Arthur N’doungou: «2009-2016, 2018-2019 l’émergence d’une nouvelle saga?»

Arthur N'doungou, Commissaire National à l’Union Nationale © D.R

Dès qu’on n’est pas d’accord avec le consensus (formulation du clan), publiquement correct, on est conspirationniste. C’est la bonne excuse pour justifier la théorie du complot, la violence des uns et la folie meurtrière des autres comme vient de le confesser le PDG via son porte parole. Lecture biaisée de l’histoire comme souvent d’ailleurs lorsque l’on veut persuader par de faux-semblants. Quelle malignité.

L’aversion contre les trompeurs ne vient ordinairement  que de la crainte d’être dupe. C’est par cette raison que ceux qui manquent de sagacité, s’irritent, non seulement contre les artifices de la séduction, mais encore contre les falsifications et les affabulations des supposés habiles.

La mémoire qui ne réserve pas les deux tiers de son espace aux enfants de la République crucifiés pour leur combat pour la libération est une mémoire défaillante et l’oubli nous insupporte. Et ces jeunes Gabonais, trucidés par une horde sauvage et sanguinaire en 2009 et en 2016, la République et le PDG ont-ils eu regret ou petite lamentation?. Qui que l’on soit au fond de nous, nous ne sommes jugés que d’après nos actes.

Que désirez-vous, que la population pratique la conspiration du silence face en ces moments si troubles aux élans de subjugation. Nous est-il interdit d’avoir une opinion sur des questions que nous ne comprenons pas, sur des questions dont nous n’avons aucune lisibilité en tant que pouvoir puisqu’en démocratie, c’est le peuple qui décide? Il a le pouvoir de décider de ses dirigeants, des régimes politiques qu’il souhaite, des constitutions qu’il veut. Il est souverain et, en tout temps, il peut décider démocratiquement d’un changement de régime politique, économique et social. Il est le seul habilité à le faire. La force des ambitions personnelles, celles des lobbyistes et du pouvoir de l’argent doivent lui être subordonnées. L’État a cette responsabilité d’être, pour ainsi dire, le conseil d’administration des intérêts du peuple, il est celui qui confère le pouvoir.

Pourquoi les seuls sujets intéressants sont les sujets tabous. Ecrivez alors ce qui est interdit. Sommes-nous prisonniers des choses interdites ?

Dans l’état actuel des choses, alors que les ¾ de la population demandent l’application pure et simple de l’article 13 de la constitution sur la vacance, l’on nous distrait par des interdits venus de nulle part; une personne seule est un suspect, pour une mentalité de flic. Deux personnes ensemble, bien entendu, sont probablement en train de comploter quelque chose. Trois c’est une bande, et cinq est une émeute qui ne demande qu’à éclater, voilà la caricature et voilà qui explique leur dispersion au rond point de la démocratie par les forces de police.

Ce qu’il est convenu d’appeler, d’une façon honteuse, la théorie du complot, désigne confusément à nos yeux diverses attitudes (sentiments ou perceptions), croyances (ou convictions), perspectives ou systèmes de pensée à prétention explicative.

Alors de mon point de vue, ce n’est pas tant de l’imagination que naissent les théories du complot, mais d’une raison qui ne veut laisser aucune part au fortuit, à l’accidentel, à l’inexplicable, à toutes les lois égrugées devenues équivoques que nous ne percevons plus et dont nous ne connaissons pas l’exacte portée tant elles ont été escamotées par leur dépositaire. Ce qui est déshonorant, ce n’est pas de mentir, c’est de se faire prendre en flagrant délit de mensonge. Cette attitude à vouloir protéger par tous les moyens toute la scène et la douleur du souvenir en restant muet est quasi insoutenable.

Cette nation que nous avons créée a un Président en exercice qui n’est plus visible voilà presque 60 jours. La vacance du pouvoir est le temps pendant lequel une autorité légitime n’est plus exercée et 60 jours soit 2 mois est la période pendant laquelle le poste est resté vacant par extrapolation, autant que la période de transition, Cela n’a-t-il pas vraiment d’importance ? Le peuple ne peut donc pas se questionner à propos? Introduire une goutte de vérité sur la situation du Président, dérange t-il l’ordre établi, s’agit-il d’un acte inconstitutionnel ? Quelle âme immaculée ne s’y questionnerait pas?

Celui que vous voulez faire exister est invisible depuis 60 jours, aucune image même avec son cercle le plus restreint. Il ne vous a pas attendu, Etes-vous furieux de voir s’évanouir sa conspiration avec son conspirateur.

Par de telles attitudes, nous commençons à entrevoir que la base de toute tyrannie n’est pas tant la force que le secret, la dissimulation, la censure. Lorsqu’un gouvernement dit à ses sujets : Il ne faut pas lire ceci, il ne faut pas voir cela, il est interdit de savoir telle chose, il en résulte inévitablement une tyrannie, quels qu’aient été les mobiles primitifs. Il faut bien peu de force pour contrôler un homme dont l’esprit est ainsi déformé. En revanche, nulle violence ne peut venir à bout d’un esprit libre, ni la torture, ni les bombes à fission, rien… on ne peut pas soumettre un homme libre. On ne peut que le tuer.

Il flotte dans l’air une angoisse épouvantable. Et comment en serait-il autrement ? On nous prend à la gorge, on nous oblige à travailler du matin au soir payé en monnaie de singe, on nous abrutit, on nous inflige des besoins qui ne nous ressemblent pas, des lois qui nous affligent, qui nous soumettent, qui nous égarent, nous pervertissent. On nous interdit de rêver, de traîner. On nous use à la tâche. Les gens ne vivent plus, ils s’usent à petit feu.. tel est notre Gabon devenu par la faute du clan.

Je me sentais l’âme en révolte alors j’ai mis des chaussettes rouges. C’est strictement interdit, mais maintenant je m’en fiche! En Angleterre, tout est permis, sauf ce qui est interdit. En Allemagne, tout est interdit, sauf ce qui est permis. En France, tout est permis, même ce qui est interdit. Au Gabon., tout est interdit, même ce qui est permis. Alors tout en moi se dissout dans une éclatante et voluptueuse rage de vie que seul exprime suffisamment le désespoir. Cette impuissance à saisir, cette inexorable confusion à s’unir, à se coaliser ne serait-ce que le temps de l’assaut final. »

Arthur N’doungou

Commissaire National à l’Union Nationale

Laissez votre commentaire