dimanche,13 juin 2021
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Divisions, trahisons, défections…le calvaire de l’opposition gabonaise en temps de Covid

Trahie par les uns et totalement ignorée par les autres, l’opposition gabonaise vit des moments difficiles. En temps de crise, l’ensemble des formations politiques de ce camp est cantonné à un simple rôle d’observateur de la vie politique et sociale de notre pays ; au grand dam des populations.

Au Gabon, les tumultes de tout genre sont le lot quotidien au sein de l’opposition ; c’est la raison pour laquelle elle va souvent en rangs dispersés à chaque élection. D’ailleurs, chaque dirigeant de l’opposition pourrait, en permanence, avoir cette prière à l’esprit « Mon Dieu, gardes moi de mes amis ; mes ennemis, je m’en charge ».

Inaudible en cette période de crise et incapable de porter la voie de la contestation. Avec la gestion décriée de la crise sanitaire et l’amplification de la contestation (bien que sourde) des mesures restrictives pour y répondre, l’opposition avait l’opportunité de se saisir et porter les revendications des Gabonais. L’a-t-elle fait ? Bien au contraire. L’opposition gabonaise se cherche un espace.

Pourtant, les sujets et occasions ne manquent pas pour elle de se mettre en avant et ainsi remettre en cause la gestion actuelle de l’Etat : la situation des retraités qui dénoncent le non-paiement de leurs pensions et services rendus, l’Université Omar Bongo qui ne fonctionne toujours pas, les inondations récurrentes, la route qui demeure un calvaire, la prestation lunaire du premier ministre sur les médias publics, etc.

Cependant, aussi maladroit et décrié qu’il soit, c’est le pouvoir qui garde la main sur ses sujets et imprime le tempo. Comme les populations, l’opposition est tributaire des informations du gouvernement… données au goutte-à-goutte. C’est un constat partagé par nos compatriotes qui voient les formations politiques de l’opposition cantonnées à un simple rôle d’observateur des faits et gestes du chef de l’État et du gouvernement.

Les mauvaises habitudes ont la vie dure. Trahie par les Ndemezo’Obiang et Massavala, partis chercher fortune au PDG, malgré leurs déclarations passées plutôt acerbes ; lâchée par les Menga M’Essone, Mabiala et Manganga Moussavou qui ont préféré se réfugier dans le camp du gouvernement ; délaissée par les Mayila et Oyé Mba qui ont choisi le confort de l’ambiguïté ; ignorée par Ndong Sima qui refuse d’assumer le statut de champion de son camp, l’opposition gabonaise peine à maintenir la cohésion dans un camp divisé et déboussolé par l’absence d’un leadership naturel. 

Alors que, dans la galaxie de Jean Ping, certains s’efforçaient de préserver un semblant d’unité dans cette remuante famille, très occupée à se déchirer autour des questions d’égo et de personnes, les Clay-Martial Obame, Féfé Onanga et autres se sont passés du feu vert de leurs partis politiques respectifs pour répondre favorablement à cette énième farce que représente le récent et grotesque « Appel à la paix des braves ». Au même moment, Guy Nzouba Ndama et ses troupes des Démocrates sont soupçonnés de préparer un rapprochement avec la majorité émergente.

L’opposition gabonaise est faite de divisions, de trahisons et de défections, c’est son ADN. Qu’importent ces temps agités : in fine, ça tiendra toujours. Notre classe politique nous a souvent habitués à ces retournements dignes des plus grands scénarios hollywoodiens. 

Nous l’avions relevé dans une précédente parution, au Gabon, du jour au lendemain, on quitte un parti politique pour adhérer à un autre, le plus souvent aux idéaux totalement opposés. C’est une fâcheuse  habitude. Si les politiciens gabonais n’ont pas inventé le nomadisme politique, ils auront tout de même contribué, dans notre pays, à hisser ce travers de la politique à des sommets rarement atteints ailleurs. Entre eux, d’ailleurs, les partis de l’opposition s’arrachent des militants.

En général, en contrepartie de leur adhésion ou soutien, les ex-leaders de l’opposition peuvent soit obtenir ou conserver des privilèges, soit échapper à des poursuites judiciaires en lien avec leur gestion passée de la chose publique. La trahison et la défection apparaissent comme une forme de survie qui renforce la politique par le bas.

Comment garder tout ce petit monde dans le même bateau et espérer une victoire en 2023 ? A deux ans de la future présidentielle, certains dans l’opposition n’ont qu’une seule obsession : garder tout ce petit monde dans le même bateau, le plus longtemps possible, même s’il tangue dangereusement. C’est pour cette raison que nombreux se taisent quand certains disent haut et fort qu’il ne faut plus aller aux élections, mais plutôt envisager d’autres voix pour accéder au pouvoir. 

Avant tout ça, il faudra penser à recoller les morceaux dans les grandes coalitions, y compris au sein des partis. Car, rappelons-nous, la décision de participer ou non aux dernières consultations électorales (locales et législatives) a été difficile à arrêter et a fini par laisser de profondes divisions toujours présentes aujourd’hui. Les échanges ont été houleux, les positions extrêmement divergentes. 

Mais, si l’opposition croise les bras, elle signe sa défaite d’office. Chacun de ses leaders le sait : son calvaire ne fait que commencer. Ils n’ont pas fini d’être malmenés par leurs militants et alliés. Le débat sur la présidentielle de 2023 devra avoir lieu ; mais, l’opposition devra d’abord reconquérir le terrain et y consolider ses positions. L’année 2022 pourrait donner lieu à de nouveaux tumultes.

Gregue Nguele, Editorialiste

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