samedi,26 septembre 2020
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Chronique: «Et si l’erreur du Copil-Coronavirus était d’avoir cru qu’il était prêt ?»

L’avènement du coronavirus au Gabon a bouleversé nos habitudes. Entre suspicions d’arnaque autour de la gestion de cette maladie par les autorités compétentes et soupçons de détournements de fonds, des Gabonais sont bel et bien touchés par la covid-19. Nous allons partager avec vous l’expérience de certains d’entre eux face à la maladie. Dans cette chronique quotidienne, différents personnages se succéderont à la première personne pour vous narrer leurs expériences réelles de la maladie. Pour ce troisième récit, c’est toujours F.D.* qui revient sur son expérience en tant que patient atteint de la covid-19 et cette fois-ci vous révèle le vécu des patients covid-19 à Franceville.

Nombreux parmi vous attendent de savoir si j’ai pris le traitement et ce qu’il en est. Je le sais. Et je vous le dirai. Oui, j’ai pris un traitement. Mais avant, je voudrais rappeler à chacun de nous l’obligation de respecter les mesures ou gestes barrières indispensables pour stopper la propagation du coronavirus dans notre pays. Comme vous avez pu le comprendre à travers mes deux premières chroniques, la covid-19 existe bel et bien. Nous allons devoir vivre avec pendant quelques temps. Mais il y a une chose qui nous échappe à tous et que seul le Comité de pilotage du Plan de veille et de riposte de l’épidémie à Coronavirus (Copil-Coronavirus) pourrait savoir. Car je ne m’explique pas cette cacophonie autour de la gestion d’une épidémie censée être maîtrisée grâce à “une stratégie de riposte bien huilée”, avec des experts formés en Corée du Sud.

Déficit de tests et d’équipements

Ce mercredi 20 mai 2020, je suis allé au Centre hospitalier régional Amissa Bongo de Franceville pour être à nouveau prélevé afin de connaître mon nouveau statut virologique, après la période de traitement ou de suivi. Mais avant, j’ai attendu de 8h00 à 13h00 qu’une ambulance vienne me chercher car il est de plus en plus difficile d’avoir un taxi pour l’hôpital depuis l’annonce des contaminations. Une seule ambulance faisait le tour des quartiers pour récupérer les “testés positifs” d’il y a une semaine, dont je fais partie. 

En arrivant à l’hôpital, je découvre avec stupéfaction, comme tous les autres “testés positifs” d’il y a dix jours, qu’il n’y a pas assez de tests pour nous. Les préleveurs du Centre international de recherches médicales de Franceville (Cirmf) décident, bon gré mal gré, d’utiliser la même tige pour nous l’introduire à la fois à la gorge et dans la narine. Rassurez-vous, j’ai été aussi choqué que vous. Mais tenez-vous bien, ce n’est pas tout.

Je découvre que le mardi 19 mai dernier, aucun prélèvement n’a eu lieu faute de tests. Franceville ne possédait plus aucun test pour prélever certains de nos cas contacts qui ont dû se résoudre à rester chez eux en attendant qu’on les appelle. Contacté, le Copil-Coronavirus depuis Libreville consent à envoyer quelques tests par avion. Devinez combien sont arrivés ? 80 tests environ, à tout casser. Ce sont ces tests qui ont servi à prélever ceux qui ont été testés positifs il y a dix jours, dont je fais partie. Quant aux autres, ils attendront le prochain don d’un homme d’affaires chinois ou pas, je suppose.

Déficit de lits et de traitements

A Franceville, deux sites ont été retenus pour isoler les cas testés positifs : le pavillon Médecine de l’hôpital Amissa Bongo et l’hôtel Héliconia. Nombreux sont les cas testés positifs qui ont été contraints de se confiner chez eux faute de place dans les sites d’isolement prévus à cet effet. A voir les moyens déployés sur place, l’on a l’impression que le Copil local se bat avec les moyens de bord, car même le personnel médical n’est pas assez protégé. Ils sont obligés de porter leurs propres masques, même chose pour les testés positifs. 

Depuis quelques jours, les testés positifs restés chez eux n’ont pas de traitement comme le recommande le protocol du Copil-Coronavirus. La raison est simple. Il n’y a plus ou presque plus de médicaments. Ces derniers étant réservés pour les cas graves (avec symptômes). 

Manque de nourriture sur les sites d’isolement Copil-Coronavirus

C’était le 10 mai dernier. Pendant que nous attendions notre tour pour être prélevés, j’ai vu un jeune homme portant des sachets avec des morceaux de pains et des boîtes de sardines. Ce menu réservé aux prisonniers est celui qui est servi à certains patients testés positifs à la covid-19. J’ai appris quelques jours plus tard, à travers plusieurs plaintes que même ceux qui sont logés à Héliconia recevaient le même menu. Le prestataire qui s’occupait de la restauration aurait décidé de ne plus honorer son engagement car n’étant pas payé.

Erreurs de communication ou choix ?

Les mêmes causes produisent les mêmes effets, dit-on. Dès l’annonce du 1er cas testé positif à la covid-19 le 12 mars dernier, le Dr. Guy Patrick Obiang Ndong assurait que le Gabon détenait l’un des meilleurs, sinon le meilleur plan de riposte en Afrique centrale contre cette épidémie. Pourtant, jusque-là, la communication est l’un des talons d’Achille de la “stratégie” du gouvernement pour lutter contre la propagation de ce virus. Au niveau du “Grand Libreville”, les Gabonais défient les autorités compétentes en continuant d’affluer dans les bars clandestins, quand d’autres refusent d’observer les mesures barrières pourtant simples à exécuter. Conséquence, les cas positifs augmentent de façon exponentielle (1520 cas aujourd’hui). Les Gabonais n’y croient pas et il y a une raison à cela. Le gouvernement confond  information et communication.

Comme si cette défiance et ces doutes ne suffisaient pas, dans la ville de Franceville, le Copil-Coronavirus ne semble pas avoir compris la nécessité de communiquer efficacement. Le coronavirus n’existe qu’à la télévision pour ceux qui regardent Gabon 1ère ou sur les réseaux sociaux et quelques médias en ligne qui ont une certaine audience. 

Dans les rues, il y a quelques panneaux publicitaires sur les gestes barrières datant du mois de mars. A part ça, rien d’autre n’indique que nous traversons une crise sanitaire sans précédent. Pas de communication de proximité dans les marchés, les places publiques, même à l’hôpital il n’y a pas un service dédié à la sensibilisation à la covid-19. La distribution des kits alimentaires et la gratuité de l’électricité ont eu une meilleure communication, même ici à Franceville où des citoyens ont reçu des unités pour l’électricité; dans une ville non confinée. 

La psychose gagne du terrain

C’est un des revers de l’absence d’une communication responsable et efficace. D’une part, certains bailleurs mal informés ou pas du tout informés sur les réalités de la covid-19, pris de peur par la psychose créée autour du coronavirus, expulsent leurs locataires de leurs maisons. Ils craignent que leurs propriétés soient infectées par un virus qu’ils ne connaissent pas et dont ils n’ont pas les moyens de se débarrasser. 

D’autre part, des personnes au courant du statut virologique positif de leurs voisins les regardent de travers. La crainte d’être contaminé, malgré les mesures barrières pousse certains à rompre tout contact avec des personnes avec qui ils ont pourtant de bons rapports habituellement. Certains lieux, à l’instar du Centre hospitalier régional Amissa Bongo de Franceville, sont devenus des endroits “hantés” où personne ne veut se rendre. Certains membres du corps médical craignent d’être exposés et ne pas être correctement pris en charge. 

Au fait, je n’ai toujours pas reçu mes résultats. J’espère les avoir aujourd’hui afin de vous dire finalement quel était mon traitement et comment je me le suis administré. Respectez les gestes barrières. On est ensemble !

* Ferdinand Demba, journaliste à Gabon Media Time

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