Dialogue national inclusif et impossible consensus sur la multiplication des mandats à vie

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Au-delà de la résolution du contentieux électoral, le problème fondamental qui mine la situation sociopolitique actuelle, le dialogue national en question paraît être plus une quête de pérennité du système en place. Il s’agit de rechercher l’élargissement des bases de soutien d’un système politique qui continue à s’abreuver aux sources des réminiscences ou reflet éculé du miroir du parti unique, le Parti démocratique gabonais (PDG), toujours passéiste et résolument accroché au pouvoir. Il est temps de comprendre que les gloires du PDG se sont tues pour emprunter l’allégorie bien à propos de notre défunt acteur et cinéaste gabonais, Philippe Mory, selon laquelle «les tam-tam se sont tus».

Car, comment ne pas comprendre les moult symptômes de l’atmosphère de fin de cycle du pouvoir en place, de fin de règne plus que jamais manifestés dans notre pays ? Comment se résoudre à brouiller soi-même son image en anéantissant les possibilités d’entrée dans l’histoire par les portes du Panthéon qu’empruntent toujours les grands Hommes d’Etat ? Comment ne pas se réconcilier avec soi même pour enfin exprimer les valeurs et les principes propres aux Hommes d’Etat : écouter et être en adéquation avec les signes du temps (le respect des ressources de l’Etat moderne et démocratique), au risque de se sacrifier au nom du maintien du statu quo et de la sauvegarde des intérêts des ennemis de la République.

En réalité, les exemples de gabegie administrative, financière et de développement politique sont légion aujourd’hui dans notre pays, le Gabon. Il suffit de se référer aux échos des journaux de tout bord politique qui illustrent avec force détails cet état de chaos jamais atteint dans notre pays. Il suffit aussi de compter la multitude d’emprisonnements qui paraissent aujourd’hui surprenants. Leur multitude frise un adoubement et une caution préalable de leurs promoteurs respectifs pour qu’on ne s’en étonne. En outre, leur généralisation tellement impressionnante fait penser à une haute administration qui avait programmé l’apocalypse de la République gabonaise au profit de ces oligarques sans foi ni loi. A ce sujet, faut-il croire encore à un « Gabon éternel » tant les dégâts fissurent la dynamique sociopolitique du pays, du « centre à la périphérie », du « haut et du bas » ?

C’est à croire à tout le moins que les politiques aux sommets de l’Etat aient décidé de souffrir de cette myopie intellectuelle pour ne pas ausculter pour redynamiser des pôles de contrôle et de contre-pouvoirs brutalement tétanisés et incompétents devenus, pour qu’on s’en rende compte seulement maintenant ! Peut-être n’est-il jamais trop tard pour constater et analyser les faits… Mais le mal est fait et c’est maintenant qu’il faut le réparer pour gouverner autrement et opter pour le renoncement de soi, y compris la fin de ce système de préfabrication et de prédation tous azimuts des ressources de notre pays.

C’est pourquoi, pour désamorcer la crise, il convient de poser des actes forts qui convainquent le plus grand nombre, loin des coteries oligarchiques. Car il vaut mieux vivre à Athènes qu’à Spartes antiques. Il vaut mieux vivre en démocratie qu’en dictature. Car comment refaire des systèmes de pensée éculés et définitivement enterrés par la Révolution française de 1789 et par l’avènement de la République moderne et démocratique en 1792 en France ? Et comment ne pas suivre le mouvement de l’histoire pour admettre de le vivre à reculons ? Où est donc l’urgence pour les Gabonais ? Qu’attendent-ils donc de ce soi disant dialogue national inclusif et sans tabou ?

Pour notre part et dans l’intérêt de préserver notre Nation des lendemains pires, nous avons décidé de démythifier ce tabou. Ils attendent une véritable respiration politique qui préserve leurs intérêts majeurs profondément liés à l’obligation du respect de leur « trust », de leur mandat, de leur volonté générale, de leur vote. Cette respiration politique de facture véritablement moderne et démocratique tant attendue passe à tout prix par une révision de la Constitution de la République gabonaise, pour l’affirmer comme forte et stable et non mouvante en fonction de l’ode des partisans déterminés à préserver leurs strapontins et, encore une fois, leurs intérêts. Et, par conséquent, il convient d’obliger les candidats à intégrer et se soumettre à ce qui suit : « impossibilité de se représenter aux élections présidentielles appliquée à tout ancien président en cours (en situation de crise aussi meurtrière) et en fin de deuxième mandat ».

Cette clause impérative et de sauvegarde de notre première institution doit être absolument introduite dans les dispositions de la Constitution de la République gabonaise relatives au mandat présidentiel. Repartir à zéro relèverait derechef d’une escroquerie politique. Je dirais même plus : jamais plus au-delà d’un mandat de 2×5=10 ans de pouvoir. Il y a une cinquantaine de communautés culturelles au Gabon : alors chacun à son tour !

Wilson André Ndombet

Professeur titulaire des universités/UOB

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