Ali Bongo Ondimba et le noeud gordien Ajevien

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Visuel de l'Association des Jeunes émergents volontaire © D.R.

Le président Ali Bongo Ondimba entame le dernier tournant de son second septennat. Quatorze (14) ans de gestion à la tête d’un pays insolemment riche comme le Gabon, mais dont la réalité fait fondre en larmes tous ceux qui ont le courage d’élever leur esprit au-delà des viles apparences trompeuses. Le mot malédiction est faible pour qualifier le sort vécu par les Gabonais dans leur propre pays. Un semblant de paix en trompe l’oeil maquille mal le seuil de barbarie humaine atteint par un peuple déchiqueté dans son coeur, réduit minablement en esclavage, sevré comme des chiens enragés, visiblement mis en cage.


Le Gabon n’est pas maudit, loin s’en faut. Dieu ne peut être blâmé pour ce qu’il a fait de notre pays. Il a béni abondamment le Gabon mais, pas nécessairement tous ses habitants. Ce ne sont même pas les Gabonais qui souffrent qui doivent nous inquiéter. Leur souffrance nous affecte et active certes notre compassion. Ceux là n’agissent point. Ils sont des pauvres victimes des agissements d’autres Gabonais. Ce qu’il faut plaindre, c’est l’injuste éclairage de la lumière dans l’esprit des hommes. En toute franchise, nous devrions  plutôt nous plaindre de l’inéquitable rétribution des graines de discernement dans la vision de ce que peut devenir le Gabon par ses propres fils. 

A Dieu, il convient de le prier pour qu’une poignée de Gabonais ne demeurent plus dans la pénible et terrible incompréhension de ce qui peut être fait et, qui ne se fait point. Non pas qu’il est impossible de le faire au Gabon mais que la nécessité de ces priorités ne soit plus obscurcie dans les coeurs de ceux qui, momentanément décident au nom de tous, du sort de tous et, donc du Gabon.

Le Gabon est en bientôt quatorze ans (14) ans, englué dans tant d’incertitudes, de timides avancées se signalant ci-et-là, tantôt une pitoyable marche à reculons regrettable aussi et, de nombreux retards et diverses occasions manquées qui demeurent incompréhensibles dans tous les domaines. L’effroi est surtout cet horizon épais de nuages inquiétants. Un chef de l’Etat dont l’intention clairement affichée, exprimée en toute solennité comme si besoin en était d’ailleurs, par son « messager intime », ne semble pas aller dans le sens de quitter les affaires maintenant, bien au contraire. 

Aucun signal d’un choix désormais dicté par la bonne raison ne se profile pour rassurer. Nous quittons un mal pour un autre encore pire. Après l’épopée de la légion étrangère avec son gourou béninois Maixent Accrombessi Nkani de Bongoville, est venue celle de l’obamba blanc du village Eyouga Brice Laccruche Alihanga du département de Lekabi Lewolo à Ngouoni. Que nous réserve demain ? Bien malin qui pourra répondre à cette interrogation.

La prochaine élection présidentielle se tiendra normalement en 2023, dans trois ans. Le bilan d’étape du premier mandat de 2009-2016 d’Ali Bongo Ondimba est connu de tous. S’il avait été aussi satisfaisant, sa réélection en 2016 n’aurait pas été faite dans les conditions poussives et explosives que le Gabon a connues. C’est dire qu’une partie non importante de la population était bien loin du total satisfecit ou du quitus de bonne gestion, en dépit de réalisations sous forme de steppe.

 Le second mandat d’Ali Bongo Ondimba de 2016 à 2023 paraît même plus calamiteux avec à la clef, des centaines d’anciens amis et inconditionnels d’hier frustrés, humiliés, jetés en pâture qui lui gardent une dent tenace. Personne ne comprend finalement quelle aura été l’utilité d’un tel gâchis, quelle stratégie porteuse se dessinait derrière cette volonté suicidaire de grossir gratuitement le champ d’amis d’hier l’exécrant désormais. Le Gabon est un petit pays. Que de familles impactées ?

Des dizaines de personnes privées de liberté qui croupissent encore en prison du fait de leurs opinions politiques. Des centaines de Gabonais de la diaspora tenaillés par la peur de rentrer au bercail agitant sans cesse le chiffon de leur haine pour la gestion décriée du pays par un homme qui aura tout eu pour faire mieux. La succession des évènements aujourd’hui est de nature à conforter l’opinion que ces Gabonais se font du pouvoir à l’extérieur. S’ils avaient tort, pourquoi alors cette soudaine frilosité du pouvoir avec des arrestations ci-et-là ?

Des milliers de chômeurs fabriqués par la gestion ajèvienne du pays. Combien de fois ai-je cru utile de lapider la déroute prévisible de ces bambins irresponsables à qui le sort de toute une nation a été confié ? Cette débâcle sera à mettre au compte de la mauvaise gestion du pays décriée sous le magistère d’Ali Bongo Ondimba. Aucun satisfecit ne lui sera accordé du fait de leur incarcération. Les Gabonais se réjouissent juste de voir l’orgueil agité par ces jeunes se fondre comme neige au soleil. Mais, passé ce temps d’émotion, la gestion brouillonne et dépourvue de vision se greffera sur les déboires de ce mandat en voie de gaspillage irréversible.

La fragilisation inutile de son propre parti politique, le PDG relègué à inaugurer les chrysanthèmes face une association façon façon montée de toutes pièces à dessein, les promotions exclusivement faites au sein de l’AJEV ont sonné le glas d’une démotivation au PDG.

Ali Bongo Ondimba a choisi de se mettre à dos tout le monde pour ses nouveaux amis, un gropuscule de bandits de tout acabit cimenté au sein de l’AJEV. Ces jeunes qui se vantaient de manger à la table du roi, ont fait tant de mal car rassurés de leur impunité. Tous les leviers du pouvoir étaient entre leurs mains. Que de secrets croustillants ils ont par devers eux gardés au chaud, comme ses dynamites à balancer au visage d’Ali Bongo Ondimba le moment venu.

 Des centaines de personnes ont perdu leurs emplois sans jamais être dédommagés ou bénéficiés des mesures d’accompagnement dignes que l’Etat accorde en pareilles circonstances, pour les nombreux licenciés économiques des sociétés publiques. Les licenciements abusifs aussi se comptent par centaines, oeuvres de ces directeurs généraux ajeviens se vantant de marcher sur les lois du pays et de leur pouvoir de gagner tout procès au tribunal.

On ne compte pas le nombre exact de morts déplorés dans plusieurs familles du fait de ces voyous que le pouvoir protégeait jusque là. En lieu et place de l’amélioration du bien-être des populations, par la mise en place des projets d’infrastructures du programme de société sur la base duquel Ali Bongo Ondimba a été réélu en 2016, ce fut des cérémonies permanentes  hollywoodiennes. Que de jeunes dévergondés recrutés pour donner la fausse impression de maîtriser le terrain politique ? 

Aujourd’hui tous ces jeunes ajèviens sont traqués comme des porc-épics ou des hérissons. Certains ne vont jamais se laisser faire. Ils préparent sans nul doute une sale riposte au pouvoir qu’il voyait bien dans leurs mains pour la vie. Il est normal qu’ils paient le prix de leur trahison et se voient appliquer la loi pour les nombreux détournements de deniers publics orchestrés. Or, depuis deux ans ce sont ces jeunes bandits qui ont eu le vent en poupe. Dans tout le pays, tout a été fait pour que tout dépende d’eux. 

Si une élection était organisée aujourd’hui, les réels partisans de l’AJEV sortiront des bois pour faire plier l’échine au pouvoir. Ce ne sont pas les pédégistes laissés sans fonction, sans argent et déboussolés qui sortiront soudain de leur tanière pour tenir la dragée haute et sauver un pouvoir désormais chancelant, titubant comme un ivrogne, donnant l’image d’une ingratitude permanente qui remobiliseront les troupes humiliées.

Ali Bongo Ondimba doit savoir comment restaurer la confiance avec des vrais soutiens fidèles qui ont encore un réel crédit dans leur contrée. Nous sommes à un tournant décisif. Beaucoup de Gabonais ont l’argent caché dans des coffres ou ont investi massivement sous des noms d’emprunts au Gabon ou dans la sous-région, voire bien loin. L’envie de voir ce pouvoir s’effondrer est désormais plus forte que celle de le voir se maintenir. Le staff management de l’AJEV a cédé à la tentation de la trahison parce qu’ils ont bien pris conscience de cette situation. 

Aussi, l’AJEV par ses méthodes vexatoires a réussi à démobiliser les derniers soutiens inconditionnels du pouvoir tapis jadis dans le Haut-Ogooué et l’Ogooué Lolo. Le choix des bons hommes sera donc pour Ali Bongo Ondimba une équation complexe. Car, la moindre erreur se paiera cette fois-ci cash. L’assemblée nationale est phagocytée par les membres de l’Ajev qui ont décidé de qui ils voulaient dans l’hémicycle. La contestation d’une victoire en 2023 du camp Ali Bongo Ondimba risquera d’entraîner le pays dans un embrasement plus que certain à redouter.

Il sera difficile à Ali Bongo Ondimba de gagner toutes les victoires tout le temps contre la majorité psychologique des Gabonais qui ne se ne gênera pas d’accueillir toute l’AJEV qu’il aura lui-même contribué à étoffer. Tel est pris qui croyait prendre.

Libreville, le 26 novembre 2019

Hubert Oboulougou 

Mwana Otèguè wa dzi mpari.

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