Détournement de 20 milliards au ministère du Pétrole: à qui profite le crime?

Pascal Houangni Ambourouet, ministre du Pétrole et des Hydrocarbures © D.R

C’est la question qui vaut son pesant d’or depuis la divulgation par la rédaction de Gabon Media Time du siphonnage chaque année de la faramineuse somme de 20 milliards de Fcfa au sein du ministère du Pétrole et des Hydrocarbures avec des ramifications au sein de l’administration de la présidence de la République. Loin de l’agitation observée depuis la mise en lumière de cette affaire, qui selon certains, daterait de plusieurs années, la question des bénéficiaires exacts de ce montage financier reste toujours d’actualité.



Pour comprendre le déroulement de cette affaire aux allures de thriller politico-financier, il faut remonter à la genèse de l’élaboration du décret fantôme mentionné dans le rapport de la Cour des comptes. Ainsi c’est sur la base du décret n°00518/PR du 06 août 2002, autorisant l’affectation de 5% des recettes minières et des produits pétroliers à la Présidence de la République pour régler les questions de sécurité intérieure et extérieure que ce montant est depuis plusieurs années affecté sur le compte n°81009871011-02 ouvert dans les livres de la BGFIBank.

Outre la violation de l’article 21 du décret n°15/PR/MINECOFIN du 6 janvier 1976 portant règlement général sur la comptabilité publique, les observations de la haute juridiction qui avait été saisie par la Commission nationale de lutte contre l’enrichissement illicite (CNLCEI), laissent apparaître que ce montage financier a été minutieusement perpétré dans les couloirs du Palais du Bord de mer par des fonctionnaires au sein de cette administrations ayant semble t-il réussi à rouler le chef de l’Etat pour la signature dudit décret.

Le caractère frauduleux du décret servant de pare feu faisant foi,  il « n’a pas été publié et ne comporte pas à toutes les signatures habilitées, notamment celle du Ministère des Finances », fait dire que celui-ci aurait servi à l’ensemble des responsables ayant eu un rôle majeur au sein du ministère des Mines, du Pétrole et des Hydrocarbures mais plus au sein du cabinet du chef de l’Etat qui dispose d’un Pôle Industrie, Mines et Hydrocarbures.

Sur l’aspect purement factuel dénoncé par la haute juridiction financière, elle révèle deux incongruités notamment la constitution irrégulière des « fonds politiques » et la « gestion occulte des recettes minières et des produits pétroliers ». Sur le premier aspect, le décret susmentionné était donc utilisé pour capter des fonds pour des supposés « financements des questions de sécurité intérieure et extérieure », Sauf que les fonds y relatifs apparaissent, déjà dans les écritures du Trésor, au compte 4708-10 V : « Fonds de sécurité de l’Etat ».

Pis sur la gestion occulte des recettes minières et des produits pétroliers, les auteurs de ce montage s’appuyant sur ce même décret fantôme captent depuis 2009 (date de l’augmentation inexplicable des fonds de sécurité de l’Etat) ce montant faramineux. Il faut noter que le choix de cette ligne n’est pas fortuit car comme le note le rapport de la Cour des comptes, « ces fonds sont secrets dans la mesure où leur utilisation n’est pas révélée ».

Par ailleurs,  sur la question de la gestion du compte domicilié à BGFIBank, il ressort que les mêmes acteurs seraient à la manoeuvre. Ainsi, chaque titulaire du portefeuille du Pétrole, à la tête de la direction des Hydrocarbures ou au sein du cabinet du président depuis 2009 jusqu’à ce jour aurait et continuerait de profiter de ce montage financier sous le nez et la barbe des juridictions judiciaires. Nous y reviendrons !

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