mardi,21 septembre 2021
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Entre les Gabonais et leur police, pourquoi un tel désamour?

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Peu nombreux sont nos compatriotes qui font encore confiance aux forces de l’ordre. La défiance des populations gabonaises envers la police est désormais un fait avéré, qui semble malheureusement s’inscrire dans la durée. Pourtant loués lorsqu’ils interviennent pour les difficultés du quotidien, ils sont tout de même honnis la plupart du temps. Les policiers entretiennent une relation ambiguë avec la population. Pourquoi ?

Porter l’uniforme ne semble plus susciter le respect et l’estime des Gabonais, chez qui la présence de la police provoque soit de l’inquiétude soit de l’hostilité. Nous doutons qu’un tel niveau de défiance ait été atteint auparavant.

La majorité de nos compatriotes sont persuadés que les forces de l’ordre abusent de leurs pouvoirs ou autorité quand une infime minorité trouve quand même l’institution efficace. La police ne dispose d’aucun capital sympathie auprès de la population. Ce désamour est particulièrement exprimé chez les jeunes, les syndicats et les militants de l’opposition.

Arrestations arbitraires, racket, corruption, impunité, violences physiques et répressions systématiques de manifestations… Tous ces facteurs ont creusé le fossé entre les Gabonais et leurs forces de l’ordre ; car, les atteintes aux droits de l’Homme sont monnaie courante et la police paraît souvent au cœur de l’insécurité.

D’abord, la police apparaît de plus en plus comme un organe de répression au service des gouvernements successifs qui, disons-le clairement, ont toujours été impopulaires auprès des Gabonais. Nous avons les nombreux cas de violences policières enregistrés à l’occasion de manifestations syndicales ou estudiantines et de mouvements de contestation de l’opposition. 

Ensuite, avec les réseaux sociaux, de nombreuses images et vidéos circulent, mettant en scène nos policiers dans des circonstances loin de leur être avantageuses (abus d’autorité sur des riverains ou racket sur des transporteurs, agents en uniforme dans des débits de boissons, etc.). Le plus souvent, elles suscitent des vagues d’indignations et de colère chez nos compatriotes. 

Enfin, ce qui ne passe pas chez nos concitoyens, c’est le sentiment d’impunité dont jouissent les auteurs et responsables de ces faits récurrents. Cette impunité demeure, et concourt à la répétition de ces actes que l’opinion publique désapprouve.

L’image de la police est ternie et totalement désastreuse dans l’opinion. Les critiques sont nombreuses et cruelles. Notre police est jugée archaïque, indisciplinée et « dépassée par les événements ». Il est reproché aux forces de l’ordre de cibler prioritairement les syndicalistes, les opposants et les étudiants, alors que les voyous et délinquants (en col blanc notamment) écument nos rues et narguent les Gabonais. La police, selon nos concitoyens, développerait donc une sorte d’impuissance face aux criminels et ferait un usage excessif de la force avec les citoyens lambda.

Même dans les milieux habituellement acquis aux forces de l’ordre, le mécontentement se fait aussi entendre. La gestion du maintien de l’ordre lors de chaque manifestation revendicative et les différents récits, vidéos et images qui circulent sur internet ne font qu’accentuer le phénomène de défiance envers l’institution qu’est la Police. Ce qui la rend, sinon plus détestable, du moins plus méprisée par nos compatriotes. 

Conséquences de la défiance : les incivilités envers les personnes dépositaires de l’autorité publique augmentent. L’actualité et les attitudes des Gabonais le montrent : nos forces de l’ordre sont la cible d’agressions physiques et verbales, de plus en plus violentes. Des policiers frappés par des concitoyens. Certains sont copieusement injuriés et traités de tous les noms d’oiseaux, d’autres traînés sur des capots de véhicules par des usagers qui refusent d’obtempérer aux contrôles routiers, etc. Les faits divers s’accumulent et la situation ne cesse de se dégrader.

Dans l’exercice de leurs fonctions, les agents de la force publique sont méprisés et peu respectés. Nombreux sont nos compatriotes qui les filment pour ensuite publier ces images avec l’intention de nuire à l’intégrité physique ou morale des agents. Ce qui inquiète particulièrement les forces de l’ordre.

Moral en berne, les policiers déplorent leurs conditions de travail en constante détérioration et le fait d’être considérés comme le bras armé du gouvernement. En effet, alors que leurs missions ne cessent d’évoluer, de se densifier et de se complexifier, avec la pandémie, les conditions de travail et de stress des policiers se sont dégradées. A cela, s’ajoute leur manque de formation et d’adaptation aux milieux dans lesquels ils sont envoyés en intervention, ou au public auquel ils sont confrontés. Une partie des policiers qui font du maintien de l’ordre ne sont ni formés, ni équipés, ni entraînés, donc ils font n’importe quoi, soyons honnêtes !

Il se dit d’ailleurs, dans les rangs des forces de l’ordre, que les agents seraient « démotivés et usés » ; car, sous-payés, mal formés et mal équipés. Il faut dire qu’entre les devoirs du quotidien (sécurité publique, maintien de l’ordre…), et la mobilisation due à la pandémie, ils sont constamment sur la brèche, dans un état de tension permanente

Par ailleurs, les policiers estiment qu’avec les réseaux sociaux, nous assistons à une « guerre de l’image » qu’ils ont perdue d’avance, qu’ils ne peuvent guère faire plus pour se défendre. Car, les pulsions des individus y sont plus violentes d’autant plus que leur diffusion est rapide, publique et totalement discontinue, aux dépens de ceux qui sont attaqués : c’est-à-dire les agents de police. Ils pensent, en outre, que les opinions négatives et l’antipathie qu’ils suscitent chez les Gabonais sont simplement dus au fait que ces derniers considèrent la police comme le bras armé du gouvernement.

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