Black-out médiatique sur le projet de révision constitutionnelle

C’est le 28 septembre dernier que le gouvernement a entériné le projet de révision constitutionnelle. A la même date, c’est 286 cadres qui étaient  nommés dans la fonction publique. Dans la presse locale, ces mesures individuelles ont été largement commentées, relayant le projet de révision de la loi fondamentale à un fait banal qui n’est pas digne d’être évoqué. Ce black out médiatique suscite dès lors des interrogations au sein de l’opinion, certains observateurs de la vie politique y voient une volonté manifeste du pouvoir de passer sous silence cette révision, qui devrait remettre en cause  la forme républicaine de l’Etat.

En effet, pour l’hebdomadaire La Loupe paru ce mardi 10 septembre, le projet de révision constitutionnelle confirme la volonté d’Ali Bongo de s’octroyer une immunité judiciaire. «En redéfinissant d’une part les missions de la Haute Cour de Justice et d’autre part, consacrant une Cour de Justice de la République devant laquelle le président de la République n’est pas justiciable et cache la volonté de se soustraire à la justice»; note t-il.

Interrogé par nos confrères, l’avocat au barreau du Gabon, Anges Kevin Nzigou, voit en ce projet de révision la volonté pour Ali Bongo de se dérober des mailles de la justice, scellant ainsi son immunité pendant et au delà de son magistère. «Il va créer une juridiction habilitée à juger les autres autorités de l’Etat en dehors du président. Ce qui veut dire qu’il organise de manière indirect son impunité», fait-il remarqué.

«La Haute cour de justice dont le président était justiciable n’a jamais été mise en place et les mécanismes de sa mise en oeuvre sont impossibles avec la majorité dont il dispose. Il y a manifestement une volonté pour Ali Bongo de sceller son immunité. Beaucoup de ses amis et anciens amis qu’il veut envoyer en prison devraient passer par Haute cour de justice, et dans le même temps, il existe plusieurs procédures pendantes le concernant devant la même Cour, sa mise en oeuvre ferait qu’on puisse ouvrir ses dossiers. Donc il met en place une nouvelle juridiction pour envoyer ses amis en prison et lui même reste justiciable de la Haute cour de justice impossible à installer»; précise-t-il.  

Au cours des conférences de presse animées par Ike Ngouoni Aila Oyouomi, Conseiller du président, Porte-parole de la Présidence de la République et  Alain Claude Bilié-By-Nze, porte parole du gouvernement, la question a littéralement été survolée voir même ignorée.

Ce silence donne l’impression que la nomination à des postes de directions de 286 individus, est l’événement choisi par le pouvoir pour alimenter l’actualité. Relayant en second plan une révision de la constitution qui aura pour incidence, de porter atteinte aux «acquis républicains» et de changer «le régime semi-présidentiel en régime présidentiel pur et dur» le président de la République aura  tous les pouvoirs mais ne répondra de rien.

 

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