Le discours stigmatisant d’Ali Bongo contre les médecins, les magistrats et les syndicalistes

Ali Bongo Ondimba, le 11 janvier 2018 © DCP

Le discours à la nation prononcé le 16 août 2018 par le chef de l’Etat, Ali Bongo est au centre des débats depuis et à susciter des critiques notamment au sujet de la diatribe acerbe lancée contre les magistrats, les enseignants et les médecins, qu’il accuse d’être des anti patriotes. Une position qui a surpris plus d’un alors que l’opinion s’attendait à un discours à la nation rassembleur et appelant à l’apaisement au moment où la grogne sociale guette inexorablement le pays.

Dans son discours à la nation quelque peu stigmatisant, celui qui devrait incarner l’unité des filles et fils du Gabon s’est quasiment lancé dans l’invective, accusant cette frange de fonctionnaire d’être à la limite à l’origine du dysfonctionnement du service publics.

Ainsi, il impute à ceux-ci le manque d’efficacité du service public. «Ces blocages, signes d’un conservatisme, fussent-ils le fait d’une minorité, sont d’autant plus injustifiables qu’ils visent, d’une part, à défendre les intérêts de quelques-uns au détriment du plus grand nombre», a-t-il martelé.

La première fatwa est lancée contre les médecins fonctionnaires, se demandant «Pourquoi font-ils grève ?», avant de pointer un doigt accusateur notamment pour le détournement de matériel et des médicaments. En outre, il souligne que ceux-ci sont clairement à l’origine du délabrement du service au sein des hôpitaux publics.    

Autre victime expiatoire du discours du président de la République, les magistrats, qui selon lui aurait bénéficié d’une augmentation de salaire de l’ordre de 30% sans rendement visible. Après avoir été traité de corrompu par un ancien ministre de la Justice, les membres du corps judiciaire prennent plein pot cette fois-ci.

«Ne nous voilons pas la face. Chacun, en réalité, connaît la réponse. Ceux qui se posent aujourd’hui en victime ou, mieux, en défenseurs du service public en sont en réalité les bourreaux. Ceux-là voudraient que rien ne change car, pensent-ils, il n’en va pas de leurs intérêts. Mais l’intérêt général, l’intérêt des Gabonaises et des Gabonais, s’en soucient-ils ? Ici aussi, chacun connaît la réponse. Les Gabonais doivent se lever contre cela, contre ses réflexes corporatistes qui les privent d’une vie quotidienne normale et d’un meilleur avenir», a-t-il lancé.

Pour conclure, cette diatribe contre les «professionnels de la contestation», en l’occurrence les enseignants, Ali Bongo a estimé que «la démocratie, ça n’est pas la rue, la démocratie, c’est le dialogue», comme pour dissuader les syndicalistes de revendiquer le droit à des conditions de travail décent.

Ce discours loin d’apaiser le climat social démontre la volonté de l’exécutif d’engager un bras de fer avec les partenaires sociaux alors qu’il aurait été judicieux pour lui d’appeler à un dialogue franc et sincère au moment où les mesures d’austérité peinent à passer au sein de l’opinion.

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