Du discours des vœux 2019 d’Ali Bongo Ondimba aux Gabonais

Ali Bongo Ondimba, photo discours à la Nation du 31 décembre 2018 © DCP

Sitôt après sa diffusion, le discours à la Nation du chef de l’Etat fait l’objet de commentaires. Parmi ceux-ci, celui de notre compatriote, Hubert Oboulougou. Cet originaire du Haut-Ogooué déroule le tapis de son analyse de cette vidéo de moins de trois minutes. Accrochez-vous !

Ma crainte de Dieu s’est affermie en suivant cette adresse pour les vœux 2019 à la nation du Chef de l’Etat gabonais. L’homme d’ordinaire sûr de lui, serein, fort et zélé de récurrentes certitudes apparaît bien marqué par la visite inopportune d’une maladie à maudire. Car, humainement, nul ne doit se réjouir du malheur d’autrui. Ma foi en un montage mal ficelé s’est musclée élevant un doute plus épais sur la vérité dans cette affaire d’Etat si mal gérée.

La faute lui incombe d’ailleurs ou presque en partie pour avoir donné lui-même une image habituelle de totale invincibilité aux Gabonais, d’homme fort, puissant et sans pitié, ce qui contrastait d’ailleurs avec un Omar Bongo Ondimba, véritable père de son clan Gabon. Le voir dans ce piteux état est tout simplement bouleversant. Il est donc en l’espèce difficile de ne pas voir une quinte de compassion nous parcourir le corps et nous ensevelir l’âme et l’esprit de confusion. Que Dieu si merveilleux et miséricordieux lui étende sa sainte main pour sa prompte guérison.

Peut-on donc au vu de sa propre situation comprendre enfin que sa politique ait précipité des milliers des Gabonais dans un si grave et épouvantable péril identique sinon pire ?
Monsieur le Président c’est vers ce que vous vivez en ce moment que votre politique a jeté dans les filets de la maladie et de la mort des Gabonais qui ne vous ont fait aucun mal. Si vous ne le savez pas vous-même, que vos proches courtisans aient le courage de vous le dire. Ecouter les diverses préoccupations de ses compatriotes ne doivent pas être un slogan mais un engagement fort et manifeste duquel doit découler une vraie paix libérée de la menace de la pointe du canon des agents de la garde républicaine, paix si chère à notre vivre ensemble auquel le président a pourtant bien fait allusion.

Prenons pour exemple la Banque Gabonaise de Développement (BGD) devenue un instrument de clochardisation des pères et des mères de famille depuis plus de deux (2) ans. Comme si le calvaire enduré depuis de longs mois par ces agents gabonais n’est pas suffisant, seule la somme de 250.000 FCFA par agent a été autorisée en retrait à chaque salarié au titre du mois de décembre 2018 pour passer les fêtes de fin d’année 2018. Le discours du président ne contraste-t-il pas avec ce repas de misère servi à ces pères et mères de famille ?

Cette banque qui n’avait pas besoin de fermer a vu signer son acte décès sous le magistère d’Ali Bongo Ondimba. Les agents doivent-ils applaudir cet acte qui a poussé certains à la maladie, d’autres à la mort ? L’équité devant la maladie et la mort nous montre bien que même le président ne peut être épargné. Pourquoi tarde-t-il alors à donner instruction à liquider correctement les droits des pauvres agents pour que ceux-ci s’attellent au moins à essayer de reconstruire leur vie ? Ce cas bien qu’isolé est devenu de nos jours une constante dans presque toutes les administrations.

Ceux qui ont forcé Ali Bongo Ondimba à venir lire ce discours ont encore une fois étalé leur degré de cynisme et fait la démonstration que le chef de l’état est devenu l’otage de leur appétit de pouvoir, d’argent et des avantages divers de certains Gabonais de sa galaxie. Comment peut-on forcer ou convaincre un homme aussi épuisé, le regard presque avide, perdu, comme cherchant à se réacclimater, les traits inhabituels, assommé par la maladie à venir lire un discours ? Quelle punition !

N’y a-t-il personne pour analyser le pour ou le contre d’une telle décision ? Ceux qui de façon habituelle dénoncent les ratés de sa gestion politique et économique du Gabon sont traités d’opposants certes mais, les pires ennemis d’Ali Bongo sont tapis à ses côtés. Une rencontre solennelle ou les gens le voient quelques instants assis bien assis était suffisante pour convaincre les gens qu’il est en vie mais pas le jeter comme en pâture ainsi.

Sans attendre quoi que ce soit d’Ali Bongo Ondimba, je marque ma colère et mon indignation face à une telle irresponsabilité notoire de la part de ses proches. Le pouvoir finit par se perdre toujours d’une façon ou d’une autre mais soyons dans la dignité. Quand on aime un parent ou un proche, sa santé vaut mieux que les considérations de pouvoir. Il n’y a pas d’autres mots pour qualifier cette indigne attitude dictée par la cupidité.

Si l’objectif était de se moquer de lui, ou de livrer en spectacle sa convalescence, le coup a été plus que parfait, de mon point de vue. Nous sommes en face de la plus haute institution de la république qui porte en elle la pleine et entière image du Gabon. Pourquoi ne pouvait-il pas signer une délégation spéciale au vice-président ou à son directeur de cabinet ou désigner une personnalité de son choix pour le faire ? D’autant plus que ce discours n’est pas une exigence constitutionnelle.

On trouve des palliatifs pour esquiver avec malice l’application stricto sensu de la constitution par des subterfuges mais, ce qui n’est nullement exigé devient une obligation. Pourquoi tombons-nous si bas ? A cause du pouvoir et de ses bienfaits alors que nous l’utilisons à mauvais escient depuis 10 ans sans donner des signaux forts de notre volonté de nécessaire ressaisissement ?

Voici un discours qui soulèvera bien plus de polémique qu’il n’apportera l’accalmie tant rêvée par certains maniaques du faux secret sur la santé d’Ali Bongo Ondimba. Nous avons déjà tous fait au moins une crise de paludisme, suivie d’une phase de convalescence. Ali Bongo a beau être un super homme à nos yeux, le repos prolongé est ce qu’il ne lui faut pas plus qu’autre chose. Il faut avoir une sacoche bourrée de méchancetés en bandoulière dans son cœur pour juger opportun qu’il vienne tanguer ainsi devant les caméras de télévision et presque zozoter pitoyablement de la sorte.

L’homme est donc capable de ce pire rien que pour conserver le pouvoir ? Quelle drogue ! Les proches d’Ali Bongo Ondimba sont vraiment aveuglés à ce point pour valider même de telles propositions indécentes sur un homme grâce à qui ils se la coulent douce. Comment attendre la moindre compassion envers lui par ceux qui souffrent du fait des effets induits par sa politique ? Puisque les jouisseurs sont sans pitié pour lui, seul compte leurs avantages à conserver. Vos trésors amassés se fondront comme neige au soleil !

Si dans sa meilleure forme, la part la plus importante du budget du Gabon a été étiolée dans le néant, spoliée dans des détournements massifs, qui peut alors croire que dans cette forme suscitant inquiétude, la réalisation des projets annoncés, financés et jamais achevés sera boostée ? Le Gabon est très mal parti et nous le savons tous maintenant aujourd’hui bien plus qu’hier.

Malheureusement, ce montage mal ficelé ne peut que convaincre certains du contraire, car ce fut tout sauf Ali Bongo Ondimba que nous connaissons tous. Dites-nous la vérité, rien que la vérité.

Hubert Oboulougou,

Citoyen gabonais originaire de Bongoville

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