Dialogue politique : J.G Ntoutoume Ayi dénonce « l’implémentation de la dictature »

Après la remise du rapport général du dialogue national à Ali Bongo Ondimba, les réactions ne se sont pas faites attendre, dans l’opposition comme dans la majorité. Pour Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, cadre de l’Union nationale, principal parti de l’opposition gabonaise, les propositions qui y figure ne sont qu’une “implémentation de la dictature”. Nous publions ci-dessous, sa réaction parvenue à notre rédaction.

Jusqu’à preuve du contraire, le Gabon est une République. Et en République, le Souverain c’est le Peuple. Lui seul détient le pouvoir absolu. N’en déplaise aux Ambassadeurs d’Ali Bongo, il n’y a pas d’autre Souverain en République que le Peuple.

La constitution du Gabon prescrit en son article 3 que : « La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce directement, par le référendum ou par l’élection, selon les principes de la démocratie pluraliste, et indirectement par les institutions constitutionnelles.

Aucune section du peuple, aucun groupe, aucun individu ne peut s’attribuer l’exercice de la souveraineté nationale, ni entraver le fonctionnement Régulier des institutions de la République. »

Or, à quoi assistons-nous dans notre pays ?

Le 27 août 2016, c’est Jean Ping qui a obtenu le plus grand nombre de suffrages lors de l’élection présidentielle. En violation de l’article 9 de la constitution qui énonce sans ambigüité que le président de la République est élu au suffrage universel direct, donc directement par les Gabonais, et que l’élection présidentielle est acquise au candidat qui a obtenu le plus grand nombre de suffrages, Ali Bongo s’est installé au pouvoir par la force des armes, au prix du sang de plusieurs dizaines de jeunes Gabonais assassinés sous sa responsabilité par des hommes en armes. Mais malgré cela, il ne parvient pas à gouverner le Gabon, parce que les Gabonais se refuse à se résoudre à cette nouvelle imposture et entendent que leur vote soit respecté.

Depuis plus de deux mois, Ali Bongo a entrepris de réunir celles et ceux qui sont disposés à donner corps à son imposture et à l’accompagner dans son entreprise de prédation des ressources du Gabon, initiée dès 2009.

Et comme il fallait s’y attendre, celui qui s’est imposé au Gabon et aux Gabonais par la force des armes n’a plus d’autre choix que d’implémenter la dictature dans le pays, donc de confirmer la mort de l’État de droit.

Les Gouvernements d’Union nationale sont la panacée des pouvoirs putschistes lorsqu’ils ne concernent pas les pays en guerre. Car cette union nationale d’Angondjé se fait contre qui ? Le Gabon n’est l’objet d’aucune agression extérieure. L’union nationale se fait-elle contre le PDG qui dispose d’une majorité écrasante à l’Assemblée nationale et devrait pouvoir constituer son gouvernement ? Où alors contre le peuple gabonais qui refuse de se voir imposé à la tête de son pays, un compatriote à qui il a refusé son vote ?

Les élections législatives doivent se tenir le 29 juillet 2017, au plus tard. Ali Bongo vient de décider à Angondjé que les élections législatives ne vont pas se tenir. Et que c’est une Assemblée nationale intérimaire, dont le mandat a expiré depuis plusieurs mois, qui va traduire en loi l’implémentation de son imposture. Nos dictateurs en bras de chemise ne sont plus à une contradiction près. La Constitution énonce clairement en son article 35 que « Il ne peut être procédé à aucun découpage des circonscriptions électorales dans l’année précédant l’échéance normale du renouvellement de chacune des Chambres », ce qui signifie qu’à partir de l’année précédant les élections, aucun découpage de circonscription n’est plus possible et les découpages proposés doivent se faire après l’élection. En agissant ainsi, ils proclament leur peur du suffrage des Gabonais et reconnaissent leur imposture. Car le vrai défis démocratique aurait été, après leurs « agapes », d’inviter les Gabonais à choisir entre les propositions du dialogue de Jean Ping et celles du dialogue d’Ali Bongo lors des législatives de juillet prochain. Mais ils n’ont pas osé, tant ils savent qu’elle sera la réponse du peuple gabonais.

À Angondjé, avec l’ambition de maintenir Ali Bongo éternellement au pouvoir, un groupe de Gabonais semble s’être attribué l’exercice de la Souveraineté nationale. L’Ont-ils fait en conscience ?

Jean Gaspard Ntoutoume Ayi

Cadre de l’Union nationale

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