Election 2018: le parti de Jean Ping appelle à sanctionner le PDG

Jean Ping et le président du Parti Gabonais du progrès Benoit Mouity Nzamba © D.R

Que peut-on tirer d’une telle sortie? Quelle analyse, quelle conclusion pourrait-on être tenté de faire, pour expliquer sinon pour justifier, la sortie récente du Parti gabonais du progrès (PGP)? Eux, les boycotteurs, qui campagne sur campagne, avaient milité pour la nontenue des élections et enjoint les Gabonais à ne pas voter au motif qu’une telle attitude légitimerait l’élection d’Ali Bongo Ondimba. Étrangement, ces mêmes partisans jadis refractaires à l’idée d’organiser cette élection sortent de leur réserve avec une consigne claire: « Sanctionner le Parti démocratique gabonais» le 6 octobre 2018.



C’est à Port-Gentil, dans la cité pétrolière que le PGP a mis en branle ses lieutenants pour sensibiliser les électeurs sur la nécessité de voter contre le parti au pouvoir. Pour eux, les boycotteurs abstentionnistes, au regard de la situation du pays, les populations doivent se rendre aux urnes avec pour mission de sanctionner les candidats investis par le “ parti de masse ”. « La situation du pays est catastrophique, si bien qu’elle ne laisse plus d’autres choix au peuple que de sanctionner le camp qui l’a ruiné », a expliqué Ernest Okawe.

Si la directive est en tous points noble, au regard du piteux état du pays qu’aucune personne normalement constituée ne saurait remettre en cause, il y a lieu de nous interroger sur le revirement soudain des sympathisants du parti de feu Pierre Louis Agondjo Okawe auquel Jean Ping a adhéré à Port-Gentil en juillet 2016 sous le numéro 5142. Par cette sortie, le PGP trouve abruptement un intérêt  à une élection pour laquelle il a crié à hue et à dia qu’elle ne revêtait aucune once d’importance. Pour preuve, ce parti n’a présenté aucun candidat dans ces élections législatives et locales.  « Le tango a dû être inventé par un indécis » pensait alors Félix Leclerc, car seuls les indécis ont cette faculté de danser sur deux positions foncièrement opposées.

S’ils voulaient sanctionner, pourquoi n’avoir pas présenté des candidats aux scrutins, dont les élections auraient pu s’inscrire dans la logique de sanction qu’ils préconisent? Mieux, pourquoi prendre le risque de déléguer à autrui une tâche qu’on pourrait soi-même réaliser avec soin et détermination?   

Leurs voix dans l’hémicycle auraient  peutêtre pu avoir un certain échos, eu égard notamment à leur position car comme il le précise, «le combat politique est tout sauf un fleuve tranquille, c’est une lutte permanente, faites de hauts et des bas, car aller pas à pas n’empêche pas d’arriver à destination ». Il aurait été plus pertinent pour le PGP, d’exporter ce combat au sein de l’Assemblée nationale, où sa capacité de nuisance se serait révélée être plus incisive. Le constat du  secrétaire général provincial du PGP sur les sommes dépensées par le PDG pour sa campagne, là aussi, pourrait sonner juste «regardez tout ce gaspillage d’argent, depuis les inscriptions sur les listes électorales à ce jour. Ces affiches grand format représentent le salaire de cinq compatriotes au moins»s’est-il indigné.

Seulement, sans leviers pour ferrailler contre  les maux que l’on dénonce, le combat devient aussitôt caduque, or des députés à l’Assemblée nationale auraient été de parfaits leviers pour mettre en action la vision du parti. Le Parti Gabonais du Progrès vient peutêtre de s’en rendre compte, un peu trop tard d’ailleurs. La cause à un radicalisme outrancier qui obscurcissait tel un voile, certains partisans pro-Ping sur l’importance d’une telle élection.

En guise de conclusion, la nouvelle consigne donnée aux électeurs de ne plus s’abstenir mais plutôt d’aller voter, donc, de prendre une part active à l’épilogue du scrutin avenir, est un véritable revirement pour les partisans du boycott. Un volt-face qui trahit l’indigence des radicaux sur la solidité de leur positionnement politique, car en préconisant un vote sanction, ceux qui naguère étaient opposés à la tenue de cette élection, reconnaissent explicitement son importance, partant,  sa légitimité.

Comme le disait Jean Dion, « un indécis mou, est un électeur qui n’est pas sûr de ne pas etre decidé ». Etaient-ils vraiment décidé à boycotter les législatives et locales? Chacun appréciera.

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