Droit de réponse : Hervé Patrick Opiangah recadre Franck Nguema

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Le président du CF Mounana, Hervé Patrick Opiangah © D.R.

La sortie du ministre des Sports Franck Nguéma sur « l’agitation démagogique » des responsables de clubs de football concernant le paiement de la subvention et dont Gabon Media Time s’était fait l’écho n’aura pas été du goût de l’ensemble des acteurs du sport roi. Dans un droit de réponse parvenu à notre rédaction, le président du CF Mounana Hervé Patrick Opiangah a fustigé cette réaction du ministre empreinte de “mépris et de condescendance”, tout en se questionnant sur la destination qu’aurait prise la totalité de la subvention destinée aux clubs qui aurait été versée en totalité par Gabon Oil company (GOC). In extenso ledit droit de réponse.


« Le 29 janvier dernier, le ministre des Sports chargé de la Vie Associative a choisi sa page web personnelle  » Franck Nguema-officiel », pour clamer son « grand dépit » face – selon son expression – aux « agitations démagogiques des dirigeants de l’Association des clubs professionnels de football ». Cette publication a développé bien d’autres propos désobligeants et discourtois à l’égard des présidents, des fondateurs et dirigeants des clubs de football. Une telle sortie médiatique ne peut laisser sans réaction. 

Ce qui frappe d’emblée dans ce texte, c’est la tonalité délibérément méprisante des propos du ministre à l’encontre de respectables personnalités, de bonne volonté, qui ont choisi en toute liberté et responsabilité, de s’investir et investir leurs ressources dans la création d’associations sportives aux fins de recruter, encadrer, éduquer et former la jeunesse gabonaise dans le cadre du sport en général, et du football en particulier. 

Pour leurs sacrifices et leurs contributions essentielles et multiformes, les fondateurs et les présidents des clubs de football devraient avoir droit à autre chose qu’au mépris et à la condescendance du ministre des Sports chargé de la Vie associative. Pour ma part, j’ai fondé le CF Mounana en 2006. Je me suis pleinement et personnellement inscrit et investi, depuis 14 années, dans une logique de formation incluant la plupart du temps une grande dimension sociale, au bénéfice de jeunes Gabonais, ce, dans toutes les catégories (poussins, minimes, cadets, juniors et séniors). En moins de dix ans (2008-2018), le CF Mounana en 2006 s’est honorablement illustré au plan tant national qu’international, en remportant trois (3) titres de champion du Gabon, et deux (2) titres de vainqueurs de la Coupe du Gabon. Ce qui lui a permis de participer à cinq (5) reprises aux deux compétitions continentales réunies, avec en prime une qualification historique en phase de poules de la coupe de la CAF en 2017! Tous ces efforts ont participé au rayonnement de notre nation sur le plan du football ! C’est du moins le sentiment qu’en ont exprimé, en son temps, des ministres des Sports plus respectueux des hommes qui se battent et qui produisent les talents… 

Monsieur le ministre nous demande de façon narquoise: « Pour quels résultats sur le continent? ». Nulle part au monde les résultats sportifs ne se décrètent depuis son bureau. Ils se construisent, patiemment, méthodiquement, dans un environnement et avec un management politique serein et approprié. 

Incontestablement, l’un des résultats concrets de notre travail de formation est d’avoir réussi à placer certains de nos jeunes pensionnaires dans des clubs étrangers, dont un certain nombre (Aaron Appindangoye, Louis Ameka Autchanga, Aaron Boupenza, Bonaventure Sockambi, Dieudonné Nkoume Kemba, etc.), ont fait et font les beaux jours de notre équipe nationale, dont monsieur le ministre paraît si fier! 

Que le ministre pose une telle question prouve deux choses: soit il ignore ce que font et apportent les dirigeants du CF Mounana et ceux des autres clubs pour la nation, soit il sait, mais le minimise et feint de balayer d’une formule arrogante tout le travail acharné, patient et méticuleux qu’abattent depuis des années, voire des décennies les dirigeants d’associations sportives. 

Ces dirigeants ne s’attendent certainement pas à trouver à la tête du sport gabonais un ministre qui se place, délibérément et constamment dans une inexplicable posture d’adversité et d’agressivité vis-à-vis des acteurs majeurs qu’ils sont. Certes, je ne saurais nier, par corporatisme, qu’il puisse exister des dirigeants fautifs, indélicats ou véreux en football comme dans d’autres domaines d’activité. Cependant, il n’est pas sain, pour le responsable national des sports, de se lancer dans des généralisations, des amalgames, des invectives, à la moindre incompréhension. Les présidents des clubs ne supportent plus ces « agitations démagogiques » permanentes érigées en méthode de gestion ministérielle des sports! – 

Il est encore plus symptomatique de taxer ces présidents de clubs d’agitations démagogiques », surtout lorsqu’on n’est soi-même ni constant, ni cohérent, ni conséquent dans le respect des engagements que l’on prend et les déclarations publiques que l’on fait. Car enfin, toutes les versatilités et les incohérences que l’on a notées et déplorées depuis des mois (les 40 millions par club de D1 sont prêts; non, ce ne sont plus 40, mais 38 millions qui vont être virés; non, en fin de compte, ce sont seulement 20 millions sur les 38; ces 20 millions seront virés avant le démarrage du championnat; puis le championnat démarre, mais aucune trace des 20 millions, alors que Gabon Oil Company assure et prouve avoir mis à disposition du ministère des Sports l’entièreté de la subvention annuelle, depuis quelques mois…). 

Cela pose un vrai problème de crédibilité. Et pourquoi les présidents des clubs en seraient-ils responsables ? Devraient-ils se taire et laisser faire ? Nous savons très bien, en tout cas mieux que quiconque, ce que coûte une journée de championnat, donc ce que va coûter l’intégralité de notre championnat (certainement pas 38 millions de FCFA!); nous mesurons encore mieux les coûts de l’entretien, pour un club formateur et d’élite, de plusieurs dizaines de pensionnaires, en une année, et pendant plusieurs années… Pour finir, le CF Mounana (comme les autres clubs) n’ont pas repris le championnat à cause des menaces du ministre des Sports, mais par conviction dans ce qui est leur responsabilité et dans l’engagement qu’ils ont pris de traduire en actes concrets et de longue durée la vision du chef de l’État en faveur de la jeunesse gabonaise ».  »

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