Affiche de la chronique d'un Observateur privilégié du Covid-19 © GMT

Comme nous vous le disions déjà hier dans la première chronique, l’avènement du coronavirus au Gabon a bouleversé nos habitudes. Entre suspicions d’arnaque autour de la gestion de cette maladie par les autorités sanitaires et les soupçons de détournements de fonds, des Gabonais sont bel et bien touchés par la covid-19. Nous allons partager avec vous l’expérience de certains d’entre eux face à la maladie. Pour ce second récit, c’est  encore F.D.* qui revient sur son expérience en tant que patient atteint de la covid-19 et fait une analyse de la gestion de cette crise.

Je ne doute pas que nous pourrions sortir de cette histoire plus vite que nous le pensons, malgré les projections alarmistes de l’organisation mondiale de la santé (OMS) sur le continent. Mais, cela ne dépendra que de notre capacité à prendre à bras-le-corps cette crise sanitaire en nous posant les bonnes questions, sans passion et avec beaucoup de lucidité. Mais surtout, en observant les mesures ou gestes barrières indispensables pour stopper la propagation du coronavirus dans notre pays. 

Je voudrais revenir sur ma chronique d’hier au regard des retours que j’ai eus en lisant les commentaires. Deux choses semblent avoir retenu l’attention des lecteurs/trices : l’entretien de la psychose et mon traitement. Cette idée selon laquelle ma volonté est d’entretenir la psychose à travers le titre qui parlait d’hécatombe est une erreur d’interprétation. Non, très chers ! Accordons-nous sur un désaccord : je ne gagne rien à renforcer l’idée que les choses vont très mal. Au contraire, je faisais uniquement allusion aux chiffres, au nombre de personnes contaminées par la covid-19. 

Depuis le début de cette crise sanitaire, chacun de nous suit les déclarations du Comité de pilotage du Plan de veille et de riposte contre l’épidémie à Coronavirus (Copil-Coronavirus) et les journaux du monde entier pour s’informer. Ce ne sont pas mes chiffres. En ce qui concerne le Gabon, au moment où je suis arrivé à Franceville en avril dernier, nous étions à 95 cas testés positifs à la covid-19 sur toute l’étendue du territoire. Un mois plus tard et à l’heure où cette chronique est publiée, le Gabon compte désormais 1502 cas testés positifs. Je ne sais pas pour vous, mais pour moi, c’est énorme et en si peu de temps. Surtout quand on sait les capacités litières de nos structures hospitalières et la gestion qui est faite de cette pandémie dans notre pays. 

Désormais tout le monde porte un masque à Potos, à Franceville © GMT

Je vous l’accorde, nous ne sommes pas obligés de dramatiser ou d’entretenir la psychose. Gardons-nous alors d’inviter le stress ou la panique dans nos vies. Après tout, « 95% des cas testés positifs sont asymptomatiques », selon le Dr. Guy Patrick Obiang Ndong, porte-parole du Copil-Cronavirus. Partout ailleurs, on s’accorde à dire que « La majorité des personnes manifestant des symptômes légers se rétablissent d’elles-mêmes », peut-on lire sur le site du ministère de la Santé du Canada, a fortiori les asymptomatiques gabonais. Mais cela implique une discipline et une rigueur de la part des patients qui devront s’isoler et ne sortir qu’une fois débarrassés du virus après leur traitement ou suivi médical. Car n’oublions pas qu’il y a quand même 5% qui risquent leurs vies au contact de cette épidémie.

Ecouvillon naso/oropharyngé dédié au prélèvement et au test de la covid-19 © GMT

Le 10 mai dernier, j’ai été prélevé par « Nasopharyngé et Oropharyngé » et testé positif au Coronavirus SARS-CoV-2. Le diagnostic aurait été réalisé par « amplifications géniques sur l’automate Applied Biosystems « AB 7500 Real time PCR System » selon un protocole de diagnostic du SARS-CoV-2 validé par Africa CDC et l’Union Africaine », précise le document reçu du Centre International de Recherches Médicales de Franceville. Ne me demandez pas ce que cela veut dire. Je sais juste que l’on m’a introduit deux longues tiges de coton, une dans la narine et l’autre dans la gorge. Le 12 mai 2020, j’ai été contacté par le Centre hospitalier régional Amissa Bongo de Franceville pour récupérer mes résultats. 

Arrivé à l’hôpital, je rentre dans une salle où se trouvent d’autres cas. Là, en face de moi un médecin qui appelle chacun de nous afin de lui déclarer son statut virologique et prodiguer les conseils qui vont avec. « Monsieur DEMBA, positif. Venez récupérer vos documents à signer », m’annonce le médecin, puis elle ajoute « avez-vous des antécédents médicaux ? ». Je lui ai répondu qu’il n’y en avait aucun à ma connaissance. C’était la seule fois où nous avons abordé la question relative aux risques que j’encourais de suivre un traitement “en essai”. Il m’a par ailleurs cité quelques effets secondaires dus au protocole thérapeutique qui était proposé, au cas où je l’acceptais

Intérieur du Centre hospitalier régional Amissa Bongo de Franceville © GMT

Je consulte le document qu’il me remet et me rends compte que j’ai le choix de signer pour suivre un traitement ou pas. Curieux comme une fouine, je demande au médecin à quoi va me servir le traitement puisque je suis asymptomatique? Il me confie que c’est pour expulser le virus de l’organisme. Soit. Je signe la « Lettre d’information et fiche de consentement Patient ». Un document dans lequel je reconnais que j’accepte le protocole de prise en charge du Copil-Coronavirus, qui inclut un protocole thérapeutique associant  la nivaquine (chloroquine) 250 mg, l’azythromycine 250 mg, l’anthihistaminique, une vitaminothérapie (Zinc et vitamine C) pendant 10 jours.

Bien sûr, je signe le document puisqu’il faut que je récupère les médicaments qui me sont remis par le médecin. Ensuite, j’ai fait le choix de ne pas être confiné dans un des sites d’isolement prévus par les autorités sanitaires. Ce qui me permet de rentrer me confiner à la maison pour ne sortir que le jour où je dois me faire tester à nouveau pour savoir si je suis négatif, soit 8 jours plus tard. Entretemps, j’effectue plusieurs recherches sur Internet pour avoir le coeur net sur le protocole thérapeutique qui m’est proposé, puisque je suis asymptomatique. Je me souviens que je n’ai eu aucun autre examen pouvant me permettre de savoir si j’ai une quelconque complication. Et je partais de là sans savoir quelle était ma charge virale.  

Du 12 mai à aujourd’hui, je suis resté enfermé à la maison. Mes nombreuses lectures me permettent de découvrir qu’il y a trois catégories de malades :  les présymptomatiques, les asymptomatiques et ceux qui présentent des symptômes (cas légers ou graves). Les présymptomatiques ne présentent pas encore de symptômes, tandis que les asymptomatiques ne présentent jamais de symptômes. Et là je me suis demandé comment peut-on donner le même traitement à des personnes qui ont des symptômes et à ceux qui n’en ont pas ?

C’est Donald Trump qui a répondu à cette question de la manière la plus brutale qui soit en déclarant hier mardi 19 mai, qu’il prenait l’hydroxychloroquine (nivaquine) à titre préventif depuis quelques semaines. Pourquoi le président de la première puissance mondiale prendrait-il un traitement préventif contre une maladie qu’il n’a pas, alors que le traitement en question n’a pas encore été validé par la communauté scientifique mondiale ? L’avenir nous le dira.

En revanche, c’est aujourd’hui que j’ai fait mon deuxième test à la covid-19. Ce dernier me permettra de savoir si le virus a quitté mon organisme et si je suis enfin négatif. Et je ne vous raconte pas ce que j’ai découvert. Si, je le ferai demain.

 

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