Cemac: quand la BEAC cède à la dictature de l’urgence 

Alors que la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) se refuse à admettre que la pénurie de devises est bel et bien réelle en zone CEMAC, la nouvelle réglementation en vigueur depuis le 1er mars dernier corrobore ces faits. Néanmoins, au regard l’impact de cette situation. Néanmoins, au regard du contexte qui imposait depuis plus de dix ans la prise de mesures correctives, on peut se demander pourquoi a t-il fallu attendre que la crise se fasse ressentir pour changer notre fusil d’épaule. 


La réunion de haut niveau tenue le 4 juillet dernier à Yaoundé a mis en évidence un certain nombre de dysfonctionnements dans le mécanisme de gestion de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC). Ainsi, dans le rapport issue de cette réunion, on note « qu’entre 2000 et 2018, les Etats de la CEMAC ont donné la possibilité aux agents économiques résidents de détenir de nombreux comptes en devises sans autorisation préalable de la BEAC, en violation de la réglementation alors en vigueur ». 

En effet, cette situation qui a permis la création en toute illégalité de 2188 comptes en devises, a été à l’origine de la fuite de plus de 92 milliards de FCFA, dont près de 10 milliards de FCFA à mettre à l’actif du Gabon. Dans ce contexte, cette situation inédite a occasionné un Affaiblissement de la monnaie Cfa Xaf et une double circulation fiduciaire, qui ont à leur tour créé un environnement incertain pour la zone avec de fortes spéculation contre le FCFA, de nombreux risques d’évasion fiscale mais aussi des risques de blanchiment de capitaux.

Autant de situations qui ont conduit à un faible niveau de rapatriement et de rétrocession des devises, sans omettre les difficultés liées au renforcement de la soutenabilité extérieure de la monnaie Cfa Xaf. Censée émettre la monnaie, en garantir la stabilité, mais aussi et surtout définir et conduire la politique monétaire applicable dans les pays membres de l’Union et conduire les opérations de change, tout en promouvant le bon fonctionnement du système des paiements dans l’Union, la BEAC semble aujourd’hui céder à la panique face à cette pénurie. 

Malgré le rapatriement entre janvier et mai 2019 de plus de 1 376 milliards de FCFA contre 605 milliards de FCFA en mai 2018, qui représente un peu moins de trois mois d’importations, la zone demeure sous tension avec notamment une baisse du prix du baril, principale ressource de la zone. Suivant son rôle, la BEAC aurait donc dû mettre en oeuvre cette nouvelle réglementation lorsque le prix du baril était à plus de 100 dollars, ce qui lui aurait permis de rapatrier un stock de devises capable de contrer le choc actuel. 

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