De la responsabilité des intellectuels et diplômés en situation de crise au Gabon

Wilson-André Ndombet, Professeur titulaire des universités © Facebook

À n’en point douter, ce poste s’est fort inspiré de celui de Guy Nang Bekale relatif au triptyque: « Formation-Diplôme-métier ».

Merci d’aborder et d’édifier plus d’un sur cette question à l’origine de trop de confusions dans notre pays, le Gabon, cher Guy Nang Bekale.

Ce débat devenu récurrent ne cesse de prendre de l’ampleur et semble évoquer une certaine responsabilité collective des Gabonais face à la crise tous azimuts qui sévit dans notre pays. Cette banale idée qui tend à se propager et à s’enraciner dans l’imaginaire collectif appelle naturellement de notre part une simple question : tous les Intellectuels et diplômés gabonais sont-ils à mettre au même niveau, à en scruter les causes profondes de cette situation de crise dans laquelle s’est engluée le pays, depuis au moins 1985, plus encore depuis 2009 avec l’avènement d’Ali Bongo au pouvoir ?

Pour ma part et pour percer immédiatement l’abcès, je me propose de continuer ce faux débat qui tend à volontairement semer le trouble et à faire partager, notamment, la responsabilité de la déconfiture de l’État à tous les intellectuels et diplômés gabonais.

Pour cette humble analyse, je vais retenir du texte initial de Guy Nang Bekale quelques citations:

«Ce n’est pas l’intitulé qui donne au diplôme une valeur, c’est le professionnalisme, la rigueur et la compétence dont fait montre son détenteur qui comptent. Certes tous les métiers ne sont pas perçus de la même façon par les populations…»

Un médecin, un pilote, un enseignant, un mécanicien, un plombier, un chauffeur, un soudeur, un policier, un soldat, éboueur, un jardinier, un cuisinier, une secrétaire, un marin…etc. reconnus compétents vont jouir de la considération et de l’admiration des citoyennes et des citoyens. La société à besoin de plusieurs corps de métiers…

«La finalité est de rendre chaque diplômé pratique, opérationnel compétent et digne. Certaines formations à consonance littéraire qui semblent théoriques sont tout autant nécessaires à la société…»

Je ne m’attarderai pas sur ces premiers morceaux choisis de l’excellent texte de l’auteur, qui vise à rappeler les critères définissant tout diplômé dans un État normal. En revanche, à l’épreuve des faits, je doute fort que tous les diplômés ou non diplômés gabonais sont au service de la Nation, oeuvrent en faveur de la réalisation de notre projet commun de développement du pays.

«Il y a dans presque tous les pays, le Gabon compris, coexistence de faux et de vrais diplômés…»

Si je suis d’accord avec l’essentiel du poste de Guy Nang Bekale, je voudrais particulièrement pointer le fond du problème agité, en ce moment, dans l’opinion publique globalement par la majorité des compatriotes activistes opportunistes ou autres prédateurs de la République Gabonaise, principalement pseudos défenseurs du système de l’État-PDG.

D’abord, il faut se souvenir que ce système s’est abreuvé du teŕreau du clientélisme et de l’entrisme. Nombre de non- diplômés par affiliation parentale, provinciale et/ou par cooptation initiatique ont ainsi profité de leur positionnement dans la sphère politique et la haute administration pour recevoir d’importantes prébendes de type patrimonial et ont oeuvré allègrement et sans contrôle ni retenues en faveur de la prévarication des deniers publics.

Ensuite, il convient de savoir que les diplômés qui prônaient l’entrisme au milieu des années 1970 ne disposaient pas majoritairement des hauts diplômes (DEA-Doctorat). Ceux qui en avaient se faisaient moins tapageurs et plus discrets, sinon quand ceux-ci ne croupissaient pas en prison. Pour ne pas dire en dehors du régime État-PDG. Cette tendance malheureusement va changer pour s’amplifier et intéresser un plus grand nombre de candidats à l’entrisme, notamment à partir des années 1980.

Les partisans de l’entrisme sont bien connus et perpétuent cette stratégie devenue tradition parmi les plus entrepreneurs d’entre eux encore aujourd’hui.

Aussi est-il trop facile de vouloir confondre avec tous les autres diplômés désintéressés et non membres de la construction de cet État-PDG avec ces activistes vicieux et opportunistes vénaux qui se sont servis du patrimonialisme (simplement dit, s’approprier et privatiser les ressources financières de l’État à sa convenance) pour plonger dans la gabegie et débrayer le développement du pays. Ainsi, a été acté pour longtemps l’appauvrissement du Gabon.

Nous entendons également cette confusion des intellectuels avec ces diplômés «mercantilistes»  définis comme autres prédateurs de l’État. Par définition, on entend par intellectuel, dit simplement, un producteur des oeuvres de l’esprit pour instruire la société. Un diplômé procède de la disposition d’un parchemin à la fin de ses humanités ou de ses études.

On pourrait s’interroger sur la propension marginale existant entre les intellectuels et diplômés de haut niveau et les autres moins nantis, y compris ceux qui n’en ont pas; pour attester de l’ampleur de la complicité ou de la prédation de chacune des parties vis-à-vis de l’Etat? On pourrait même douter de la participation globale supposée des élites ou hauts diplômés du pouvoir devenus milliardaires ! Tant il est vrai que leur adhésion semble bien sournoise. À moins de nous édifier encore plus en la matière!

À tout le moins, jusqu’à plus ample informé et â maintenant, «l’Opération Mamba»  aura manqué cette cible!

À moins que ce soient au contraire les faux diplômés, les faux intellectuels ou les non-diplômés qui passent pour être les plus érudits, les plus talentueux, donc les plus brillants au Gabon; pour s’acquitter de leur forfaiture (crime perpétré par un agent public dans l’exercice de sa mission)?

Cette cohorte de tricheurs se battent sans vergogne pour occuper les postes stratégiques dans la haute administration de l’état et en sont aisément et sans contrôle félicités pour leur activisme. Leurs nominations en masse sont légion et les exemples se multiplient davantage, encore tout récemment! Et comment le comprendre ou l’admettre pour s’en contenter au moment où le bateau Gabon est de plus en plus ivre et prend de l’eau de toutes parts?

Si les politiques se nourrissent du terreau du Clientélisme, l’État au risque d’être défaillant ou déficitaire- tel est le cas aujourd’hui- doit toujours brandir sa facture originale et originelle dont le professionnalisme et l’égalité participent de ses critères essentiels.

On appelle ça le Complot ou le Coup d’État permanent contre les ayants-droits de la République ourdi par l’oligarchie au sommet pour se maintenir.

Par conséquent, qu’on ne s’en émeuve plus! Et qu’on ne cherche plus de boucs-émissaires!

Wilson-André Ndombet

Professeur titulaire des universités

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