Baccalauréat 2017 : 58,58%, des partenaires sociaux crient à un score politique bourré de complaisance

Après la publication des résultats du second tour de l’examen du baccalauréat session 2017, plusieurs partenaires sociaux ont émis des doutes sur la crédibilité de cet examen, mais surtout des 99,10% de réussite du second tour. Un score inédit selon plusieurs observateurs du secteur éducatif qui craignent que les néo-étudiants ne valent pas grand-chose dans leurs cursus supérieurs.

Doit-on en vouloir aux élèves de terminal et des candidats libres d’avoir décroché cet examen dans des candidats pour le moins douteux ? Non ! Répondraient volontiers certains, car ce ne sont pas les candidats qui organisent les examens et qui dispensent les cours. Fridolin Mve Messa, Secrétaire général du Syndicat de l’Education Nationale (SENA) avait déjà émis des réserves sur la suite des événements après le 14, 81% du taux de réussite au premier tour. Il le disait déjà sur les antennes de la radio Scolaire Émergence, dans l’émission Questions Citoyennes que «face à un taux comme celui-là, le Ministère fera tout pour le relever au second tour afin de se rapprocher de la barre des 50%».

Une lecture que partageait aussi Geoffroy Foumboula Libeka, président de l’Ong Educaf, au lendemain de la proclamation du premier tour. Pour lui, «c’est assez honteux quand même. Le baccalauréat a été vraiment évalué au premier. Donc, les 14, 81% est le niveau réel, non pas des candidats, mais de l’ensemble de ceux qui participent à l’organisation de ce baccalauréat. Cela remet en doute leur sincérité morale. Comment organiser un pareil examen en si peu de temps, quand en amont ces dirigeants étaient déjà prévenus des conséquences ? Cela reflète le manque d’intérêt pour l’éducation par les dirigeants. Pour eux, le plus important était d’organiser le baccalauréat, peu importe la forme et les carences. Nous sommes face à un bac de complaisance. Et à l’étranger, ces résultats sont déjà mal interprétés. Cela jette le discrédit sur la qualité de l’éducation au Gabon, et la qualité des bacheliers gabonais».

A en croire les chiffres centralisés par les techniciens du Ministère de l’Education nationale et de l’Instruction civique, le Haut Ogooué et le Woleu-Ntem ont sauvé la mise sur le 99,10% du second tour. En effet, selon le tableau comparatif des résultats du second tour, dans la province du Haut Ogooué, il y avait 835 candidats, et 832 ont validé. Dans le Woleu Ntem, sur 970 admissibles, 967 ont été reçus. Les deux provinces comptabilisaient 1805 admissibles en tout, seuls 6 ont échoué au second tour. Une situation cocasse qui laisse bien perplexe certains partenaires sociaux du secteur éducation qui parlent «d’un baccalauréat de complaisance», quand il n‘est simplement pas «politique».

De même, dans la Nyanga, sur les 264 admissibles du centre de Tchibanga, 261 ont été reçus. Pour Jojo, admis au second tour, «Franchement, on ne pensait pas que l’examen devait se tenir cette année. Dieu merci c’est fait. L’année a été difficile. Le plus important est qu’on passe maintenant à autre chose. J’espère que le Ministère de l’Education nationale fera tout pour que l’année prochaine, ceux qui passeront l’examen se préparent mieux que nous». Avec un taux de réussite de 58, 58% pour l’enseignement général, la session 2017 tacle les deux précédentes qui n’ont pas pu atteindre la moyenne, soit 40,90% en 2016 et 39,49% en 2015. Pour le baccalauréat technologique et professionnel, le taux de réussite est de 72,22%, largement au-dessus du bac général.

Sur les 21.693 candidats inscrits, 12.490 ont obtenu leurs diplômes. L’Etat est-il prêt à donner la bourse à tous ces nouveaux étudiants selon le principe qu’il a instauré lui-même depuis quelques années déjà au nom de l’égalité des chances, c’est-à-dire, un bachelier = une bourse d’étude ? C’est une question qui ne tardera pas à faire parler au regard de la qualité de gestion des fonds publics. Mais pour l’heure, Florentin Moussavou, ministre de l’Education nationale peut encore jubiler, puisqu’il estime que «au terme de ces résultats du deuxième tour, l’année scolaire s’achève sous de meilleurs auspices».

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