Conflit Ministère des Mines-Sinohydro : un frein pour les travaux des voiries de Moanda

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Si ces travaux portaient sur la ville de Bitam le ministre Tony Ondo Mba ne s'activerait-il pas pour qu'ils reprennent plus rapidement ? © D.R/GMT.

A l’arrêt depuis bientôt 2 mois, les travaux d’aménagement des voiries de la commune de Moanda sont loin de reprendre, en dépit de la volonté affichée par l’entreprise adjudicataire dudit chantier, la Société gabonaise de transport public (SGTP) de les mener à leur terme. Un blocage qui selon certaines indiscrétions fait  émerger des velléités d’instrumentalisation des jeunes de cette ville par des décideurs qui tapis dans l’ombre, veulent fragiliser ladite entreprise alors que le statu-quo résulte de  l’imbroglio existant entre le gouvernement et l’entreprise en charge de la livraison des graviers, matériaux indispensables en matière de BTP, Sinohydro Corporation LTD. 


Les membres du Gouvernement et des resposnables de Eramet-Comilog
Des membres du Gouvernement (anciens et d’autres toujours en poste) et des resposnables de Eramet-Comilog © GMT.

Voilà bientôt deux mois que les populations de la ville minière sont dans l’expectative. Elles ne savent plus à quel saint se vouer depuis l’arrêt des travaux d’aménagement des voiries urbaines. Initiés par la Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog), lancés par le Chef du gouvernement Julien Nkoghe Bekale, lesdits travaux s’inscrivent dans le cadre du Plan triennal de responsabilité sociétale et environnementale. Ceci en vue d’améliorer les conditions de vie des populations de Moanda en proie, ces dernières années, à un réseau routier particulièrement défectueux et accidenté. 

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L’incompréhension et les interrogations, du reste légitimes des habitants de la commune semblent désormais habiter les populations depuis l’arrêt desdits travaux. Un arrêt consécutif, selon les investigations de Gabon Media Time, à l’incompréhension entre Sinohydro Corporation LTD et le gouvernement, par le truchement de son ministère chargé des Mines, concernant la livraison du gravier et qui par ricochet empêche l’entreprise adjudicataire SGTP de mener lesdits travaux d’aménagements à leur terme.  

Moanda Les travaux en cours dans la commune de Moanda
Une artère principale de la commune de Moanda © GMT

En effet, c’est par le biais d’une correspondance datée du 24 septembre 2019, adressée à Sinohydro, que le ministère des Mines, de l’Energie et des Ressources hydrauliques informait l’entreprise de l’expiration de son autorisation d’exploitation et de la vente des agrégats qui à l’origine, étaient destinés aux « besoins spécifiques du marché public d’aménagement de la route Moanda-Bakoumba ». Par conséquent, « En dehors ou à l’expiration du marché public concerné, les résidus d’agrégats reviennent de plein droit dans le domaine public », martèle le directeur de la subdivision du Haut-Ogooué, Yvon Oterigui. 

Reçu en audience par le Directeur général de l’exploitation minière Fortunin Nzue Ella dans ses bureaux de l’Immeuble du pétrole sur le boulevard Triomphal, en présence du conseillers juridique du ministre en charge des Mines et et de la communication Steeve Ondo Methogo, Gabon Media Time avait été informé de ce  que le blocus avait pour origine, une nonconformité administrative relative à l’autorisation d’exploitation de SinoHydro. Laquelle entreprise avait, au jour de notre entretien, formulé une nouvelle demande que Fortunin Nzue Ella avait lui même présentée, rassurant d’ailleurs que les travaux devraient reprendre dans les prochaines semaines.      

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Seulement voilà, après cet épisode au terme duquel Sinohydro avait introduit une demande d’autorisation d’exploitation du gravier, qui avait reçu pourtant l’aval des services du ministère des Mines, rien n’a manifestement évolué. Depuis pratiquement 3 semaines, la situation semble toujours dans un état de léthargie incompréhensible et à limite du boycott de la reprise desdits travaux. 

Joint au téléphone par la rédaction de Gabon Média Time, le député du 2ème siège de la Moanda Alexandre Awassi a d’abord déclaré ne pas être informé de la prétendue marche contestataire. « Sur la marche, j’ignore qui en est à l’origine, qui la fait et pourquoi elle la fait. Après chacun fait de la politique comme il l’entend… ». 

Puis, interpellé sur les raisons du blocus, le député de l’unique siège du 2e arrondissement de la commune de Moanda a reconnu l’existence d’un contentieux entre le gouvernement et Sinohydro « Il y a eu un gros souci au niveau de la livraison  des matières premières qui n’a pas mis un terme définitif aux travaux mais, plutôt une pause en attendant que le contentieux entre le gouvernement et Sinohydro se règle », at-il précisé. 

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Du personnel de SGTP devant leurs engins © GMT.

La logique nous pousse à nous interroger sur la teneur de cet imbroglio entre Sinohydro et l’administration des Mines, cause de la paralysie d’un chantier d’une telle envergure. Quel problème est à ce point insoluble, au point de faire courir un risque d’inexécution de ce projet d’intérêt général consacré par la volonté gouvernementale? Concrètement à qui profite le crime ? A cette question, Alexandre Awassi a exprimé son incompréhension en relevant l’idée selon laquelle personne ne gagnerait à ce que cette situation perdure. « Qui dans l’histoire veut voir son nom être dégradé?  Ni moi, ni l’Etat, ni Comilog. On gagnerait tous à ce que ces travaux aillent à leur terme surtout que les voiries de la ville connaissent depuis des années un état de délabrement avancé ». 

Du côté de la société civile, Jean Valentin Leyama, ancien directeur de cabinet adjoint d’Ali Bongo Ondimba contacté par notre rédaction, s’est dit révolté estimant que « cette situation est tout bonnement scandaleuse. Ces travaux ont été lancés par le Premier ministre en compagnie de la Présidente directrice générale d’Eramet Christel Bories, preuve de la volonté aussi politique mais aussi au niveau de la responsabilité social pour Eramet-Comilog. Mais des fonctionnaires au ministère des mines veulent pour je ne sais quelles raisons, entraver cette volonté politique », s’offusquet-il. 

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Une route de la commune de Moanda après le passage de la pluie © D.R.

Remonté, il a ensuite fustigé la posture anti-républicaine du ministère des Mines qui est plus enclin à sacrifier un projet d’intérêt général et par la même celles des trente mille âmes de la « ville des oiseaux » que de tout mettre en oeuvre afin que l’exécution des travaux soit effective. « l’administration préfère voir ce gravier se détériorer et dépérir  dans la forêt ou le laisser là, à la portée de quiconque, au lieu de le mettre à la disposition d’un projet communautaire comme celui-ci » s’est-il exclamé. 

Déduction faite, il est d’évidence que le litige entre la société Sinohydro et le gouvernement condamne les populations de la ville de Moanda, et livre à la vindicte populaire la SGTP prise à son corps défendant entre ce combat de coq qui desserre l’intérêt général et qui  injustement, prend pour cible ladite entreprise adjudicataire du  fait de la suspension des travaux. 

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Un des bulldozer de la SGTP flambant neuf à la disposition des voiries de Moanda © GMT.

Des manoeuvres politico-politiciennes malheureuses et foncièrement anti-républicaines qui lentement mais dangereusement font grandir au sein de la ville de Moanda, un mécontement dont l’implosion ne saurait tarder. Il nous revient avec insistance, que les fils et filles du département de la Lebombi Leyou sont plus que jamais disposés à battre le pavé et prendre la rue déterminés à lever le voile sur la situation de blocage des travaux d’aménagement des voiries de leur ville, afin de contrer les précurseurs de l’instrumentalisation dont l’objet n’est que de jeter l’anathème sur l’entreprise SGTP.  

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