vendredi,26 novembre 2021
AccueilDerniers articlesCovid-19: la mise en garde du Pr. Eto sur l’usage des antipaludéens...

Covid-19: la mise en garde du Pr. Eto sur l’usage des antipaludéens contre le virus

Ecouter cet article

C’est par le biais d’un document dont Gabon Media Time a reçu copie que le Pr. Bruno Eto Okpwae, spécialiste en Sciences du médicament, Directeur des Laboratoires TBC, du reste inventeur présumé de la Fagaricine s’est longuement étalé sur la prescription des potions et médicaments destinés à la lutte contre la Covid-19. Dans son analyse au cours de laquelle il revient avec une certaine acuité sur l’efficacité de la Chloroquine, celle des antibiotiques dans le traitement puis l’efficacité des immuno-reconstituants et enfin l’utilisation d’un immuno-reconstituant naturel dans le traitement contre la Covid-19, il insiste  par ailleurs sur les danger d’une prescription automatique des antipaludéens pour guérir du virus. S’il a certes reconnu la pertinence de son usage, il tout de même insister sur l’impérieux respect d’une posologie adaptée pour prévenir les risques d’intoxication et autres problèmes rénaux. Nous publions in extenso, ladite analyse. 

« Tous les antipaludéens sont-ils des anti-COVID-19 potentiels ? Bases moléculaires de l’efficacité de la Chloroquine, des antibiotiques et des immuno-reconstituants

En Afrique, j’ai constaté que plusieurs personnes considèrent tous les antipaludéens naturels comme des médicaments contre la COVID-19. Ce raisonnement n’est pas vrai. Au Gabon comme, au Cameroun et en Guinée équatoriale, il m’a été rapporté que la population se soigne en utilisant les breuvages et des mixtures composés des différents extraits plantes comme l’Alstonia boonei (Ekuk), les écorces ou les graines de Picralima nitida (Ebam) voir le Vernonia amygdalina (Ndolé). 

Toutes ces recettes traditionnelles ont soignées nos parents du paludisme. Pourtant il faut bien comprendre que le paludisme et le covid 19 sont provoqués par des agents infectieux bien différents. En effet, le paludisme est provoqué par un parasite du genre plasmodium qui est injecté dans le corps par une piqûre de moustique, alors que le covid est provoqué par un coronavirus, qui est un virus ARN ; il entre dans le corps par voie aérienne. Le virus du covid est aussi différent du plasmodium qu’une goutte d’eau d’un éléphant. Autrement dit, les antipaludéens, comme l’artémisinine qui agissent en détruisant le parasite n’ont pas d’action sur le virus. De plus, leur utilisation généralisée peut conduire à développer une résistance du plasmodium à ces antipaludéens. Mais il existe des antipaludéens qui agissent non pas sur le parasite mais sur les cellules qui composent le corps. Ceux sont ces produits qui peuvent retenir l’attention. 

Bien sûr on ne peut pas blâmer une population démunie à la recherche des solutions endogènes. Mais il faut savoir que les traitements antipaludiques doivent respecter les doses et éviter les utilisations prolongées au risque d’avoir des intoxications ou les problèmes hépatiques et rénaux qui peuvent aussi être dramatiques voir entraîner les décès. 

C’est pourquoi, il me semble opportun de faire cette mise au point pour comprendre comment certains antipaludéens, antibiotiques et immuno-reconstituants pourraient être envisagés dans la prévention et le traitement du covid 19 et ainsi éviter de prendre des risques inutiles pour soi et pour la population qui nous entoure. Dans le respect de la tradition africaine, le raisonnement scientifique offre un cadre à une action essentielle à un effort de recherche pour lutter contre cette pandémie et celle qui ne manqueront pas de surgir. 

Efficacité de Chloroquine dans le traitement du COVID-19. 

La description succincte des bases moléculaires permet de comprendre l’action de Chloroquine/Hydroxychloroquine, en réponse au COVID-19. Connaissant le mode d’action de ce virus on peut proposer des pistes rationnelles pour la lutte contre cette pandémie ou pour évaluer le bénéfice de nouveaux produits. Voici les raisons pour lesquelles la Chloroquine/et où Hydroxychloroquine ont été envisagés contre le COVID-19. 

  1. Chloroquine/Hydroxychloroquine et le récepteur ACE2 

Le virus sars-cov2 qui est responsable du COVID-19 a besoin d’infecter une cellule humaine ou une bactérie pour se multiplier. Sans cellule hôte il ne peut pas se multiplier car il ne dispose pas de la machinerie pour le faire. Ce virus vient se fixer en un lieu précis sur la membrane qui entoure les cellules ; pour rentrer dans les cellules et les infecter, le virus se fixe sur le récepteur appelé Angiotensin Converting Enzyme- 2 (ACE2). L’ACE est donc la porte d’entrée du virus dans la cellule. Or, le premier mode d’action de la Chloroquine/Hydroxychloroquine, c’est sa capacité à se fixer avec une grande affinité sur l’acide sialique qui se trouve à la surface de l’ACE avec pour conséquence d’empêcher le virus COVID-19 de se fixer sur ce récepteur ACE2. 

On peut donc dire que les portes d’entrés du virus dans les cellules humaines, sont ainsi verrouillées par la Chloroquine ou l’Hydroxychloroquine, ce qui empêche l’infection. Cela constitue le premier mode d’action de la Chloroquine ou de l’Hydroxychloroquine. Mais le virus peut tout de même entrer dans d’autres cellules. 

  1. Chloroquine/l’Hydroxychloroquine et alcalinisation des endosomes Ainsi, quand les virus arrivent à traverser la barrière des cellules humaines, ils passent par des compartiments à l’intérieur des cellules appelés «endosomes». Ces derniers ont un pH proche de la neutralité avant l’arrivée des virus. Mais une fois à l’intérieur, les virus contribuent à acidifier (baisse du pH) l’espace intra-endosome, ce qui conduit à leur éclatement et à la libération des particules virales dans le CYTOPLASME DE NOS CELLULES. Le virus peut alors profiter du processus de synthèses des cellules pour se multiplier à grande vitesse. 

Le deuxième mode d’action de la Chloroquine/Hydroxychloroquine consiste à entrer dans les endosomes pour alcaliniser (augmenter le pH) l’espace intra-endosome, ce qui empêche les virus de s’y installer. Ce processus bloque la libération des particules virales dans l’espace Cytoplasmique et donc leur multiplication. 

  1. Chloroquine/ Hydroxychloroquine ionophore du Zinc 

Le troisième mode d’action de la Chloroquine/l’Hydroxychloroquine consiste à faciliter l’entrée du zinc dans la cellule en jouant le rôle d’ionophore (transporteur des ions à travers la barrière membranaire de la cellule). Le zinc est un antiviral car il empêche le virus de se fixer sur le site de multiplication de son matériel génétique. 

  1. Chloroquine/ l’Hydroxychloroquine un immunomodulateur 

Le quatrième mode d’action de la Chloroquine/Hydroxychloroquine consiste à moduler le système immunitaire. C’est un immunomodulateur car il provoque la réduction de la production des interleukines 1 (IL-1) et 6 (IL-6), ainsi que le TNFα. C’est probablement l’une des raisons de son utilisation en rhumatologie pour la polyarthrite rhumatoïde (hors méthotrexate et léflunomide). En conditions inflammatoires (cas du COVID-19), elles bloquent les récepteurs de type Toll des cellules dendritiques plasmacytoïdes. Les récepteurs de type Toll 9 conduisent à la production d’interféron et poussent les cellules dendritiques à mûrir et à présenter des antigènes aux lymphocytes T. L’hydroxychloroquine, en diminuant les signaux des récepteurs de type Toll, réduit l’activation des cellules dendritiques et le processus inflammatoire. 

Au vu des bases moléculaires de l’efficacité la chloroquine et des antibiotiques, et des immunostimulants, chacun peut comprendre aisément que la chloroquine ne serait pas utilisée contre le COVID-19 pour ses propriétés antipaludéennes, mais bien pour ses autres propriétés pharmacologiques. 

Efficacité des antibiotiques dans le traitement du COVID-19. 

Le corps réagit par une réaction immunitaire importante à l’infection viral; certains parlent de tsunami immunitaire. C’est dans ce cadre que certains antibiotiques pourraient être utiles.  L’Azithromycine est le premier antibiotique macrolide du groupe des azalides qui sont un groupe d’antibiotiques couramment utilisés pour traiter les infections aiguës et chroniques. 

Les macrolides les plus fréquemment utilisés sont: Azithromycine, Clarithromycin, Erythromycine, Roxithromycine, Josamycin, Midécamycine, spiramycine, télithromycine. Les macrolides sont des antibiotiques généralement bactériostatiques, utilisés en seconde intention par voie orale. Leur spectre est grossièrement celui de la pénicilline G. Leur tropisme intracellulaire très marqué leur accorde cependant des indications électives, en particulier sur les germes dont la pathogénie s’est révélée chez l’immunodéprimé. 

Les macrolides dont l’azithromycine ont déjà montré des propriétés anti oxydantes et anti inflammatoires et des propriétés immunomodulatrices susceptibles de limiter les tempêtes cytokiniques. Les Céphalosporines de troisième génération (C3G) sont les bêta-lactamines qui sont des inhibiteurs de la synthèse des enveloppes bactériennes. D’après les études effectuées par plusieurs équipes (France, Chine, USA), le virus, ne tuerait pas directement, mais il agirait par l’intermédiaire d’une bactérie intestinale, la Prevotella, qu’il infecterait. Cette bactérie infectée, devenant virulente, déclencherait l’hyper- réaction immunitaire qui délabre les poumons et tue le malade. L’utilisation d’antibiotiques contre la Prevotella deviendrait alors une évidence. 

Efficacité des immuno-reconstituants dans le traitement du COVID-19. 

L’immunité joue un rôle majeur dans le traitement du COVID-19. Avec des poumons très abîmés par le SARS-COV-2, ces patients nécessitent une grande concentration d’oxygène afin de maintenir leur organisme. Un procédé qui dure parfois très longtemps. Ils peuvent rester jusqu’à trois semaines ou un mois en réanimation, ce qui abîme la trachée et le larynx, qui peuvent se nécroser. Cela explique pourquoi une grande partie des patients, mis dans un coma artificiel et sous ventilation invasive mécanique sous oxygène, finissent par décéder. Un des facteurs impliqués dans la physiopathologie de cette infection virale est dû à la tempête cytokinique (cytokine storm) déclenchée par la réaction inflammatoire exagérée chez certains patients. De nombreuses cytokines sont produites (IL1 beta, TNF alpha, IL6, IL8… avec dérégulation du système immunitaire endommageant de nombreux tissus cibles. Cela explique pourquoi une très grande partie voire la totalité des patients mis en coma artificiel et ventilés à l’oxygène finissent par mourir. 

L’utilisation d’un immuno-reconstituant naturel 

L’utilisation d’un immuno-reconstituant naturel en prévention au début de la maladie permet d’avoir à la fois le bénéfice clinique des antibiotiques, des antiviraux, des anti-inflammatoires. La raison en est que les produits qui renforcent le système immunitaire permettent à nos défenses naturelles de mieux lutter contre la maladie. Par exemple, le F-532 qui est produit à partir d’un mélange d’extraits de plantes africaines serait un bon candidat. En effet, il agit directement sur les cellules immunitaires appelées CD4 qui se comportent comme le chef d’orchestre de l’immunité. 

La restauration des CD4 (Lymphocytes T4) permet de lutter contre les cancers (lymphocytes NK), toutes sortes de virus (lymphocytes CD8 ou T8), les infections bactériennes (lymphocytes B), les infections parasitaires (Polynucléaires), les infections fongiques (monocytes/macrophages) et en même temps de moduler la tempête de cytokines. 

La lutte contre le COVID-19 en Afrique : Choix politique ou médical? 

Le COVID-19 est un nouveau virus encore peu connu des virologues. Son mécanisme d’action n’est pas totalement élucidé. Les médecins continuent de faire de nouvelles observations sur des patients infectés et à évaluer l’efficacité de traitements, avec des résultats encore incertains mais encourageants. 

Nous savons, aujourd’hui, que 80 % des personnes infectées par le sars-cov2 (virus qui cause la maladie covid-19) guérissent sans traitement. En effet, seuls 20% des patients risquent des formes graves de la maladie. Face à ce virus inconnu et imprévisible, la sagesse voudrait que ce soit les scientifiques qui donnent à l’exécutif des outils pour qu’ils puissent les aider à prendre des décisions logiques et cohérentes. Pour développer un bon médicament sûr et efficace, il faut environ 12 ans. Pour développer un bon vaccin sûr et efficace il faut plus de 6 ans. Plutôt que de chercher de nouveaux médicaments, les pays du nord ont choisis l’option d’utiliser les médicaments existants dont on sait les mécanismes d’actions et les effets secondaires. 

Lorsque les politiques décident en Afrique de recommander le « Covid organics», c’est d’abord une décision politique pour montrer la solidarité Africaine. Pourtant, en ce qui concerne la santé, les décisions politiques pourraient tenir compte d’un certain nombre de connaissances médicales, comme : 

1-Tous les antipaludéens ne sont pas des médicaments anti COVID-19 

2-Quelles sont les bases moléculaires de l’utilisation de nouveaux traitements ? 

3-On sait que 80 % de personnes guérissent sans traitement. Quelle est la preuve que les personnes dites guéris par ces nouveaux traitements ne font pas parti des 80 % de personnes qui guérissent sans traitement ? 

4-Quels sont les effets indésirables à moyen et à long termes sur les individus et sur la population ? 

Quelle serait la stratégie la plus efficace et la plus économique pour lutter contre cette épidémie et celles qui ne manqueront pas de venir ? 

Si le politique Africain est animé par la nécessité de trouver son indépendance dans le domaine de la santé, la logique voudrait qu’il fasse la valorisation et la promotion des recettes traditionnelles connues depuis des décennies ainsi que les produits d’origines Africaines disposant des autorisations de mise sur le marché (AMM). Le COVID-19 est un test pour l’Afrique pour montrer qu’elle est prête à prendre en main son destin. 

L’homme politique est habitué à répondre dans l’urgence pour calmer l’angoisse de la population avant que de faire l’effort d’investissement de recherches pour des solutions durables. Dans le respect de la tradition africaine, le raisonnement scientifique offre un cadre à une action essentielle à un effort de recherche pour lutter contre cette pandémie et celles qui ne manqueront pas de surgir. 

Prof. Bruno ETO OKPWAE Professeur en Sciences du médicament, Directeur des Laboratoires TBC, Faculté de Pharmacie et des sciences Biologiques de Lille PDG du Groupe Etobiotech »

Laissez votre commentaire

Gabon Media Timehttp://gabonmediatime.com
Gabon Media Time est un site d'actualité dont le slogan est " A l'heure de l'info". Nous entendons réinventer l'actualité en ligne gabonaise et sous régionale.
Enami Shop