De père en fils ou le chaos programmé par des despotes éclairés

La formule chérie des despotes éclairés selon laquelle :  » C’est moi ou mon fils ou rien  » a trop duré. Il faut que cela cesse pour le bonheur du plus grand nombre, je veux parler du bonheur de la majorité par exemple du peuple gabonais.


En effet, compte tenu de l’incapacité du peuple à subvenir à ses besoins essentiels, à subsister aujourd’hui au Gabon, l’heure n’est plus à l’improvisation. Les clignotants étant tous au rouge, il convient de lui trouver une panacée sans faille.

Comment imaginer faire autrement quand le pays est redescendu au niveau 0 en matière de développement de nombre de ses infrastructures; pour ne pas l’attester: en deçà de son niveau de développement des infrastructures des premières heures de Notre indépendance, en 1960 ?

Les exemples sont légion: pauvreté endémique, maladies chroniques, routes cahoteuses, travaux publics abandonnés, inégalités sociales, détournements de finances publiques en masse, privatisation des deniers publics, logements d’un autre âge pour la majorité des Gabonais, hécatombe des entreprises parapubliques, appropriation des ressources énergétiques du pays sous la bannière d’entreprises familiales ou privées, etc.

Comment y est-on arrivé avec tous les atouts liés à l’abondance des ressources du sol et du sous-sol dont on disposait, au moins depuis environ une dizaine d’années? Pour ne pas citer la période des deux derniers mandats au cours desquels ont été enregistrées des hausses colossales du prix des ressources pétrolières, par exemple? Sans compter l’apport de ressources aurifères dont on ne parle jamais et pourtant très prisées, notamment en ce qui concerne les puits de Bikélé situés dans la province orientale du Gabon; attirant entre autres intéressés autochtones nombre d’expatriés frontaliers et plus lointains.

Étonnant ! Par conséquent, la preuve est terriblement établie aujourd’hui: tous les mass-média rapportent des détournements financiers colossaux constitués de milliards de dollars directement puisés dans les caisses de l’Etat par des partisans très cooptés du régime au pouvoir. Ainsi, dans ce contexte de parfaite collusion du pouvoir et d’hécatombe économique du pays qu’insupporte déjà le peuple gabonais, doit-on creuser encore plus le sillon d’une autre crise plus grave,bb cette fois-ci de portée politique?

Contradictoirement, aujourd’hui, au lieu de nous amener à soigner nos blessures liées à cette gestion calamiteuse et effroyable de nos finances publiques, on veut nous imposer désormais la continuité dans le pire. Il est question, en réalité, d’opter pour une inconnue, de choisir entre le pire et le moindre mal ou de quitter le moindre mal pour le pire. Les habitudes désastreuses de gestion funeste de notre pays s’étant désormais inscrites dans le subconscient collectif ou dans le génome de nombre des responsables administratifs et politiques gabonais! Plus clairement et précisément, inscrire ce type de gestion douteuse dans la continuité, notamment en la confiant à un fils, simplement sur la base d’une succession monarchique, ne serait-il pas tendancieux et pernicieux pour le pays?

Je ne pense pas qu’en se fondant sur les liens du sang, on soit dans ce monde actuel plus apte et vertueux à diriger un État.

Pour aspirer à diriger dans les plus dignes pays développés actuels, il faut, en général et sans doute, sortir des Grandes Universités et Grandes Écoles! Nous souhaitons sans détour ni fioriture qu’on nous dévoile désormais le pedigree de nos responsables politiques et administratifs afin de nous éviter les mêmes mauvaises surprises.

A ce sujet, il nous a été opposé l’idée selon laquelle, au moment de notre accession à l’indépendance, en 1960, il n’y avait pas de diplômés de haut niveau. Cependant, l’État gabonais fonctionnait bien. Peut-on, pour mieux nous éclairer, nous parler à titre comparatif de ses performances de l’époque en question par rapport à ses homologues, c’est-à-dire celles des États africains de même envergure comme le Sénégal, le Cameroun, la Côte d’ivoire, etc.?

À propos de la génération des années 60 ou, précisément, à l’indépendance du Gabon, en 1960, le Ministère de la Fonction Publique recensait 420 fonctionnaires. Ils étaient de niveau généralement élémentaire. Même s’il convient de dire que ceux-ci eussent assuré la continuité du service public, la continuité administrative de l’État. Toutefois, on oublie trop souvent que sur la base des Accords de coopération, le Gabon en matière d’Assistance Technique en a signés. Cette coopération franco-gabonaise est restée intacte dans certains domaines jusqu’au moins en 2010, sous le Président Nicolas Sarkozy. Cela veut dire que globalement les Gabonais ont été longtemps accompagnés par l’assistance technique française, à tout le moins, pendant environ deux décennies (1960-1980).

Cependant, pour l’intérêt de mon intervention, je parle particulièrement pour soutenir la comparaison et la compétition du choix des meilleurs profils parmi les élites dans les pays dignes du monde auxquels il faut véritablement prendre des exemples de bonne conduite des affaires de l’État. Les exemples sont légion. On n’y va pas les chercher toujours dans sa parentèle, dans sa communauté culturelle ou forcément parmi les membres adoubés des différents clubs obscurs et souvent sans la moindre référence de dignité affichée. Comme c’est trop souvent le cas au Gabon, notre pays!

Au Gabon, certes tous les Gabonais n’ont pas été tentés de détourner. Mais reconnaissons qu’ils sont rares dans ce désordre de plus en plus généralisé.Je suis persuadé qu’on peut trouver quelques uns qui ont géré des Budgets importants de leurs administrations respectives sans être tentés de les privatiser.

Enfin, toutes les hautes administrations ministérielles sont assumées en Occident par des talentueux ou des hyper diplômés sortis des Universités, des Grandes écoles et parfois ayant fait un détour dans le secteur privé. Je parle aussi bien de ces denrées ou technocrates rares. Et là-bas, les détournements ne se confondent point à une brasserie soutenue!

En outre, les hommes politiques qui s’improvisent sans disposer de la moindre base théorique ont amené, sans conteste, le pays dans le chaos! Et les recrutés des écoles supérieures nationales, sous la tutelle du parti au pouvoir, y ont une grande part de responsabilité qu’on tend beaucoup à oublier.

En effet, la preuve est malheureusement administrée au monde entier lorsque des apprentis sorciers investissent les Sommets de l’État pour leur propre idéal ou leurs intérêts personnels, le pays s’y perd et tombe en lambeaux.

En réalité, je préférerais un despote intelligent communiste made in China et qui développe, malgré tout, son pays au point de le hisser au 2ème rang mondial de puissance économique qu’un égoïste et égocentrique Chef d’État africain qui ne regarde que son nombril. Ce dernier, s’il ne pense pas à détourner des milliards pour sa famille- et c’est heureux de ne pas le faire-, ce sont ses parents, amis et soutiens directs qui s’y attèlent. Voilà comment se manifestent les despotes éclairés, toujours éloignés des préoccupations de la majorité du peuple, légataire du suffrage universel, qui continue à croupir dans la misère.

Pire encore, à la fin de leurs nombreux mandats, ils comptent sur la fébrilité ou le manque de vigilance du peuple pour positionner frauduleusement leurs enfants le moment venu, c’est-à-dire venu la fin de leur mandat ou pour des raisons extérieures à eux inavouées.

Pourtant, lorsque les fins de règne sont planifiées et négociées dans le cadre d’un respect de l’ordre constitutionnel et, surtout, entre politiques apaisés, même si la pilule est abortive, on finit toujours par déboucher sur un consensus.

Aussi, ne convient-il pas d’ignorer que pour aspirer à diriger les Sommets de l’État, aujourd’hui, la démocratie demeure la seule option de représentativité de l’expression de la souveraineté populaire. Celle-ci est étroitement adossée à l’application stricte des dispositions de la Constitution de la République Gabonaise dont le respect du vote des citoyens fondé sur les résultats sortis des urnes est clairement prescrit.

En définitive, ne pas oublier que, dans notre Constitution, il n’y a jamais eu de disposition monarchique consacrant la succession au Sommet de l’État de père en fils. Les stratégies mises en œuvre digérées douloureusement par le peuple appartiennent au passé. Personne d’autre ne saurait de nouveau les gober de nouveau. Cela voudrait clairement attester ne plus adhérer à cet air du temps et, donc, déclarer haut et fort ne plus vouloir encore supporter cette ère révolue du règne des despotes éclairés.

Donc pas de confusion!

Wilson-André Ndombet,

Professeur Titulaire des Universités à L’UOB.

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