samedi,5 décembre 2020
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Chronique: «Choqué par le manque de respect des mesures barrières, j’entrevois l’hécatombe qui nous attend»

L’avènement du coronavirus au Gabon a bouleversé nos habitudes. Entre suspicions d’arnaque autour de la gestion de cette maladie au Gabon par les autorités compétentes et les soupçons de détournements de fonds, des Gabonais sont bel et bien touchés par la covid-19. Nous allons partager avec vous l’expérience de certains d’entre eux face à la maladie. Dans cette chronique quotidienne, différents personnages se succéderont à la première personne pour vous narrer leurs expériences réelles de la maladie. Pour ce premier récit, c’est  F.D.*, journaliste à Gabon Media Time qui nous fait le récit de son voyage dans le Haut-Ogooué et son expérience avec la maladie.

« Il y a quelques jours dans un de mes post Facebook, je vous annonçais ma « Social experimentation », en déclarant être désormais un “observateur privilégié du Copil-Coronavirus” au Gabon. Avant de vous expliquer ce que j’entends par là, je vais vous raconter ce qui m’est arrivé. Il y a plus d’un mois j’étais à Libreville comme beaucoup d’entre vous. Avant que le gouvernement et le Comité de pilotage du Plan de veille et de riposte contre l’épidémie à Coronavirus (Copil-Coronavirus) ne décident du confinement total du « Grand Libreville » le 12 avril dernier. Je prépare mes affaires pour me rendre à Masuku (Franceville) pour retrouver ma petite famille et suivre l’actualité altogovéenne autour de cette crise sanitaire. 

Je ne saurais vous dire si j’ai transporté dans mes bagages un objet non identifié. Comment aurais-je pu savoir puisque sur la route nous avons juste été thermoflashés dans les postes de contrôle qui voulaient être sérieux comme le gouvernement. Une simple prise de température ne saurait dire si parmi nous il y avait un porteur de ce fichu virus. Tout ce dont je suis sûr, c’est que j’ai voyagé sereinement comme Baptiste, sans le moindre désagrément sur le plan médical.

Sur la route, je découvre que l’on peut passer tous les postes de contrôle de gendarmerie et de police, pourvu que l’on ait de quoi remplir le képi du chef. Que vous respectiez les mesures gouvernementales de « distanciation sociale » ou pas (nombre de passagers, port du masque, etc.), vous laisserez 1000 FCFA ou plus en fonction de votre capacité de négociation et de votre expérience sur la route. Et ce, quelle que que soit la province. La route nationale grouille de “mange-milles”, allez savoir pourquoi aucun d’entre eux n’est en prison pour corruption ou autre. Tout le monde sait qu’ils existent, mais personne ne fait rien.

Au fait, je ne vous ai pas dit ? La route dite économique étant coupée par la Lopé à cette période à cause des nombreux bourbiers et de son impraticabilité, nous avons dû faire un détour en passant par Lalara, Bouée et prendre des raccourcis dans la forêt qui rendaient le trajet plus dangereux et long. Après quatre jours passés dans la forêt pour une panne causée par l’état de la route en pleine période de couvre-feu et d’interdiction de circuler à partir de 18h00, nous parvenons tout de même à franchir les bourbiers pour enfin fouler le sol de Masuku.

Et là, devinez quoi ? Je suis contraint à une quatorzaine que je m’impose tout seul en citoyen responsable, puisqu’à part ma famille et moi, aucune autorité sanitaire ne sait que je suis là. D’ailleurs, qui sait exactement combien de personnes ont quitté le “Grand Libreville” pour le Haut-Ogooué depuis que Libreville est devenue une zone à risque ? Le Copil-Coronavirus y répondra certainement un jour, à la fin de toute cette histoire virale naissante. 

Revenons à nos moutons. Une fois ma période de confinement obligatoire comme recommandée par le Copil-Coronavirus mais sans les mesures qui vont avec passée, je découvre Franceville et ses habitants. Choqué par le manque de respect des mesures barrières à Potos et l’absence de communication préventive adaptée du gouvernement, j’entrevois l’hécatombe qui nous attend pour les semaines à venir. Quelques semaines plus tard, le premier cas de covid-19 positif et décès est annoncé à Franceville. Ce décès n’a rien à voir avec le non-respect des mesures gouvernementales ni l’incivisme présumé des citoyens, je n’en doute pas, mais c’est la panique. À partir de cet instant, tout va très vite.

Les jours qui suivent, on enregistre une vingtaine de cas positifs à la covid-19, essentiellement des membres du personnel du Centre hospitalier régional Amissa Bongo de Franceville et des membres de la famille du 1er cas décédé de coronavirus dans la province du Haut-Ogooué. Parmi les cas contacts figure mon nom. 

Et devinez quoi ? Après avoir été prélevé dimanche 10 mai 2020 et déclaré positif à la covid-19, je commence une expérience sociale au cours de laquelle je suis désormais un observateur privilégié de la gestion sanitaire du covid-19 par le Comité de pilotage du Plan de veille et de riposte contre la pandémie à Coronavirus (Copil-Coronavirus) au Gabon. En tant que “patient” sous surveillance, je vois et j’entends plus de choses. Oui, je suis Covid-19 positif et je me soigne. Mais pas comme on l’entend ! »

* Ferdinand Demba, journaliste à Gabon Media Time

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