EM-Gabon : une cacophonie entre l’État et l’école préjudiciable aux étudiants

Depuis le début de cette année académique, les étudiants de l’Ecole de management du Gabon sont menacés d’exclusion si leur scolarité n’était pas réglée. Joignant la parole à l’acte, le mardi 31 janvier dernier, la direction a décidé de mettre à la porte tous les étudiants redevables à la scolarité, y compris les boursiers de l’Etat gabonais. Comment en est-on arrivé là? Comment en sortir? La cacophonie qui demeure entre l’Etat gabonais et son partenaire porte préjudice aux apprenants.

C’est en 2012 que l’Etat gabonais, par le décret n°0404/PR/MENESTFPRSCJS du 26 septembre 2012,  avait signé un partenariat public-privé avec différents établissements d’enseignement supérieur privés dont le but était d’assurer la formation des étudiants. Cinq ans plus tard, ce partenariat montre ses limites, aussi bien du côté de l’État, qui n’assume plus sa part du contrat en réglant les frais de scolarité des différents apprenants dans les délais requis, que des structures d’accueil qui n’hésitent plus à utiliser les étudiants comme moyen de pression afin d’entrer en possession de leur dû.

Depuis le 13 décembre dernier, les étudiants boursiers, ont reçu une note de la part de leur administration, précisant qu’à compter du  5 janvier 2017, ils n’auraient plus accès aux salles de classes du fait que leurs frais de scolarité pour l’année académique 2015-2016 n’aient toujours pas  été réglés par l’Etat gabonais. Une situation embarrassante pour les étudiants dont la plupart sont issus de familles modestes.

Soucieux de leur avenir, les étudiants de l’EM-Gabon se sont constitués en collectif pour se rapprocher des autorités susceptibles de trouver une solution à leur problème. Le vendredi 16 décembre 2017, ils ont sollicité et obtenu une audience auprès du secrétaire général du ministère de l’enseignement supérieur. « Nous n’avons qu’un rôle consultatif. C’est l’ANBG, entité autonome et rattachée à la Présidence de la République, qui a les pleins pouvoirs lui permettant d’intervenir directement auprès des établissements. Néanmoins, nous prenons acte et allons, lors de l’assemblée générale avec l’ANBG, aborder ce sujet»;  leur a indiqué le SG tout en les invitant à se rendre à l’Agence nationale des bourses du Gabon (ANBG).

Toutefois, le discours de l’ANBG ne fût pas différent de celui du ministère; nous confie un des membres du collectif. La responsable d’orientation des étudiants d’EM-Gabon leur aurait déclaré « nous n’avons pas les moyens d’intervenir directement auprès de l’EM-Gabon d’autant plus que depuis Juillet, nous n’avons toujours pas reçu l’ensemble des résultats des étudiants boursiers en l’occurrence ceux de passage en master II.» Une information surprenante au regard de la note de l’établissement qui invitait les étudiants non désireux de préfinancer leur scolarité à attendre leurs attestations de bourses pour avoir accès à leurs salles de classe. Mais comment avoir cette attestation si l’ANBG n’a toujours pas les résultats des étudiants ?

Sachant que l’Etat gabonais était mauvais payeur, EM-Gabon a-t-elle voulu pousser les étudiants à préfinancer eux-mêmes leur scolarité? Interrogée sur le sujet, une étudiante visiblement remontée nous répond : «j’ai dû préfinancer ma soutenance de licence à hauteur de 240.000FCFA et l’école ne m’a toujours pas remboursée. Je ne vois pas comment elle pourrait me rendre l’entièreté de mes frais de scolarité de master qui s’élèvent à 1.500.000 FCFA si je décide de payer ». Un autre étudiant en colère renchéri,« déjà que nous payons les frais d’inscription et parfois d’immatriculation qui s’élèvent entre 300.000 et 900.000 Fcfa, faut-il encore débourser 1.500.000 Fcfa? Où allons-nous trouver tout cet argent ?»

Il faut rappeler qu’il est inscrit dans le guide de l’étudiant, disponible sur le site de l’ANBG http://www.anbg.ga/, que l’ensemble des frais d’inscription et de scolarité sont pris en charge par l’État. Malheureusement, ce dernier n’assume pas sa part du contrat, encore moins le contrôle après orientation des étudiants qu’il laisse ainsi à la merci des responsables des différents établissements qui, par d’autres mécanismes, cherchent à entrer plus rapidement en possession de leurs dus.

Où sont les contrôles annoncés par le ministre de l’Enseignement Supérieur ? Comment contrôler un partenaire dont on est débiteur ? Notons ici que l’EM-Gabon est l’une des seules écoles à avoir maintenu ses étudiants boursiers en salle pour le compte de l’année académique 2016-2017 et ce, jusqu’à leur exclusion décidé le 31 janvier dernier.  Sauf que très vite, rattrapée par des heures de cours non réglés aux enseignants et les charges de fonctionnement, elle s’inscrit désormais dans la logique du “payer avant d’être servi”. Logique instaurée bien avant elle par des établissements comme AFRAM, ISI et bien d’autres.

Qui de l’ANBG ou du ministère doit prendre en charge ce dossier ? Quels sont les clauses qui protègent l’étudiant boursier en cas de non-respect du contrat par l’une des parties ? Autant de questions auxquelles ces derniers n’ont pas eu réponse, donnant ainsi naissance à une cacophonie entre l’Etat et l’Ecole de management du Gabon préjudiciable aux étudiants.

© Crédit photos: Facebook/EM-Gabon

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