Analyse / Can 2017 : Un triple échec pour le Gabon

Une compétition largement boycotté, un peuple désunis et en conflit avec son équipe nationale , des résultats insatisfaisants avec, en prime, une élimination au premier tour et des stades « pas comme on l’entend », la CAN 2017 aura été un échec sur les plans politique, sportif et structurel pour le Gabon  

Après l’élection présidentielle d’août 2016, la CAN 2017 constitue inéluctablement l’événement qui aurait causé plus de problème au pays.

En marge du débat sur les ‘’pros’’ et ‘’anti’’ CAN, nous anticipons déjà sur le bilan de la compétition bien qu’elle ne soit pas encore arrivée à son terme. Il s’agit en fait d’un bilan à mi parcours sur trois plans, notamment les domaines politique, sportif et structurel.

Le choix de ces trois domaines s’explique par le fait que les évènements d’envergure internationale comme l’organisation de la CAN prennent prioritairement en compte ces trois secteurs. Aucun pays au monde ne peut abriter ce genre de rencontre sans au préalable mener un véritable plaidoyer basé sur ces atouts politiques, sportifs et structurels.   

En ce qui concerne la CAN 2017 au Gabon, il convient de rappeler qu’elle est organisée alors que de nombreuses familles pleurent encore leurs parents décédés lors des émeutes consécutives à l’élection très contestée du président actuel.

Sur le plan politique, au regard des vives tensions et divisions qui gangrènent le pays depuis la fin de la présidentielle, l’organisation de la CAN était une opportunité de rassembler les gabonais autour d’un dénominateur commun, un élément fédérateur : l’équipe nationale de football (les panthères), comme ce fut le cas en 2012.

Malheureusement, cet objectif a été utopique. Les gabonais sont restés divisés. En dépit du fait qu’une grande partie de la population a soutenu le boycott prôné par certains acteurs politiques et syndicalistes, l’indifférence affichée par les panthères, vis-à-vis des gabonais décédés lors des émeutes, n’a pas été à leur avantage. La division a atteint son paroxysme au point que plusieurs compatriotes ont priés pour l’élimination de leur équipe nationale. Le résultat, nous le savons tous.

La CAN n’a donc pas aidé les fils et filles du pays à retrouver la solidarité chère au président Léon Mba dans son « Gabon d’abord ».

Au niveau sportif, la prestation des panthères restera inscrite dans les pages sombres la CAN. En effet, le Gabon constitue l’un des rares pays organisateur à avoir été éliminé dès le premier tour dans l’histoire de la CAN. Hormis quelques exceptions comme Denis Bouanga et Ibrahim Ndong, l’équipe est restée l’ombre d’elle-même malgré la présence de l’ex ballon d’or africain, Pierre Emerick Aubame Eyang . Trois match, rien à se mettre sous la dent, résultat insatisfaisant et donc un bilan très négatif.

Sur le plan structurel, le bilan n’est pas plus reluisant. Sous d’autres cieux, l’organisation des évènements comme la Coupe d’Afrique des Nations permet de propulser le développement dans les pays organisateurs de ces évènements. Elle permet également à ces pays d’acquérir des services sociaux de base et des infrastructures qui viennent améliorer le quotidien des populations locales après la compétition. C’est ainsi que plusieurs pays africains se sont dotés d’infrastructures sociales en org8anisant la CAN. Le Mali, le Nigéria, le Ghana, la Guinée équatoriale, et bien d’autres, constituent des exemples à ce sujet. D’ailleurs en 2012, le Gabon n’a pas dérogé à ce principe lors de la co-organisation de la CAN avec la Guinée équatoriale. Le pays s’est doté de centres hospitaliers, de bus VIP, des infrastructures hostelières… certaines routes ont été aménagés et bitumés, notamment dans la commune d’Akanda. La zone a été couverte en eau et électricité. Plusieurs autres services mis en place à cette occasion continuent de faire le bonheur des habitants de cette zone située au nord de la capitale.

Cette deuxième édition de la CAN au Gabon laissera plutôt un goût amer auprès des populations.

A Libreville, le mythique stade omnisport Omar Bongo de Petit Paris, pourtant prévu pour abriter les matchs de cette compétition est un éternel chantier jusqu’à ce jour.

A Oyem, à défaut du joyau architectural qui avait été présenté lors du lancement des travaux, la population se contente d’un stade qui se transforme en lac à la moindre pluie. Le stade d’entraînement, les terrains de basket, de volley, la piscine olympique, les salles des fêtes et l’hôtel, pourtant prévus dans la maquette du stade, sont reportés pour 2025. L’électrification et l’adduction en eau potable promis aux populations vivants autour du stade reste une chimère. Aucun hôtel construit par l’Etat n’est sorti de terre alors que le besoin était réel.   

En somme, cette CAN 2017 dont les dépenses sont estimés à plus de 400 milliards de franc cfa constitue en n’en point douter un triple échec pour le Gabon. Nous osons croire que le comité d’organisation (COCAN) trouvera des parades pour convaincre les gabonais sur une Coupe d’Afrique des Nations qui aurait eu des retombés économiques susceptibles de  profiter au pays tout entier.

Jerry Bibang, journaliste indépendant

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