Clap de fin pour le CF Mounana !

Mon constat sans polémique.

Clap de fin pour le CF Mounana !

La marche était donc trop haute pour le CF Mounana, encore battu mardi pour la quatrième fois depuis le début de la phase des poules de la Coupe de la Confédération. Son bourreau du jour s’appelle Horoya AC, qui a fait le nécessaire pour assurer l’essentiel en tirant sur l’ambulance mounanaise. Déjà vainqueurs à Libreville, les Guinéens ont récidivé à Conakry sur le même score de 1-0 et s’envolent en tête du groupe C avec 8 points. Le club gabonais tient son bilan famélique issu d’une arithmétique misérable : 3 buts marqués, 9 encaissés et dernier du groupe avec zéro point au compteur. Question : qu’a-t-il manqué au CF Mounana ?

D’abord le recrutement. Un examen précis de l’effectif du club indique un groupe inchangé depuis le titre de champion obtenu la saison dernière. Pire, quelques acteurs clés de ce succès ont fait défaut au groupe. A l’exemple des rugueux défenseurs centraux Aliou Badara Diouf Pape qui a pris la direction de Lozo Sport en début de saison avant de s’envoler vers des horizons lointains, et Pierre Daila, blessé. Avec leurs absences, les clés de la défense ont été confiées à Dieudonné Nkoume Kemba, ancien ‘’respectable’’ milieu défensif reconverti dans l’axe mais trop latéralisé côté gauche, et Bourama Coulibaly dont le rôle principal se résume à dégager son camp sans jamais initier la moindre construction bénéfique pour ses partenaires. Ces deux derniers réunis constituent une véritable panne technique et un trou d’air colossal en défense. Du moins à cette échelle.

L’autre reconversion douloureuse est celle de Ralph Freddy Bamba. Le prometteur jeune attaquant de pointe d’il y a quelques années, l’une des pièces maîtresses du premier sacre national du club en 2012, a aujourd’hui trouvé un point de chute sur le côté droit de la défense. Mais il ne reste qu’un pompier capable d’éteindre quelques brèches en championnat, et pas encore une solution véritable pour le niveau continental. La blessure de longue date d’Emmanuel Ndong Mba (désormais au Stade Mandji) n’a étonnamment jamais donné lieu à une réflexion portant sur une solution dans ce secteur. Le constat est le même à gauche où Christ Obama, venu du CMS, n’a jamais trouvé sa place.

Ensuite la stabilité du groupe. Jusqu’à ce dernier match face aux Guinéens, l’entraîneur Kévin Ibinga Mutasu n’avait visiblement pas encore trouvé son équipe type. Si le gardien Yves Stéphane Bitséki Moto, le jeune milieu défensif Karl Mboudou Mboudou ou encore le néo international Louis Ameka Autchanga ont enchaîné les matches, le reste des postes était en chantier avec des essais multiples pour trouver le joueur juste. Robert Nsimba Mukanu ou Ralph Freddy Bamba au poste de latéral droit ? Eric Ilamba Biyeme ou Thomas Obounet sur le côté gauche de la défense ? David Massamba, Guylain Kisombé Miakutima ou Robert Nsimba (encore) dans le rideau défensif ? Cédric Ondo Biyoghe ou Rick Martel Allogo Mba sur le couloir gauche ? Il était en tout cas difficile d’affecter avec certitude un nom à chaque poste avant chaque match ; le remue-ménage humain et les affectations disparates étant devenus la marque de fabrique de Kévin Ibinga au sein du club.     

On peut porter les mêmes interrogations sur la ligne d’attaque. Si Abdou Djamilou Atchabao semble avoir reconquis le cœur de la direction du club après ses déboires au CHAN au Rwanda en 2016 au point de redevenir la pointe principale du CFM depuis la réception de Supersport United, Corbin Franck Guedegbe a quant à lui été détenu sur le banc des remplaçants, et parfois dans les tribunes. Le temps de jeu de l’ancien attaquant de l’USB se résume à quelques miettes. Idem pour Junior Mensah Ellesah, pourtant arraché au Stade Mandji pour les besoins de la compétition, mais à qui Ibinga n’a visiblement pas confié les rênes de son attaque.

Une équipe. Différent d’un groupe ou d’un effectif. Buteur patenté avec le Stade Mandji, Junior Mensah Ellesah semble avoir perdu ses certitudes depuis son arrivée au CFM. Même impression pour Titus Kassimu. Le Ghanéen, impressionnant avec l’AS Pélican la saison dernière, donne l’impression de végéter dans sa nouvelle écurie. Du coup, chacune de ses apparitions est pour lui l’occasion de démontrer son talent, allant jusqu’à prendre à défaut ses propres partenaires comme s’il n’avait pas été largement briefé sur le projet collectif et l’ambition globale du club. A côté, les recrues congolaises enrôlés en toute discrétion par le club à la veille de la phase des poules, Joël Musingu Mazowa (transfuge du Daring Club Motema Pembe) et Guylain Kisombé Miakutima (en provenance de Shark Club de Kinshasa), alignés d’entrée face au TP Mazembé, ont ensuite été soumis au régime alternatif bien connu du club. Et malgré la révolte du premier cité face à Horoya, les deux Congolais de Kinshasa ne sont jamais parvenus à se fondre dans le moule jaune et vert.  

Leurs errements auraient pu passer inaperçus si certains « cadres » avaient assuré. Le cas de Cédric Ondo Biyoghe apparait comme le plus regrettable. A l’heure où la sélection nationale est en pleine reconstruction, notamment sur le plan offensif, l’ancien capitaine de l’AO CMS se croit peut-être encore en pleine poursuite de sa formation, inachevée du côté de son ancien pensionnat, là où on attend plutôt sa progression et la confirmation de son talent. Sur son couloir gauche, il multiplie des contrôles mal assurés, des dribles sans conviction, des frappes incertaines et est régulièrement la première victime de ses propres accélérations. Son manque de justesse devant le but rajoute à la liste des insuffisances offensives à corriger, comme en témoigne son raté monumental face au gardien Khadim Ndiaye d’Horaya AC à l’aller dans ce qui aurait dû être l’ouverture du score.

Même tonalité chez son coéquipier d’attaque Louis Autchanga. Le jeune attaquant « rasta », véritable promesse et audacieux reconnu, présente toutes les allures d’un évadé du milieu de terrain qui perd ses moyens aux alentours de la surface de réparation.

Le milieu Ivoirien Nick Sanda Zamblé Bi Yavo, régulièrement injecté par Ibinga dans la zone de fabrication du jeu, a, quant à lui, les jambes en coton depuis son retour de prêt au FC 105 où il avait pourtant passé une saison exceptionnelle.

Autre insuffisance : la mentalité. Le talent y est, pour certains. Mais ces garçons ont-ils le mental aiguisé pour attaquer le haut niveau ? Le gardien Yves Stéphane Bitséki Moto avait très vite évoqué le manque de maturité de ses coéquipiers après la défaite face aux Sud-africains de Supersport United (3-5) au stade de l’Amitié. La suite lui a donné raison. Mais en partie. Car le dernier rempart mounanais n’est pas exempt de tout reproche dans ce parcours catastrophique. Certains buts encaissés portent la marque des gants savonneux du capitaine himself.

On le sait, la maturité et l’expérience ne sont pas un gage de succès dans le football. Le talent (naturel ou forgé), associé à une mentalité de fer garantissent la sérénité et la lucidité en toutes circonstances : mauvaise qualité de pelouse, pression du public local ou adverse, arbitrage défavorable, etc. On teste un champion à la qualité de son rebond. Mais à y regarder de près les joueurs du CF Mounana n’étaient pourvus ni de maturité, ni de mentalité gagnante, encore moins d’un sursaut d’orgueil. Le rebond attendu s’est simplement englouti dans le tourbillon dressé par ses adversaires.        

Un entraîneur ? Peut-être. En toute discrétion, Kévin Ibinga trace son sillon à la tête du CF Mounana : champion du Gabon 2012 et 2016. Vice-champion en 2014 derrière Mangasport. Vainqueur de la Coupe du Gabon en 2013 en tant qu’adjoint de Pamphile Adjovi. C’est respectable pour un tout jeune entraîneur pétri d’humilité et qui ne connaît pas de seuil de flexibilité : capable de passer de l’équipe pro aux catégories inférieures avec la même aisance. Mais cela est-il suffisant pour lui confier une responsabilité africaine ? Ce n’est certainement pas le moment. Il devrait lui aussi apprendre le haut niveau en côtoyant un entraîneur rompu à la tâche pour appréhender et mieux aborder l’échelle continentale. Cependant, existe-t-il de grands entraîneurs sans bons (grands) joueurs ? L’ambition de Kévin Ibinga n’est-elle pas réduite à la qualité de la ressource humaine mise à sa disposition ? On a vu ses coups de gueule résonner presque dans le vide, l’obligeant parfois à se réfugier sur le banc, le menton dans le creux de la main.    

Le public ? Aussi. Difficile d’arriver à ce stade de la compétition et de voir jouer une équipe sans aucun supporter. A moins d’être une stratégie propre au club, on comprend très mal l’inorganisation du CF Mounana à ce niveau, où chacun de ses adversaires s’est souvent demandé si le match se jouait à huis clos. Dans ces conditions, impossible de se créer le « douzième homme » à domicile et même à l’extérieur, capable de réveiller la motivation des acteurs sur la pelouse, ou de la décupler quand elle existe déjà.

Finalement, une ambition à moitié ? Oui. Créé en 2006, le club du président ‘H.P.O’ tutoie les sommets du football gabonais depuis 2010, année de son accession en première division. Un centre de formation avec une vraie ambition … encore nationale. Il s’agit désormais pour le top-management du club de pousser un peu plus loin. Car tous les aspects évoqués plus haut reposent sur la volonté du 1er Mounanais à imprimer une volonté et une rigueur sans faille à tous les étages. Un peu de benchmarking auprès des autres modèles africains ne ferait pas de mal. Bien au contraire.

Malgré tout. Et pour finir. On ne va pas brûler la bougie dans les deux sens. Car après le FC 105 en 2005, le CF Mounana est le deuxième club gabonais à intégrer la phase des poules de le Coupe de la Confédération de la CAF. Le succès des campagnes à venir passe sans doute par une réflexion autour des différents aspects abordés. Il s’agit globalement de recommencer, de se réorganiser, de travailler, de progresser avec des objectifs ambitieux et s’en donner les moyens. On apprend de ses échecs et seules les bêtes massacrées connaissent l’agonie du couteau. Osons espérer que la leçon a été assimilée et qu’un palier supérieur sera gravi lors des prochaines échéances. Quand on met les moyens, on crée l’événement. La direction du CFM, qui a fini de créer l’événement sur le plan national avec déjà deux titres de champions en un laps de temps très court et une coupe du Gabon (2013), sait ce qu’il lui reste à faire pour envisager différemment son avenir continental.

Les vainqueurs écrivent l’histoire ; les vaincus la racontent. Au CF Mounana d’écrire la sienne, que nous attendons avec gourmandise !

Bravo. Quand-même !

Par Arsène Tolomoangoy

Consultant sportif

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