Du népotisme à la dynastie : le silence des braves contre le folklore des ploucs

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L'écrivain Benicien Bouschedy © D.R.

Quand on voit comment se porte le Gabon dix ans après l’investiture de son président, les premières questions qu’on voudrait se poser, en tout âme patriotique et conscience citoyenne, sont « Ali Bongo Ondimba est-il réellement Gabonais ? Ali Bongo est-il venu au pouvoir pour le pouvoir ou avait-il réellement un projet digne d’un homme d’Etat ayant une vision pour développement de ce pays ? Ali Bongo est-il entouré des Gabonais ? Ceux qui dirigent les institutions de la République connaissent-ils vraiment le Gabon et les conditions de vie des Gabonais ? ». Loin de revenir sur ce « sujet historique », l’intention est de saisir la conséquence de la relation factuelle entre celui qui est Chef de l’Etat, ceux qui l’entourent, ceux qui dirigent les autres institutions et notre Pays afin de venir à une conclusion partagée : appeler au départ de Monsieur Ali Bongo Ondimba et les siens.


« Dix ans et Rien » : c’est ce qui ressort du bilan tant documenté et commenté par plusieurs voix de la Nation, pour résumer la réalité de la gouvernance de Monsieur Ali Bongo et sa cohorte de gouvernements. En dix ans, le pouvoir émergent a dégringolé le Gabon de la respectabilité vers laquelle Omar Bongo (que je ne remercie pas) avait hissé le pays pour le ramener dans les profondeurs de l’incompréhension collective. Tant le pays s’est dégradé à l’intérieur, reflué dans le sous-développement, la misère, l’insécurité, la corruption plutôt que vers l’émergence que les maquettes désignaient comme possible avenir.

Vue de l’extérieur et face aux autres pays, le Gabon est devenu une côte de rire et son peuple le prototype de la « lâcheté » le plus abouti en ce 21e siècle. Et pour cause l’incompétence insondable et la haine inqualifiable entretenues par nos dirigeants pour leur propre pays. Dans aucun secteur d’activités nous aurons envie de justifier le progrès de notre pays. Dans aucun domaine Ali Bongo ne peut aujourd’hui convaincre l’opinion que le peuple gabonais de quelle classe que ce soit et le pays se portent bien.

« L’Avenir en confiance » devient impossible car il n’existe plus ni avenir pour la jeunesse ni sécurité pour la vieillesse. Dix ans de tant d’annonces présidentielles non réalisées, de promesses douteuses et osées parfois clamées dans les sommets et autres endroits où notre pays avait encore un peu de crédibilité ont plongé le Gabon parmi les destinations les plus honteuses et inenvisageables du monde. Les routes, les écoles, les hôpitaux, l’état des campus universitaires, les logements des Gabonais, le chômage de tant de jeunes diplômés et condamnés à l’errance et à la prostitution intellectuelle, l’état d’avancement du statut des fonctionnaires, … tant de promesses devenues fausses qui ont servi à endetter le Gabon sans jamais prouver aux Gabonais l’utilité de cet argent.

Dans notre République particulière, beaucoup s’inquiètent que la parole devienne impossible à prendre par peur des représailles, peur de perdre son emploi, peur de perdre la bourse, d’être questionné sur ces seules intentions qui demeurent pourtant citoyennes. Alors sur la toile comme sur des tribunes autorisées, des gens qui parlent au nom du Chef de l’Etat, lui font des louanges au lieu d’attirer son attention sur l’état délabré du pays. Les inondations parties des « quartiers pauvres » dont les Pk, Avea, Plein-Ciel et autres pour la Sablière, témoignent de ce que la nature a décidé d’amener plus près du quartier où vivent les plus hautes autorités toute la misère qu’elles refusent de voir et à laquelle elles refusent de croire quand se plaint « le petit peuple ».

En tant qu’écrivain et donc acteur culturel de mon pays, les échanges que je partage quotidiennement, les cris, les larmes et les prières adressées à Dieu, les conditions de vie des Gabonais qui ne passeront jamais au journal et tant d’observations me poussent à la parole par faiblesse pour mon esprit qui ne sait pas se taire. Et en regardant la santé du pays en ce moment, il me revient une seule phrase : le Chef de l’Etat n’a pas atteint ses objectifs et doit avoir le courage d’envisager une alternance. Par honneur pour lui-même et par amour pour la Patrie, j’écris pour souhaiter son départ afin que d’autres forces patriotiques proposent autre chose.

L’actualité de ces derniers jours n’a pour seul responsable que le Chef de l’Etat. Le système de prédation financière, l’enrichissement illicite, la corruption, la pauvreté, le contrôle des libertés, les grèves, les injustices judiciaires, les abus policiers, l’insécurité, etc. Parce qu’on ne peut être Chef de l’Etat et manquer le contrôle sur les personnes qu’on choisit de responsabiliser pour mener à bien ses missions. Parce qu’on ne peut être Président de la République et ne pas être au courant de tant de maux autour de soi. Parce que la « pagaille au sommet de l’Etat » qu’évoquent et décrivent les journaux se déroule dans la cour et sous les yeux du Président de la République. Comment laisser dire et croire au Peuple que le pays traverse des crises financières alors que l’argent qu’on emprunte en son nom est détourné et camouflé pour des besoins qui ne correspondent pas à ses attentes et urgences ? Le peuple ne connaît ni les ministres ni le directeur de cabinet. Pour le Peuple et la Constitution, le responsable de la République c’est le Président de la République.

Quand on aime son pays et le peuple, on dit la vérité. Mais voilà que le pouvoir a barricadé l’esprit de nos dirigeants au point où l’excès d’autorité et les éloges ont empoisonné leur bon sens citoyen pour voir l’évidence. Pour ma part, le salut du pays dans son état actuel ne réside pas dans les nominations et l’entretien des nouveaux projets. Le Président de la République et les autres responsables des Institutions doivent tirer toutes les conséquences, partant des causes, pour réaliser que le pays est en état d’urgence, qu’ils ont échoué et doivent partir pour montrer le bon exemple aux générations futures.

Benicien Bouschedy

Ecrivain-Chercheur gabonais

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