«Désormais un 4 en maths peut être comblé par un 18 en dessin» dixit, Cédric Nziengui Délicat

Dans une lettre ouverte au ministre de l’Education nationale et de l’éducation civique Étienne Cédric Nziegui Délicat fait part de son opinion sur la réforme des coefficients introduite par l’arrêté n°000099/MENEC/CAB, portant modification des horaires d’enseignement et des coefficients dans le premier cycle de l’enseignement général.

«Estomaqués, nous apprenons que désormais la médiocrité est officialisée  au sein du système éducatif au Gabon. Au premier cycle (6e à 3e), les coefficients des matières enseignées passent tous à 1. La raison : réduire le taux d’échec scolaire. Vous avez sûrement examiné ou analysé le problème récurrent d’échec scolaire au Gabon, exhumé les causes profondes et mis en relief là où les pistes de solutions et abracadabra : harmonisation de tous les coefficients (Recommandations des états généraux de l’éducation en 2010). Subitement, on s’en souvient.

Désormais un 4 de moyenne en maths peut être comblé par un 18 en art plastique (dessin). Mais où nous conduit-on ? Dans le pays des Bisounours ? Pouvons-nous nous arrêter et regarder la réalité en face ?  Ou bien nous comprenons mal ?

Vous décidez de verser dans la facilité en entraînant la jeunesse, la relève de demain dans un tel marasme. Les mathématiques, les sciences physiques, les SVT et le français  ont pour but de développer en l’élève  la logique, la  compréhension et la mise en application des connaissances tout au long de leur cursus. Elles sont les fondements  d’une saine formation pour les élites de demain. Mais hélas, vous avez retenu la facilité  au détriment de l’effort, la médiocrité au détriment de la compétence, la quantité au détriment de la qualité. Même l’émulation est sacrifié sur l’autel de la complaisance. Pour exemple, un élève nul en français mais qui aurait des qualités sportives mis à contribution au 1er cycle ne saura jamais rédiger correctement une dissertation de philosophie en 1ère ( mais ça, Mr le Ministre vous le concevez).

Pour ma part, un élève doué en dessin, dans un pays en développement comme le Gabon, a  moins de chance de réussir ces études s’il n’a pas les moyennes requises dans les matières de base. Par contre le contraire est possible. Ainsi des coefficients élevés en mathématiques et français (par exemple) pousseraient l’élève à fournir plus d’efforts afin de répondre à certains standards de compétences et avoir un plus grand choix de formations. Nous avons plus que jamais besoin d’une jeunesse très bien formée pour répondre au déficit de compétences au Gabon.

Pour la quasi totalité des émergents dirigeants décideurs comme vous, vos enfants n’apprennent pas au Gabon. De là où ils sont, ils connaissent des meilleures conditions d’apprentissage. Ils ne subiront donc pas les conséquences désastreuses d’une telle mesure. Et nous, les gabonais de la misère dont les choix de scolarisation de nos enfants sont quasiment impossibles, sommes réduits à nous y résoudre. Ainsi, vos gosses bardés de  “grands” diplômes obtenus dans des grandes universités  et écoles viendront encore diriger les nôtres pour perpétuer votre domination. C’est là votre dessein !

La raison de la sanction du 27 août est là : le sacrifice des générations futures !

Et en forçant, vous nous montrez que le peuple a bien raison de vous vomir.

Ce que le parent d’élève veut c’est la  fin des effectifs à 150 élèves  par classe. Construisez des salles de classe de sorte qu’il ait désormais une trentaine d’élèves par salle. Ceci participerait  d’un meilleur suivi des élèves et de la montée en compétences de ces dernières. Mettez les moyens qu’il faut et si vous n’en avez pas laissé la place aux autres. Peut-être en ont-ils !

Il me semble avoir lu dans votre biographie que vous avez enseigné et vous êtes co-fondateur du SNEC.  Dès lors, je me pose des questions sur la réelle nature de vos motivations. Est-ce apporter votre pierre à l’édifice ou la retirer ? Parce que je vous avoue, je suis perdu.

Le plus scandaleux c’est le silence complice des parents d’élèves. Par ce coup de gueule, j’attire votre attention. Bientôt les intelligents que nous avons dans nos maisons deviendront des cancres. Il est tant pour nous de revendiquer le meilleur pour notre progéniture. Chacun de nous rêve sûrement d’avoir son enfant cadre dans l’administration, dans une grande entreprise, dans une institution internationale et même Président de la république. Cela ne peut se faire que s’il est bien formé. C’est pourquoi, je formule solennellement ma demande de retrait de cette réforme qui ne solutionne en rien l’échec scolaire mais plutôt institue la facilité et la médiocrité

Étienne Cédric NZIENGUI DELICAT

Père de 2 filles de 10 admise en classe de 6e

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