Brice Laccruche Alihanga: Le mal-aimé ?  

En 2009, la nomination de Maixent Accrombessi en qualité de Directeur de cabinet du chef de l’Etat Ali Bongo, avait considérablement contribué à plomber le premier mandat du successeur d’Omar Bongo. L’omnipotent, l’omniscient, beaucoup plus craint qu’adulé, « le dircab » considéré à tort ou à raison, d’être le gourou d’Ali Bongo, le Raspoutine à la gabonaise avait cristallisé le mécontentement et le rejet d’une bonne partie de l’intelligentsia et de l’opinion publique.


En 2016, au lendemain, des tensions post-présidentielles, Ali Bongo, aidé par les ennuis de santé de son plus proche collaborateur, l’avait remplacé par Martin Boguikouma, jugé plus technocrate, moins politisé, plus conciliant. Mais le jeune directeur de cabinet ne parvint pas à asseoir son autorité, où Maixent Accrombessi avait eu le mérite de plier toute l’administration présidentielle et gouvernementale. L’épisode, hélas désopilant d’un directeur de cabinet d’un chef d’Etat, sans sécurité, fuyant, le visage hagard, retranché dans un hôtel new-yorkais, poursuivi par des activistes coûtera à Martin Boguikouma sa place au profit de Brice Laccruche Alihanga.

Arnaud Mbeng Edou, Communiquant, fondateur de l’agence de relation presse, Stratégie globale d’influence © D.R

Ali Bongo avait enfin trouvé sa perle rare. Car le vide laissé par Maixent Accrombessi qui commençait à peser, fût vite dissipé. Tout de suite, au pas de course, Brice Laccruche Alihanga imposa son exercice du pouvoir. Manche retroussé, visite surprise des chantiers, dialogue avec les grévistes, le nouveau directeur de cabinet aimait à se mettre en scène, les mains dans le cambouis. Plus calife que le calife lui-même.  En effet qui ne se rappelle pas, « sur instruction du chef de l’Etat », devant les caméras de télévision, cette audition au palais présidentiel, d’Alex Bernard Bongo, tout puissant directeur général de l’Agence nationale des infrastructures numériques et frère du Chef de l’Etat au nouveau directeur de cabinet ? Et ensuite du directeur général de la société d’énergie et d’eau du Gabon à l’époque sous pavillon Veolia et du ministre gabonais de l’Energie.

Les images avaient semble-t-il choqué l’opinion et soulevaient un tollé de questions sur le rôle du directeur de cabinet du  chef de l’Etat. Un directeur de cabinet du président de la République, un conseiller, car dans les faits c’est cela sa fonction, fut-il haut un haut commis du Palais,  peut-il convoquer et exiger des comptes à un directeur général , un ministre, voire au premier ministre ? Quel est le cadre juridique qui limite et délimite ses compétences ?

La Constitution définit-elle de façon précise les compétences du directeur de cabinet du président de la République ? Rien n’est moins sûr. Les pouvoirs du directeur de cabinet du chef de l’Etat, sont semble-t-il à géométrie variable. Ils sont fonctions du degré de confiance, et de la relationnalité avec le président de la République. D’où peut-être le cafouilli qui en découle. On est vient presque à oublier qu’en fait, au dessus du directeur de cabinet du président de la République, il y a le Secrétaire général de la présidence, qui en réalité, du point de vue organisationnel est dans les faits le régent du palais du bord de mers qui seconde le président de la République.

Devant cette cette incongruité, cette originalité à la gabonaise, Brice Laccruche Alihanga, bénéficiant désormais de la toute confiance d’Ali Bongo, va continuer à imposer son style, et surtout ses hommes dans l’appareil étatique. Ce,  en puisant dans son vivrier personnel, l’association des Jeunes volontaires qu’il il a lancée en 2016, lors de la présidentielle pour suppléer le Parti démocratique gabonais, le parti au pouvoir, pas du tout en odeur de sainteté avec son champion, Ali Bongo.

Une autre incongruité à la gabonaise, en période de crise, normalement, c’est le Premier ministre, chef du gouvernement qui sert de paravent, de fusible, au président de la République, en se mettant en avant pour protéger la première institution. Il semble que chez nous,  c’est beaucoup plus le contraire. Lorsqu’il y a tempête, on pointe beaucoup plus du doigt le directeur de cabinet du président de la République. Maixent Accrombessi et Martin Boguikouma, à tort ou à raison, en ont vécu la douloureuse épreuve. Preuve de la prééminence de leur pouvoir, sur les autres acteurs de l’Etat, eux dont les compétences sont pourtant constitutionnellement bien définies.

Aussi, profitant des ennuis de santé d’Ali Bongo, les adversaires ont commencé à décocher leur flèche à l’encontre de Brice Laccruche Alihanga. Les plus virulentes ne viendront pas de l’opposition bien entendu, mais bien de la majorité présidentielle, au sein des cercles de pouvoir tapis dans la haute administration.

La faute à qui ? Sans doute pas à Brice Laccruche Alihanga, ni à ses prédécesseurs Maixent Accrombessi ou à Martin Boguikouma. Les hommes passent l’administration demeure. La faute, plutôt au flou juridique et aux délégations de pouvoir à géométrie variable du président de la République sur ses plus proches collaborateurs.

Les luttes de tranchées que se livrent les collaborateurs du chef de l’Etat, suite à ses ennuis de santé,  à travers les coupures de presse et les pamphlets sur les réseaux sociaux, dont les attaques aux vitrolles subies par son directeur de cabinet, ont le mérite de remettre en cause Le dysfonctionnement du cabinet présidentiel et de ses autres services.

Il serait peut-être temps que le fonctionnement du cabinet et des services du Palais du bord de mer fasse l’objet d’un audit organisationnel pour proposer un nouveau mode de fonctionnement de la présidence qui réponde aux attentes du chef de l’Etat, et des défis actuels d’un pays qui souhaite être avant-gardiste.  

Arnaud Mbeng Edou,

Communiquant, fondateur de l’agence de relation presse, Stratégie globale d’influence

Laissez votre commentaire