Crise politique : à quoi joue Jean Ping ?

Comme une réponse du berger à la bergère, le leader de la coalition pour la nouvelle République (CNR) a aussi adressé son message aux Gabonais au lendemain de la célébration de la fête nationale le 17 août. Si Ali Bongo a appelé à travailler ensemble pour construire une nation forte, Jean Ping a quant à lui, invité les Gabonais à défoncer les portes de la Présidence pour l’y installer.

Tassé dans un silence de plusieurs semaines qui devenait assourdissant pour ses militants, Jean Ping a dit son discours à la suite de la célébration du 57e anniversaire de l’indépendance du Gabon. Pour celui qui se réclame toujours être le président élu par les Gabonais le 27 août 2016, il importe aujourd’hui de rédiger  «un nouveau chapitre de notre histoire que nous débutons tous ensemble, d’une même plume, et avec l’encre de la justice et de la démocratie». Car pour lui, «il n’y a pas d’indépendance sans le respect de la souveraineté du peuple».

Un respect qu’il affirme depuis plusieurs mois avoir été bafoué par ceux qui incarnent les institutions de la République. Sur son élection dans les urnes en août 2016, Jean Ping n’en démord pas. Bien au contraire, il estime depuis plusieurs mois déjà tout mettre en oeuvre pour faire respecter le choix du peuple gabonais dont il revendique toujours la légitimité.

Ses multiples entrées et sorties du territoire national sont bien plus qu’une distraction à son sens. Puisqu’il a tenu à remercier «la communauté internationale pour son engagement résolu aux côtés du peuple gabonais». Même s’il en reconnaît les limites dans la médiation qu’il a sollicitée pour «une passation pacifique des charges entre le pouvoir illégitime et la Coalition».

A en croire le ton de cet ancien diplomate, titulaire d’un doctorat de Sciences économiques à Paris 1 Panthéon-Sorbonne, «nous devons dès ce jour faire partir ceux qui ont volé notre vote… A partir de ce jour, je ne vous retiens plus». Mais de quel jour s’agit-il? En 2016, deux jours auparavant, en pleine campagne électorale, deux ténors de l’opposition, Guy Nzouba Ndama et Casimir Oyé, ralliaient officiellement la candidature de Jean Ping, ancien président de la Commission de l’Union Africaine à la faveur d’un méga meeting au rond point de Nkembo à Libreville.

Un an après, difficile de comprendre cet appel à l’incivisme populaire quand plusieurs Gabonais sont plongés dans des préoccupations existentielles, liées en grande partie à  la quête d’un emploi décent.

Cet appel pourrait bien être un échec populaire, puisque ceux qui disent avoir perdu plusieurs proches, en plus des biens durant la crise post-électorale réclament toujours justice. Même si cette justice, ils auraient souhaité l’avoir dans la mouvance de la crise, lorsque le peuple pensait que les institutions en place pouvaient rendre justice en toute impartialité. Plusieurs d’entre eux auraient pu même tolérer l’émergence d’une rébellion pour défendre la cause des plus faibles, dans la période des émeutes à travers le pays. Le désespoir portant cette citation bien connue: «la fin justifie les moyens». Une citation qui, serions-nous tentés de dire, intègre bien le mode de gouvernance actuel.

Un an après la présidentielle d’août 2016, certains  Gabonais estiment que «Jean Ping doit se débrouiller s’il tient au fauteuil présidentiel». Car comme le dit l’adage, «avant l’heure, ce n’est pas l’heure. Et après l’heure, ce n’est plus l’heure». Ils n’en peuvent sans doute plus de ces dates annoncées qui, pour des prestations de serment ou d’installation à la présidence. Tous ces bruits pour rien, voilà un an. Comme si cela ne suffisait pas, il fallait ajouter l’affaire Roland Désiré Aba’a Minko…

Toutefois, sur la situation politique actuelle, la réaction d’un étudiant de l’Université Omar Bongo est sans détour: «On est mieux servi que par soi-même, si Ping croit toujours à restaurer la vérité, il doit se mettre devant. Et nous serons derrière lui».

A la veille de la constitution d’un nouveau gouvernement par Ali Bongo, des noms de nombreux proches à Jean Ping sont avancés. Si cela se concrétisait, le diplomate deviendra de plus en plus un homme seul face à ses discours…

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