Election à la Fegafoot: les anciens footballeurs absents de la scène !

Les cinq candidats à la présidence de la Fegafoot © GMT

La Fédération Gabonaise de Football (Fegafoot) renouvelle son bureau exécutif ce samedi 21 avril 2018. Cinq candidats sont en course, dont le président sortant Pierre Alain Mounguengui. On note cependant l’absence des anciens joueurs, souvent prompts à marteler le slogan « le football aux footballeurs » pour tenter de faire souffler le vent de la révolte et réclamer leur implication dans la gestion du football national.

Comme en mai 68 en France, ils veulent rendre aux footballeurs gabonais ce qui leur appartient : le football dont « les pontifes de la fédération, du Ministère et de la Présidence de la République les ont expropriés pour servir leurs intérêts égoïstes de profiteurs du sport. » Formation inexistante, organisation chaotique, clubs dépourvus de vision, institutions complices ou encore résultats décevants, la liste des maux égrenés est une mine d’or sur laquelle les anciens footballeurs se délectent avec aisance à travers les plateaux tv et les studios radio, mais surtout sur les réseaux sociaux.

Etoiles brillantes et étoiles filantes d’une époque sur le terrain font aujourd’hui l’unanimité derrière une expertise verbale impressionnante délivrée d’une plateforme à l’autre, résultat du parfait mélange de pratique et de visu qui a engendré une mentalité performante et une génération différente, capable de relever les défis nouveaux du football continental et mondial pour le Gabon.        

Les souvenirs des derniers présidents de la Fédération gabonaise de football sont encore tout chauds. Pour tout dire, Placide Engandzas et Léon Ababé n’ont pas tracé un sillon doré dans la mémoire nationale. Leurs noms résonnent encore dans nos têtes comme un parfait modèle d’échec, mieux traduit par leur disparition totale de l’environnement sportif au bout de leur heure de gouvernance. Pierre Alain Mounguengui, qui vient de séjourner pendant quatre ans au sommet de l’organe faîtier de notre football, a achevé l’œuvre de ses prédécesseurs en faisant flirter le Gabon avec la ligne de flottaison.

Mais il s’en défend comme un beau diable et le voilà prêt à rempiler pour un nouveau mandat de quatre ans. Ses concurrents sont Blanchard Andoume, Bosco Alaba Fall, Placide Xavier Bourdette et Jérôme Effong Nzolo. Mais où sont donc passés nos anciens footballeurs au talent massif capable de redresser le football gabonais et le sortir de la boue ?        

L’année 2018 apparaissait comme une année charnière, celle du renouveau. Le temps des passations, disait-on, pour enfin ramener notre football à l’endroit et lui donner un contenu ambitieux et respectable. Mais l’activisme des anciens footballeurs, grands experts des plateaux, studios et réseaux sociaux, s’est fondu dans le soutien, l’accompagnement, la dénonciation, le silence et même quelques interrogations.

S’exprimant sur son profil facebook ce mercredi 18 avril 2018, Valéry Ondo Ebè, ancien capitaine de la sélection nationale, avoue n’avoir « pas entendu ou lu dans les projets de société des candidats la place réservée à la DTN (ndlr Direction Technique Nationale) lors de la mise en œuvre des programmes respectifs ». Avant de s’interroger en ces termes : « comment peut-on développer le football sur toute l’étendue du territoire (…) si on ne dispose pas d’une direction technique nationale fonctionnelle avec des démembrements provinciaux, départementaux, communaux et d’arrondissements ».

A l’évidence, l’ancien président de l’Association des Footballeurs du Gabon (AFG) ne s’est pas trouvé des qualités suffisantes pour porter l’ambition présidentielle et intégrer les contenus réclamés. Valéry Ondo Ebè, qui n’a jamais été frappé d’inéligibilité, pouvait pourtant porter le flambeau des footballeurs avec son savoir-faire qu’il doit désormais s’atteler à faire savoir différemment.     

Après avoir milité pour Ahmed Mombo à la Ligue de Football de l’Estuaire, Michel Minko s’est désormais trouvé un rôle de ventriloque derrière le candidat Jérôme Efong Nzolo, ancien arbitre ayant épuisé sa carrière en Belgique. L’ancien buteur du National Azingo aime se référer à son « époque de l’AS SOGARA » et a fini de faire l’inventaire du football gabonais sur tous les plateaux. Il était attendu sur le terrain pour son invention. Mais Michel s’est découvert une proximité avec les anciens arbitres avec l’ambition de les propulser aux commandes du football national. Il n’ose pas viser plus haut ; peut-être est-il encore hanté par les démons de ses expériences douloureuses d’entraîneur de Ndzimba FC et de l’Union Sportive de Bitam il y a quelques années.

Visage d’ange et loquacité exceptionnelle, Paul Ulrich Kessany Zategwa s’est découvert un talent de juriste populiste. Il compte les plateaux et les interviews dossiers en mains pour l’explication des textes, l’esprit des lois, le respect du droit. L’ancien capitaine des Panthères est monté en puissance ces dernières années au point de susciter l’intérêt du public. Une vraie séance de rattrapage pour cet ancien milieu de terrain dont la balade sur Gabon 24 en octobre dernier face à un représentant de la Fegafoot avait pris des allures de leçons.

Nombreux lui avaient prêté l’intention d’une candidature à cette élection de 2018. C’est raté. Le natif de Lambaréné est encore loin de l’âge minimum de 40 ans à partir duquel on a le droit d’exercer cette fonction. Il attend certainement le lendemain électif pour reprendre son bâton de pèlerin et repartir à l’attaque pour … quatre ans !  

Une bonne partie de footballeurs a dressé un dispositif de collaboration avec les candidats à travers des auditions et un protocole d’accord dans le cadre de l’Association Nationale des Footballeurs Professionnels du Gabon (ANFPG) dirigée par Rémy Ebanéga, un autre visage reconnu. Le consultant gabonais de Canal+ ne manque pas de répandre sa verve sur le football de son pays dès qu’il en a l’occasion. A l’heure de l’élection, l’ANFPG dont il est le président n’a pas proposé et soutenu un ancien footballeur réunissant les critères d’éligibilité. L’instant s’y prêtait pourtant !

Quant à la grande majorité, l’élection ne semble pas être au centre de leurs préoccupations du moment. C’est le silence. Dieudonné Londo par exemple, qui a toujours martelé avoir «acquis le droit de parler du football gabonais depuis qu’il a porté le maillot de la sélection nationale», excelle dans les pas de danse au rythme d’Amandine et Ipupa depuis sa Belgique accueillante. Les produits de ses auto-enregistrements sont ensuite régulièrement postés sur Facebook avec le projet d’obtenir quelques « Like » et des centaines de commentaires. La liste des silencieux s’allonge avec Guy Roger Nzamba, Thierry Mouyouma, Armand Ossey, Brice Makaya et bien d’autres qui attendent certainement la fin de la pluie pour sortir les assiettes.       

Depuis quelques années, le football gabonais broie du noir. Une mauvaise passe qui nécessite l’apport de tous pour retrouver l’interrupteur. Après avoir épuisé le répertoire dit des « non-footballeurs » (sic), l’heure était certainement venue pour la prise de pouvoir et l’autogestion par les «footballeurs». L’occasion de faire valoir toutes les compétences acquises ici et ailleurs pour un meilleur développement de notre football, à l’image de Kalusha Bwalya, hier président de la fédération zambienne, ou Rabah Madjer aujourd’hui sélectionneur de l’équipe nationale d’Algérie.

En gros, il était temps de passer réellement à l’offensive pour que les intentions deviennent actions. Mais les anciens footballeurs attendent visiblement une passe décisive qu’ils n’auront jamais tant que la contestation demeurera plus forte que l’organisation et l’ambition. Entre-temps, la scène est vide, ou mal occupée tout au plus.

Maximin Imendhe, Analyste sportif.