleurs été réitérée, sur les antennes de RFI, en date du 23 septembre 2020.

Si pour l’essentiel, je me reconnais dans la pertinence de cet inventaire des maux affectant l’alma mater des universités gabonaises, je me démarque par contre, et radicalement, quant à la thérapie envisagée, à savoir l’année blanche car, dans le cas d’espèce le remède préconisé peut s’avérer autrement plus mortel que la maladie. De la sorte, envisager l’année blanche n’a guère valeur de proposition syndicale, mais, tout autrement, de démission…

En effet, qu’elle serait la valeur ajoutée d’une année blanche ? de quels gages disposerait-on pour s’assurer qu’après ce blackout pédagogique, la conjoncture académique s’améliorerait substantiellement ? Aucun ! Alors il ne nous reste plus qu’à faire face en opposant à la crise, l’érection de la pensée.

Là où croît le péril, là croît aussi ce qui sauve (Hölderlin)  

Le philosophe Nietzsche enseigne que les évènements nous surprennent parce qu’advenant comme sur les pattes d’une colombe. Mais il précise aussi que l’événement doit nous être une opportunité de penser. Ainsi, c’est la planète académique tout entière qui s’est trouvée surprise par le déferlement viral de la pandémie du Covid 19. Alors, a-t-on pu observer, à l’échelle mondiale, y compris dans les démocraties occidentales qui nous servent trop souvent de modèles, l’organisation souvent tâtonnante mais résolue d’une riposte multisectorielle. Et, c’est par la seule synergie de cette véritable noria, où les acteurs institutionnels furent relayés par les « simples » et les « sans-grades », que l’on a enfin pu faire capituler l’ennemi viral, sans qu’il soit pour autant vaincu…Mais tandis que s’atténue la lutte épidémiologique, les communautés sont mises en demeure de produire des trésors d’inventivité et d’ingéniosité pour réorganiser la société dans tous ses compartiments, et « réparer » la vie ; attestant ainsi de l’infinie supériorité de l’Esprit humain sur les événements catastrophiques.

Dans la perspective de cette résilience de l’Esprit, que serait-on en droit d’attendre des organisations syndicales, qui sont d’abord des partenaires sociaux : qu’elles jettent aussi leurs forces dans la bataille, qu’elles ne soient plus seulement assignées à un office de dénonciation, fut-il objectif, mais aussi à une exigence de proposition. Or, en cette matière, aucun des décanats de nos deux facultés n’a à ce jour enregistré le moindre recueil de propositions qui résulteraient de la réflexion et participation syndicales.

Le temps de l’héroïsme académique 

S’il est vrai que l’université est malade alors de grâce, par patriotisme académique, gardons-nous de tirer sur l’ambulance qui transporte les infirmiers du savoir, comme autant de petites mains associées pour s’employer à juguler le mal. Et qui sont ces vaillants soldats ? Ces héros presqu’anonymes du quotidien académique ? En première ligne les responsables de l’administration universitaire qui ont entrepris de faire nettoyer à l’eau javellisée toutes les salles de cours et ont acheté du savon pour le lavage des mains, en plus de la réception d’un don de gels hydro-alcooliques de la SOBRAGA ; les mêmes responsables qui ont mis à la disposition des enseignants un plan d’affectation des salles tenant compte des « capacités Covid ». Quant au ministère de tutelle, il a d’ores et déjà fait disposer plus d’une dizaine de cuves d’eau que la SEEG est récemment venue approvisionner.

En seconde ligne, les Directeurs de Départements et les Enseignants dont la mobilisation exemplaire s’est traduite par la proposition aux décanats des stratégies de « condensation pédagogique » visant à réduire le temps pédagogique en présentiel, en exploitant notamment les solutions numériques, des versions de fascicules « augmentés » et des systèmes de pondération horaire. Ces dispositifs ont permis à la FDSE et aux Départements de la FLSH accusant un certain retard (Psychologie et Sociologie) de progresser significativement durant le mois d’aout et une partie du mois de septembre. 

Cette politique des « petits pas académiques » vaut toujours mieux que l’immobilisme sclérosant. Il n’est donc pas nécessaire d’agiter les peurs, de vouer les Doyens aux gémonies et de les agonir d’injures, comme dans la tribune en ligne du journal Top Infos (22 septembre) Gabon qui visiblement ne repose sur aucune enquête in situ.

Sur ces entrefaites, de quelle logique la déclaration d’une année blanche procéderait-elle, lorsqu’un Département comme les Etudes anglophones a même déjà organisé ses examens sanctionnant la fin du premier semestre et initie les cours comptant pour le second ?

L’année blanche : à qui profiterait ce crime pédagogique ?

Toute situation exceptionnelle requiert des mesures conjoncturelles et inédites. Ainsi serait-il inconséquent de vouloir exiger que l’année académique 2019-2020 soit validée selon des standards pédagogiques classiques : cela ne s’est fait nulle part dans le monde. A la une du quotidien français Libération du 16 septembre 2020, on pouvait lire : « Universités. Une rentrée en démerdentiel », pour bien noter la nécessité du « bricolage », mais dans une acception non péjorative puisque, le « bricolage » est aussi un concept dynamique des sciences humaines ; notamment promu par Levi Strauss puis Paul Ricœur.

Alors peut-être que les dispositifs sanitaires en présence ne permettent pas un risque zéro de contagion, mais où dans notre pays et dans quel secteur d’activités ou de la vie sociale ce risque est-il en totalité neutralisé ? D’un autre point de vue, une année blanche signifierait que depuis la rentrée académique du 27 janvier 2020 et jusqu’au 13 mars, date de fermeture des établissements scolaires et universitaires, nous n’aurions participé à aucune activité pédagogique et de recherche. Si tel est le cas, rétrocédons gaiement à l’Etat les salaires indûment perçus durant ces mois d’improductivité professionnelle. Une année blanche ne constitue un préjudice ni pour les gouvernants ni même pour les enseignants que nous sommes, mais pour les seuls enfants de la République qui triment chaque jour pour se tracer un chemin dans la vie, et dont les efforts consentis se trouveraient réduits à néant. La rentrée académique 2021 est programmée pour le mois de février prochain, alors que celle de l’année académique qui s’achève l’avait été le 27 janvier 2020 ; le décalage ne porte donc que sur deux à trois semaines : ainsi, guère de péril insurmontable en la demeure UOB !

Ma prière pour finir, à mes collègues et non moins amis syndicalistes c’est de « serrer » le cœur et de s’associer, vaille que vaille, au sauvetage de cette chère institution qui, en dépit de ses pathologies, a produit pour ce pays des milliers d’esprits scientifiques sains. Cette conjonction des énergies des « acteurs d’en bas » que nous sommes n’est certainement pas de nature à résorber la fracture académique, mais peut à tout le moins, en réduire les lignes de faille… C’est peut-être ici que se situe notre responsabilité générationnelle, telle qu’elle se trouve mise en résonance dans ce mot éclairant d’Albert Camus : 

« Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde ne se défasse »

 

Pr. Steeve Robert RENOMBO

Maître de conférences/HDR

Vice-Doyen de la FLSH »

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