Gabon: Ali Bongo reconnait-il l’échec de son Plan Stratégique Gabon Emergent ?

Ali Bongo Ondimba © D.R

Le  compte rendu du Conseil des Ministres tenu ce mardi 26 février à la Présidence de la République a donné lieu à une mesure pour le moins inattendue quant à la forme que devrait à l’avenir prendre le Plan Stratégique Gabon Emergent ( PSGE). Le Conseil des Ministres présidé par le Chef de l’Etat en personne annonçait à cet effet la suppression du Bureau de Coordination du PSGE dont les missions se verraient transférées vers d’autres structures. Présentée naguère comme la stratégie supposée faire du Gabon un pays émergent à l’horizon 2025, la suppression du PSGE consacre le fiasco d’un programme mal conduit dont la formulation édulcorée choisie pour présenter cet état de fait ne saurait tromper les Gabon sur l’acte de décès du PSGE et partant sur l’échec de la politique globale d’Ali Bongo Ondimba depuis 2009.



La Grande Vision Nationale” c’est ainsi qu’Ali Bongo se plaisait à présenter son PSGE. Au lendemain de son élection le 3 septembre 2009, le Plan Stratégique Gabon Emergent est alors la pierre angulaire  du projet de société du néo-Président , de sa vision politique et par ricochet de son ambition pour le Gabon. C’est dans ce contexte qu’est lancé, à son initiative , le Plan stratégique Gabon Emergent 2025.

L’objectif ? Moderniser l’économie gabonaise, la diversifier en sus,  et permettre enfin à chaque Gabonais d’accéder à un niveau de vie décent. Un programme ambitieux de réforme économique en vue d’une prospérité future voit aussitôt le jour. Sont alors lancées en grandes pompes ce qu’il va appeler les grandes « orientations stratégiques 2011-2016 » en définissant comme piliers dudit PSGE, le fameux et célébrissime triptyque « Gabon industriel » ,  « Gabon vert » et « Gabon des services ».

Pour s’assurer de son efficacité, la mise en oeuvre du Plan stratégique Gabon Emergent sera sanctionnée par l’érection d’un dispositif de suivi au plus haut niveau de l’appareil étatique avec l’instauration de Conseils présidentiels sectoriels. Ces Conseils permettront au gouvernement et aux principaux acteurs d’informer le Président de la République sur l’état d’avancement des travaux et de l’exécution de leur plan sectoriel.

Les Conseils présidentiels pour leurs part, seront précédés de Conseils interministériels sectoriels ou de Comités de pilotage sectoriels. Pour appuyer ce pilotage, il sera mis en place au sein du cabinet du président de la République une cellule, le Bureau de coordination des programmes de l’émergence, chargée de concevoir et de mettre en place les tableaux de bord de suivi du PSGE destinés à travailler de concert avec les ministères dans les missions qui leur sont dévolues.

C’est justement ce Bureau destiné à la coordination qui vient de faire l’objet d’une suppression lors du dernier Conseil des Ministres avec transferts des missions vers d’autres structures prétendues compétences. Lesquelles structures n’ont fait l’objet d’aucune  mention ou précision dans le communiqué final du Conseil des Ministres.

Disons le sans ambage, loin d’un véritable transfert de compétences, cette formulation alambiquée trahit à terme l’impossibilité du Gouvernement d’aller au terme des engagements pris à l’aune du premier magistère d’Ali Bongo Ondimba et ce nonobstant les moyens colossaux injectés dans le Plan Stratégique Gabon Emergent. Dix ans après sa mise en branle, la suppression de l’organe directeur et moteur du PSGE, celui directement relié aux ministères chargés de la mise en oeuvre des travaux nécessaires à la réalisation et à la matérialisation du PSGE se voit étrangement supprimé.

En mettant un terme au PSGE Ali Bongo reconnait-il explicitement l’échec de ce programme certes ambitieux mais réaliste et réalisable censé conduire le Gabon vers l’Émergence à l’horizon 2025?

En 2009, Ali Bongo Ondimba alors candidat à la présidentielle déclarait: « Le Gabon émergent que je vous propose sera un pays bien gouverné, respectueux des droits de tous ; un pays pleinement inséré dans les réseaux mondiaux d’échanges d’idées, des biens et des capitaux enfin un pays où chaque Gabonaise, chaque Gabonais disposera de revenus lui permettant de se prendre dignement en charge, d’un habitat décent et d’une bonne couverture sanitaire et sociale. Le Gabon peut, grâce à ses ressources et à ses compétences, changer en une génération le niveau de vie de tous ses citoyens. Il ne s’agit pas d’une vue de l’esprit mais d’un engagement ferme et irrévocable ».

Du haut de notre incompétence, et elle est avérée dans ce domaine, nous pouvons toutefois nous avancer en concluant que l’abandon du Plan Stratégique Gabon Emergent ne peut trouver une once de cohérence que dans les cas suivants: Soit  Ali Bongo Ondimba a atteint les objectifs du PSGE et il décide par conséquent d’y mettre un terme; Soit il reconnaît formellement l’échec de ce plan par son impossibilité et son incapacité à le mener à sa réalisation. Il va sans dire que la seconde hypothèse plus cohérente, est celle qui germe dans l’esprit des Gabonais les plus lucides.

Encore heureux qu’il reconnaisse l’échec de ce faramineux projet pourrait-on dire, car eu égard aux conditions de vie des Gabonais, à la crise sectorielle et institutionnelle symbolisée par les grèves multiformes qui secouent la Nation gabonaise, présumer du contraire serait la preuve manifeste du déni de réalité dont font preuve nos gouvernants en tête desquels le Chef de l’Etat luimême.

Les populations, qui ne sont plus dupes des promesses de la classe politique, entendent les mots certes, mais elles jugent surtout les actes. Et les actes justement, ne plaident pas en faveur d’un Plan Stratégique Gabon Emergent prospère pour le Gabon. Alors engagement ferme ou simple vue d’esprit doublée d’un slogan utopique?  Aux Gabonais d’apprécier.

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