Discours à la nation d’Ali Bongo : entre autosatisfaction, donneur de leçons et réformes économiques

A la  faveur du traditionnel discours à la nation, à la veille de la célébration de la Fête Nationale le 17 août, le président gabonais est revenu sur la nécessité du vivre ensemble, non sans énumérer, quelques points positifs de son précédent mandat. Pour l’occasion, il a une fois de plus formuler le vœu de mettre fin aux privilèges indus de certains gabonais. Un vœu pieu dont les populations attendent toujours les mécanismes concrets de mise en œuvre.

Il y aura sans doute  beaucoup à redire sur le discours du Chef de l’Etat dans la forme et dans le fond. Le fond dominé d’ailleurs par une volonté d’avoir raison, et donc de donner des leçons aux compatriotes en rappelant les valeurs d’unité, de tolérance et de dialogue. Un discours teinté d’actualité politique, qui sous-entend donc sur plusieurs phrases une adresse à tous les Gabonais de l’opposition qui ont espoir d’avoir gain de cause avec l’appui des forces extérieures. A ceux-là, il a dit, « Assumer d’être indépendant, c’est croire d’abord en soi plutôt que d’espérer en permanence le regard ou la bénédiction de l’autre. Assumer d’être indépendant, c’est arrêter de penser que l’herbe est toujours plus verte et plus grasse ailleurs que chez soi. Assumer d’être indépendant, c’est arrêter d’attendre la vérité des autres. Car la Vérité du Gabon, c’est d’abord celle des Gabonais ».

Comment comprendre que la vérité des Gabonais soit la plus crédible quand à quelques jours de la célébration de la Fête Nationale, une correspondance de l’Elysée à l’endroit du Chef de l’Etat gabonais sème le trouble dans la conscience collective ? Comme une désignation tant attendue, le « Monsieur le Président » a laissé penser que la France confirmait désormais Ali Bongo comme « gouverneur » de cette partie de l’Afrique centrale qui semble toujours sous l’autorité de l’Etat français. Même si au passage, l’Elysée affirmait qu’il s’agissait là d’un courrier traditionnel adressé aux anciennes colonies françaises à la veille des Fêtes Nationales. Que d’incongruités ! Dans tous les cas, le président gabonais croit en l’indépendance du Gabon, et compte y consacrer du prix : « Oui ! Être indépendant je le répète, c’est avancer à notre manière et à notre rythme, sans pour autant répondre aux canons fixés par les arbitres des  élégances démocratiques ou économiques ».

Dans ce discours, sur le plan économique il s’est aussi ravi des fruits portés par la mesure d’interdiction d’importation des grumes à l’étranger. Pour lui, « tout le monde s’accorde à reconnaître que, cette transformation locale de nos matières premières, comme je m’y étais engagé, porte sans conteste ses premiers fruits, et nous permet d’amortir les effets néfastes de la crise liée à la dépréciation des prix des matières premières, tout  autant qu’à la détérioration de la qualité des échanges dans le monde ». Tout va donc bien dans la filière  bois, même si jusqu’aujourd’hui, on ne comprend pas pourquoi la Société Nationale des Bois du Gabon (SNBG) est au bord de la faillite. Elle qui incarnait jusque-là l’espoir d’un développement économique meilleur avec  l’industrialisation du secteur.

Par ailleurs,   conscient que le Gabon traverse une mauvaise passe économique, il a indiqué à certains  Gabonais que « le mal que nous pouvons faire, nous le faisons à nous-mêmes, aux Gabonais et à notre Gabon ». Pour cette raison, « nous devons modifier nos habitudes, taire nos égoïsmes et  réduire le train de vie de l’Etat.  Aucune Administration, je dis bien aucune Administration ne devrait  désormais être exonérée de l’effort collectif », a-t-il déclaré. Sur le train de vie de l’Etat, voilà plusieurs années qu’il en parle, mais l’administration publique s’offre toujours pour exemple, des véhicules de service de luxe, et en grande quantité. Il faudrait peut-être définir clairement un plan de recadrage des dépenses de l’administration publique, avec des chiffres comme objectif à atteindre. Dire clairement par exemple que ce train de vie sera réduit de 10% sur les deux ou trois prochaines années.

En 2016 déjà, dans son discours à la nation du  16 août, il avait reconnu que « La pauvreté, le chômage et l’exclusion auxquels sont confrontés nombre d’entre vous me sont insupportables. Nous devons ensemble nous battre encore pour mettre fin à celles-ci et aux privilèges indus qui poussent de nombreux gabonais dans le désespoir ». Un combat dont les Gabonais ont toujours attendu les résultats jusqu’aujourd’hui. L’aveu de cet échec pourrait bien se lire à travers la mise ne place de l’opération “Mamba” qui vise à faire le ménage sur les irrégularités constatées dans la gestion de l’argent public.

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