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Julien Nkoghe Bekale, Premier ministre Chef du Gouvernement © D.R.

Depuis l’avènement de l’épidémie du Coronavirus au Gabon avec le premier cas testé positif le 12 mars dernier, il ne se passe pas un seul jour sans que des compatriotes ne s’interrogent sur l’évolution de la situation liée à la propagation de ce virus dans notre pays. Entre les assurances balbutiantes du Comité de pilotage du Plan de veille et de riposte contre l’épidémie à Coronavirus (COPIL-Coronavirus) et le non-respect des mesures préventives du gouvernement par les populations, force est de constater le déficit communicationnel autour de la gestion de cette crise. Comment expliquer ce refus des populations d’accepter que nous sommes bel et bien en présence d’une crise sanitaire majeure qui pourrait nous dépasser ?

Plusieurs facteurs pourraient expliquer ce déni de la réalité par les Gabonais. Cependant, un seul nous intéresse dans le cas d’espèce : le déficit de la communication gouvernementale. En effet, nonobstant les nombreuses sorties du porte-parole du Comité de pilotage du Plan de veille et de riposte contre l’épidémie à Coronavirus, le Dr Guy Patrick Obiang Ndong, que nous félicitons au passage pour l’effort d’information, la communication autour de la Covid-19 dans notre pays manque d’efficacité, d’efficience et de transparence. Pour cause, trop de zones d’ombre entourent cette crise sans précédent. 

Le déni de réalité 

La lecture que l’on fait de l’évolution de l’épidémie du Coronavirus depuis son apparition en début du mois dernier au Gabon révèle le constat d’un déni de réalité de la gravité de la crise. En effet, c’est le 12 mars 2020 que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) déclare que la flambée de Covid-19 constitue une pandémie en Europe, avec 20 000 cas et 1000 décès. Ce qui signifie que le virus se répand comme une traînée de poudre aux quatre coins de l’Europe, notamment en Italie et en France. La déclaration du Dr Henri P. Kluge, directeur régional de l’OMS, était pourtant claire. 

« Bien qu’il incombe à chaque pays de déterminer la nature des interventions à mener afin de prévenir ou de ralentir la transmission du virus, et le moment auquel elles doivent être déployées, l’OMS/Europe considère que les mesures de réduction des contacts sociaux et de quarantaine doivent être prises en temps opportun et de manière rigoureuse. Parmi les mesures que les pays peuvent envisager d’adopter, il convient de mentionner : la fermeture des écoles et des universités, la mise en œuvre de politiques de télétravail, la réduction au minimum de l’utilisation des transports publics aux heures de pointe et le report des déplacements non essentiels », avait-il déclaré. 

En dépit de la fermeture des frontières terrestres, des écoles et universités  pour stopper la propagation du virus, le Gabon tarde à prendre des décisions plus rigoureuses et drastiques. Les frontières aériennes sont restées plus de deux semaines ouvertes avec une fréquence importante de vols réguliers en provenance de certains pays touchés, comme la France. Et le gouvernement de clamer que « tout est sous contrôle », allant même jusqu’à affirmer que le Gabon a « le meilleur plan de riposte de la sous-région », voire d’une bonne partie de l’Afrique. Une erreur de communication qui va très vite révéler certaines limites.

La carte de la transparence

En voulant se montrer rassurant, le gouvernement a décidé de gérer « sa crise » tout seul, en laissant le contrôle de toute l’information autour du Coronavirus dans notre pays entre les seules mains du COPIL-Coronavirus. Un choix étonnant quant on sait qu’ailleurs, plusieurs membres des différents gouvernements prennent la parole pour rassurer et informer leurs compatriotes sur  l’évolution de la situation sanitaire dans leur pays. Le besoin de réduire au maximum les sources d’informations au Gabon est omniprésent. Rien ne filtre ! 

A l’exception des points de presse et de la campagne sur les mesures préventives, aucune information officielle autour du Coronavirus ne circule. Même le président de la République Ali Bongo Ondimba n’a pris la parole que deux fois seulement depuis le début officiel de cette crise au Gabon, et cela sans convaincre, si l’on s’en tient aux comportements de nos compatriotes vis-à-vis de cette épidémie. 

Pourtant, cette volonté de rassurer des populations, qui voient à travers les médias nationaux et internationaux les dégâts palpables de la pandémie déclarée en Europe, contraste mal avec certains éléments de langage employés par le porte-parole du Comité de pilotage du Plan de veille et de riposte contre l’épidémie à Coronavirus, notamment la reprise de la phrase choc du président français Emmanuel Macron : « Nous sommes en guerre ! ». Une phrase qui, à elle seule, dévoile la gravité de la crise et l’urgence de prendre des mesures plus drastiques, en plus d’une communication plus ouverte et transparente. 

A ce jour, mis à part le COPIL-Coronavirus, qui sait si les cas contacts ou cas suspects annoncés existent ? Qui sait si la quantité des équipements offerts par l’homme d’affaires chinois Jack Ma est exacte et surtout combien ceux qui auraient été achetés par le Gabon ont coûté au contribuable ? Qui est le journaliste qui est testé positif et quel est son organe de presse ? Qui aujourd’hui peut dire, sans crainte de se tromper, combien de Gabonais ont été en contact avec les 21 personnes testées positives à la Covid-19 ? Qui sait pourquoi les 60 000 gels hydro-alcooliques qui devaient être fournis par l’entreprise La Santé Pharmaceutique ne sont toujours pas en fabrication ?

Autant de questions dont les réponses ne sont connues exclusivement que par le Comité de pilotage du Plan de veille et de riposte contre l’épidémie à Coronavirus. Une situation à l’origine des nombreux doutes perceptibles en scrutant les nombreux commentaires sur la Toile et en échangeant avec des compatriotes dans les quartiers.

L’information au détriment de l’humain

La faiblesse de la communication gouvernementale peut également s’expliquer par la non-prise en compte de certaines contingences. Tout d’abord, l’on peut relever le choix maladroit du gouvernement de privilégier l’information au détriment des Gabonais qui sont au coeur même de cette crise sanitaire. Car, faut-il le rappeler, en communication le public cible compte plus que l’information que l’on souhaite transmettre. S’intéresser au public crée un lien avec ce dernier et engendre spontanément du respect, de la considération et de l’implication. 

Or, le Comité de pilotage du Plan de veille et de riposte contre l’épidémie à Coronavirus a continué de gérer l’information à huis clos, se contentant de venir faire le décompte des cas en répondant partiellement aux questions qui lui sont posées par la presse. Ce qui a contribué à annihiler la présence des Gabonais dans cette crise.

Aussi, en choisissant de ne pas s’adresser directement aux populations, la première institution du pays, le président de la République, a minimisé la gravité de la situation dès le départ, alors même que plusieurs pays étaient déjà touchés par l’épidémie, dont le Cameroun voisin. L’annonce du 1er cas le 12 mars 2020 du ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement Edgard Anicet Mboumbou Miyakou tard dans la nuit n’a fait qu’accentuer cette distance avec le public. A cette heure, nombreux sont les Gabonais qui dorment déjà.

De la transparence naîtra la confiance

En définitive, la mise à l’écart du public concerné par le message s’est ajoutée à celle des relais d’opinions, en l’occurrence la presse qui n’a été jusque-là qu’une caisse de résonnance du gouvernement en relayant uniquement les informations officielles sans pouvoir vérifier la véracité de tout ce qui lui est présenté par le COPIL-Coronavirus, seul gage de transparence et de confiance des populations. 

A l’heure où nous rédigeons la présente tribune, le Gabon a déjà enregistré une vingtaine de cas testés positifs. Pourtant, dans les quartiers, nombreux sont les Gabonais qui doutent de l’existence de ce virus dans notre pays, en bravant les mesures préventives édictées par le gouvernement dans le but de les protéger et de stopper la propagation de la Covid-19. Communiquer, c’est avant tout mettre en commun, partager. Le gouvernement gagnerait à s’ouvrir et à choisir la transparence s’il tient à l’implication totale de toutes les forces vives de la Nation dans la lutte contre cet ennemi invisible. De la transparence naîtra la confiance et l’implication totale des populations dans « l’effort de guerre ».

Ferdinand DEMBA*

*Directeur Marketing et Transformation Digitale

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