mercredi,23 septembre 2020
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Ange Diecko: «cette pandémie constitue, pour certains, une occasion en or pour s’en mettre plein les poches»

A quelque chose, malheur est bon a-t-on coutume de dire. Ce proverbe français trouve bien son sens actuellement dans notre pays qui traverse depuis un certain temps, à l’instar de nombreux autres pays, une crise sanitaire et économique sans précédent provoquée par le covid-19. Oui, disons-le sans ambages que l’apparition de cette pandémie constitue, pour certains, une occasion en or pour s’en mettre plein les poches. 

En effet, plutôt que de faire preuve de discernement en cette période particulièrement sensible, certains agents des forces de l’ordre, de la mairie et même de l’Agence Gabonaise de Sécurité Alimentaire (Agasa) multiplient les bavures, dérapages et autres balourdises à travers de nombreuses opérations de contrôle réalisées ces derniers temps à l’endroit des tenanciers d’épiceries, pour ne citer que cette cible spécialement favorite. 

Comment comprendre qu’au moment où les contrôles doivent, en principe, être focalisés au niveau des prix des denrées alimentaires, du respect de l’application des mesures barrières (port de masques et gangs) ou autres mesures de distanciation sociale, nécessaires à la lutte contre la propagation de ce virus, ces entités préfèrent s’illustrer dans des contrôles, à priori, non essentiels pour l’heure au regard du contexte actuel. Ces différents contrôles portent principalement sur les cartes de séjour, le paiement de l’Impôt Synthétique Libératoire (ISL) et, fait nouveau, sur le paiement de l’agrément sanitaire, délivré par les services de l’Agasa.

Qu’est ce qui peut expliquer ou justifier l’urgence de ces contrôles bien orientés et qui se manifestent, pour la plupart, par une violence abjecte entrainant, à défaut de la saisie des marchandises ou de la fermeture des commerces, les amendes ou mieux les arrangements complaisants, au grand bonheur de ces agents véreux qui tirent profit de la situation actuelle? Sommes-nous de ce fait, réellement surpris de l’origine de la flambée des prix ou de la crise alimentaire actuelle ? 

C’est à croire que les contrôles de cartes de séjour, du paiement de l’ISL et de l’agrément de l’Agasa, participent à la lutte contre cette pandémie. Le comble, c’est que même en présentant tous les documents réclamés, il y aura toujours quelqu’un pour trouver à redire. Ces évènements répétés au jour le jour finissent par nous horripiler tous. Les épiciers en premier, bien qu’autorisés à ouvrir en cette période, optent en général pour la fermeture de leurs commerces et c’est le constat amer que nous avons fait dans presque tous les quartiers qui constituent le grand Libreville. 

Les populations en second, pour qui ces épiceries servent d’approvisionnement de proximité, demeurent accablées du fait de la fermeture ou de l’ouverture par intermittence de ces établissements. Une telle situation savamment entretenue n’est pas de nature à faciliter le respect du confinement total, réputé suffisamment contraignant. Nos autorités souhaiteraient-elles voir ces commerces finalement cesser toutes leurs activités pour ainsi alourdir davantage la liste des ayant-droits au paiement des loyers ? 

Par ailleurs, en regardant dans le rétroviseur, nous sommes amenés à nous interroger sur la  rigueur et l’impartialité de nos agents dans l’exécution de leurs missions de contrôle. Primo, où étaient nos forces de l’ordre ou autres agents compétents quand il était question de verbaliser, sanctionner les banques qui avaient du mal à gérer les files d’attente qui se formaient en violation des règles de distanciation sociale,  devant leur guichet ? Secundo, où était l’Agasa pour en faire autant avec la Société Alimentaire de la Nomba (SANgel), mise à nue, il y a quelques mois, par les autorités judiciaires, pour avoir vendue insidieusement et volontairement des produits avariés aux populations ? Les contrôles et les sanctions auraient-ils un caractère discriminatoire ?      

Loin de nous l’idée de méconnaître l’importance de la mission de service public confiée aux forces de l’ordre pour faire respecter les mesures relatives au confinement, encore moins les difficultés auxquelles elles font face. Toutefois, nous condamnons avec fermeté tout abus dans la mise en œuvre de ladite mission. L’Etat d’urgence sanitaire décrété ne doit pas être un prétexte pour rompre avec l’Etat de droit et ne saurait en aucun cas justifier les contrôles discriminatoires, ni un recours à la force injustifiée ou disproportionnée par les forces de l’ordre ou tout autre agent. C’est pourquoi, nous attirons ici l’attention des autorités compétentes pour qu’elles redoublent de vigilance afin que le maintien de l’ordre et les opérations de contrôle dans le cadre de la lutte contre le covid-19 ne donnent pas lieu à des abus ou exactions. A défaut, le chaos s’installera.

Ange DIECKO   

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