jeudi,24 septembre 2020
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Copil-Communication: contraire aux canons universels

Conformément aux recommandations de l’OMS et s’inspirant de ce qui se passe sous d’autres cieux, le gouvernement gabonais a adopté et mis en oeuvre un plan de communication, dans le cadre de la lutte contre le coronavirus. Ce plan a le mérite d’exister. En effet, comme il fallait s’y attendre, il ne s’appuie pas sur des canons universels. 

Primo, les interventions régulières du porte parole du comité de pilotage mis en place 1 sur les chaînes de service public sont des POINTS-PRESSE et non des conférences de presse à proprement parler. Il en est de même de celles du premier ministre, des ministres de l’intérieur, de la santé, l’économie, des finances, du travail et de l’emploi et de la fonction publique, sur les mesures économiques et sociales et leur effectivité. 

Les points presse consistent, comme l’expression l’indique en des mises au point régulières sur une question donnée, en fonction de la disponibilité de données nouvelles relatives à cette question. Lorsque ces mises au point font l’objet d’interrogations de la part des journalistes évoluant dans des médias nombreux et différents de par la ligne éditoriale, on parle alors de Conférence de presse. Le choix ou la désignation de ces journalistes par le pouvoir exécutif et/ou les responsables de médias, se réclamant dudit pouvoir, comme c’est le cas ici, relève d’un manquement professionnel et participe, par voie de conséquence d’une volonté délibérée de verser dans la propagande. 

Deuxièmement, la lutte contre le covid-19 est incontestablement une communication dite de crise. Celle-ci vise « à doubler le regard que l’on porte sur les faits (la crise stricto sensu) par un regard sur les représentations subjectives que ces faits génèrent». Et cela d’autant que les Noirs africains en général et les Gabonais en particulier, malgré l’inexistence d’enquêtes fiables et à jour, sont habités par une sorte de culture d’immunité naturelle face aux maladies en particulier celles en provenance des pays du Nord telles que le VIH SIDA et le COVID. – 19. 

Cette culture de l’immunité naturelle se traduit par la persistance des idées reçues, des préjugés, de l’auto médication, la croyance aux vertus théra peutiques de la médecine traditionnelle…D’où en partie l’insouciance ou l’indifférence généralisée. Et c’est là que se joue la bataille de la communication. Pour que celle-ci soit efficace, il faut des gens dont la crédibilité, la compétence, l’expé rience ne souffrent d’aucune contestation. 

En d’autres termes, la communication de crise renvoie à la communication sociale ou sociétale. Celle-ci consiste en un ensemble de messages élaborés, fabriqués et offerts par les pouvoirs publics, les ONG, les associations, à travers les médias anciens ou nouveaux. Elle est destinée à faire comprendre la gravité d’un problème, à expliquer le bien-fondé de certaines mesures, en vue de permettre aux populations de changer de comportement ou d’attitude. Elle couvre donc le champ de la prévention des maladies et des accidents, de l’éducation pour la santé, de la protection de l’environnement, du développement de la participation des citoyens aux décisions publiques et privées. 

Pour ce faire il faut communiquer régulièrement sur les faits, faire preuve de transparence (clarté des messages ; crédibilités des faits), d’adaptations permanentes. En Somme, la communication de crise doit tirer les leçons de la ges tion de ladite crise sous d’autres cieux, en tenant compte bien sûr, de l’état d’esprit des populations, des moyens humains, financiers et des équipements disponibles. Cela veut dire expliquer, rassurer, faire le point en permanence. 

Autrement dit, comme tout autre forme ou modalité, la communication de crise s’intègre dans la communication des organisations, appelés également, communication des entreprises et des institutions publiques, élevée au rang d’une véritable au même titre que le journalisme, la publicité, la documentation, la création ou la production audiovisuelle. Elle s’en distingue mais leur emprunte des techniques : Communique de presse, Conférence de presse, point presse, interview, entretien ou entrevue, compte-rendu, publi-reportage ou publi-rédactionnel, règles relatives à la confection des journaux internes et externes des organisations (journalisme), campagne publicitaire (publicité);dossier de presse (documentation); films institutionnels (création ou production audiovisuelle). 

En outre, toute stratégie ou politique de communication, quelles que soient la modalité ou la forme (communication de crise; communication événementielle; relation avec les médias; communication publicitaire ou commerciale…), le volet ou le niveau (interne ou externe) s’appuient toujours conformément aux canons universels sur deux documents écrits : le plan et le guide. 

Le plan de communication fixe «Le schéma directeur de cette dernière à court à moyen et à long terme». Bâti d’une manière logique, il repose sur quatre étapes ou quatre phases : 

– Le diagnostic ou l’analyse de la situation ou l’état des lieux ou encore les faits; 

– L’objectif ou les objectifs, l’enjeu ou les enjeux ; 

– La détermination des publics cibles internes et externes et la confection des messages destinés à ces publics cibles internes ou externes (ici faire appel aux vi rologues, aux infectiologues, aux médecins urgentistes sans oublier les chercheurs menant des travaux sur la question au Gabon et dans le reste du monde. Les interventions des uns et des autres doivent faire l’objet de compte-rendu de Conférence de presse, de dossier de presse, d’interviews pour montrer, démontrer et convaincre) ; 

– La sélection ou le choix des moyens médias et hors médias. Ici les messages doivent être diffusés en français et dans les différentes langues locales. 

Quant au guide de communication, il encadre l’application du plan. D’où son caractère normatif et pédagogique. Il est normatif parce qu’il doit reposer ou re pose sur les règles relatives à la périodicité de l’évaluation du plan. Et cette évaluation a pour objectif de réexaminer le recours aux moyens médias et hors médias, de recadrer les messages, de réorienter les actions… En un mot, il s’agit de dresser un bilan périodiquement. Le guide de communication est aussi pédagogique dans la mesure où il vise à faire changer les comportements ou les attitudes des citoyens par la persuasion. De ce point de vue, le guide est complémentaire du plan. Il n’y a pas l’un sans l’autre. 

Enfin, ils sont au service d’une cause, d’une politique ou d’une stratégie clairement définie. Pas de communication pour la communication. Cela signifie que cette dernière est un moyen ou un instrument et non une fin en soi. Attention au mythe ou à l’utopie de cette activité. Il faut également rappeler que les deux documents écrits doivent s’adapter en permanence à l’environnement dans lequel les organisations évoluent. 

Comme on peut le constater, toute politique ou stratégique de communication ne s’improvise plus. Bien au contraire elle fait appel à des professionnels ayant été formés à la communication des organisations et non aux journalistes, aux sociologues, aux juristes comme il est de règle au Gabon. Il est temps de sortir ce métier de l’amateurisme, de l’improvisation et de l’empirisme. 

Pr Anaclet NDONG NGOUA

Maître de Recherche CAMES

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