Alfred Nguia Banda appelle à la mutualisation des intelligences pour sauver le Gabon

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Alfred Nguia Banda © D.R.

L’appel est lancé depuis Montpellier en France par Alfred Nguia Banda. Autrefois thuriféraire du régime Bongo-PDG. Originaire du Haut-Ogooué et fervent soutien de Jean Ping, il a failli être tué au mois de septembre 2016 à Libreville lors des événements sanglants de la présidentielle de cette année-là. Aujourd’hui exilé en France, l’ancien Dg de la SGEPP dresse un tableau sombre de la situation dans notre pays. Il esquisse une piste de sortie de cette crise et regrette le procès contre les Altogovéens. Lecture. 

Moutouki : Bonjour Alfred Nguia Banda. Comment allez-vous ?

Alfred Nguia Banda : Je vais excellemment bien malgré l’éloignement de mon milieu naturel qui m’a été imposé par les sicaires du régime que je connais parfaitement. 

Face à l’enlisement de la crise politique sans précédent, les confessions religieuses prennent la main en voulant organiser un dialogue destiné à la réconciliation nationale. Comment appréciez-vous cette initiative qui paraît salutaire ?

Les confessions religieuses sont l’incarnation de la morale. Même si le Gabon est un Etat laïc, ils sont en droit d’intervenir pour ramener la quiétude sociale. Aucun Gabonais ne peut donc s’opposer à une telle démarche dans la mesure où sa finalité se résume à ramener la paix sociopolitique, gage du développement et de la stabilité  économiques et de la cohésion nationale. Cependant, force serait de constater que ces religieux, que je respecte, adoptent toujours une posture de servilité ou de caution à l’oligarchie régnante. Je constate, avec stupéfaction, que depuis le hold-up électoral et les massacres de nos compatriotes au quartier général du président de la République démocratiquement élu Jean Ping, les emprisonnements arbitraires, les disparitions forcées, les milliers de départs en exil, la psychose démentielle et l’ingouvernabilité qui règnent dans ce pays, ils sont dans l’ambiguïté la plus affligeante et abjecte. Cette posture quasi partisane n’est pas de nature à crédibiliser leur initiative. Par contre, leur appel à une véritable réconciliation nationale serait louable si la négociation qu’ils prônent, mettrait en exergue la victoire du candidat Jean Ping aux élections présidentielles d’Août 2016 et son investiture. 

Vous aviez déclaré dans une Radiotélévision panafricaine que vous aviez personnellement écrit au président français Emmanuel Macron pour lui proposer votre sortie de crise au Gabon. A-t-il répondu à votre lettre ? Si oui, pouvez-vous nous indiquer le contenu de sa réponse ?

Je confirme que j’ai écrit au président de la République française, Emmanuel Macron par lettre recommandée avec accusé de réception et copies aux présidents des deux chambres du parlement et à tous les présidents des partis politiques français et gabonais et à Jean Ping. Seuls les Gabonais, qui sont encore loin des convenances sociales et mondaines, n’ont pas répondu. 

Concernant le contenu des réponses, je serai au regret de ne point vous livrer la teneur. Je reste cependant confiant que la crise qui s’enlise trouvera un aboutissement heureux pour les Gabonais et les différents partenaires dont la France avec qui nous avons des relations séculaires. 

Pouviez-vous nous livrer, quand même, les grandes lignes de vos propositions au président Emmanuel Macron ?

Vous êtes des journalistes de talents et d’investigations, je vous conseille de vous rapprocher des leaders des partis politiques gabonais. Dans cette lettre, je disais en préambule : « La préservation des intérêts du Nord n’était pas incompatible avec l’émergence de la démocratie au Sud ; que les relations d’Etat à Etat sont fiables, solides, rentables et pérennes que les relations particulières ». Je reprenais ainsi à mon compte ce que disait le Premier ministre français Edouard Balladur : « Quand les sentiments personnels se mêlent de la gestion de l’intérêt général, la catastrophe n’est pas loin ». 

Et je faisais la proposition suivante : La sortie de crise s’articule autour de trois idées-forces ; 

En amont :

* La déclaration de la vacance conformément à l’article 13 de la constitution. Mme le président du Sénat assure l’intérim. 

* Convocation d’une Concertation Nationale Patriotique regroupant tous les responsables des partis politiques, la société civile, les syndicats représentatifs, les confessions religieuses, l’association des dignitaires de la République et la Diaspora résistante.

Les modalités relatives au respect de la volonté du peuple gabonais exprimée le 27 Août 2016, le programme de relance de la vie politique, économique, sociale et le projet de société du candidat Jean Ping, encadré par les recommandations de la concertation, feront l’objet d’une navette entre la concertation et la présidence intérimaire. Des amendements binaires consensuels constitueront la feuille de route du Gouvernement. 

 En aval :

La formation d’un gouvernement national patriotique (GNP) comprenant les Gabonais de toutes tendances politiques, les corps intermédiaires et la société civile.

La Mise en place d’une commission de réconciliation, de suivi des recommandations de la concertation et d’indemnisations des parents des victimes et des survivants ayant subi de préjudices moraux, physiques, matériels ect…

La prestation de serment du président de la République démocratiquement élu et la formation du nouveau gouvernement sonneront la fin de la vacance. 

Cette proposition obéit à ce principe général de droit : « Un mauvais arrangement vaut mieux qu’un bon procès « .

Pensez-vous que cette proposition peut requérir l’assentiment de toute la classe politique ; surtout ceux qui sont attachés aux privilèges ?

C’est une proposition qui me semble politiquement impartiale et salutaire ; mais elle n’est pas une solution pontificale. Il s’agit de sauver un pays à la dérive. Les intérêts supérieurs du Gabon doivent, en toute logique, transcender les privilèges individuels et égoïstes. Aucun Gabonais qui aime ce pays ne peut plus accepter une dérive autoritaire, une démocratie de façade, un chômage endémique des jeunes, une dette qui évolue de façon exponentielle, une corruption systématique faisant du Gabon une République cosmétique, système scolaire et sanitaire apocalyptique, une pauvreté pathologique. Le peuple gabonais veut maintenant des solutions concrètes à leurs difficultés existentielles et non de promesses chimériques et sans lendemain. 

Les promesses grotesques, démagogiques constituent un mépris pour nos populations. Abraham Lincoln disait : «On peut tromper une partie du peuple tout le temps; on peut tromper le peuple un certain temps mais on ne peut pas tromper le peuple tout le temps. »

Le directeur de cabinet politique d’Ali Bongo entreprend une tournée dans les provinces pour transmettre un message du distingué camarade président aux populations. Que pensez-vous de cette tournée qui suscite beaucoup de commentaires ?

L’écrivain et philosophe français Beaumarchais disait : « Je m’empresse de rire de tout de peur d’être obligé d’en pleurer. « Oui je m’empresse de rire de ce lamentable charivari politique qui rabaisse le prestige d’une République fondée sur l’éthique et le respect rigoureux du dispositif constitutionnel, réglementaire et législatif. Cette agitation est l’illustration d’un vide politique au sommet d’un Etat en déliquescence et dont la pieuvre tient à s’accrocher par des manœuvres mafieuses.  Pourquoi Ali Bongo qui est en superforme, selon ses opportunistes thuriféraires, n’entreprend pas lui-même cette tournée ? Pourquoi le premier qui dirige l’action du gouvernement n’est-il pas mandaté pour accomplir cette mission ? 

Un directeur de cabinet n’est pas constitutionnellement investi d’un pouvoir présidentiel ni gouvernemental pour entreprendre une tournée républicaine. Il n’est nullement dépositaire de l’autorité de l’Etat.  Il y a manifestement violation des codes, des valeurs et des règles déontologiques d’une République normale. Un fait étonnant relève de pseudos grandes gueules et opportunistes, sortis pitoyablement des instances décisionnelles et gouvernementales, qui sont devenus aphones. 

Vous êtes du Haut Ogooué. Comment expliquez-vous que cette province soit toujours marginalisée et ses ressortissants souvent victimes de l’ostracisme ?

Cette question est très récurrente dans mes interviews et je me suis déjà longuement exprimé sur ce sujet. C’est un procès très injuste et inquisitorial qui est toujours fait contre cette province qui a souffert et qui souffre davantage le martyre. En effet, c’est dans cette province que de valeureux cadres civils et militaires sont liquidés comme des moustiques. Et les Gabonais le savent très bien. Cette province, à l’instar de huit autres, n’a connu aucun développement : Les infrastructures routières, sanitaires et éducatives sont inexistantes. La précarité, la mendicité, le chômage des jeunes et la pauvreté prennent chaque jour une dimension dévalorisante. L’habitat constitue l’extériorisation du mal vivre avec des maisons en terre battue, tôles en haut, tôles en bas dans un climat équatorial chaud et humide. 

Le Haut Ogooué compte à ce jour 91 exilés politiques sur les 657 que compte le Gabon en France. Cette liste s’allonge de jour en jour.

 Le Haut Ogooué compte aussi des prisonniers politiques dont mon ami Pascal Oyougou qui totalise deux ans de souffrance comme Zibi, Amiang Washington et les autres. Si l’accueil reçu par Laccruche dans la Nyanga, Moyen-Ogooué et le Woleu Ntem s’était produit dans le Haut-Ogooué, la marginalisation devait atteindre le Zénith. 

Votre mot de fin.

Abraham Lincoln déclarait « …Presque tous les hommes peuvent faire face à l’adversité ; mais si vous voulez tester la capacité de quelqu’un donnez-lui le pouvoir ». Et il ajoute : » Ce que je veux savoir avant tout ce n’est pas si vous avez échoué mais si vous avez su accepter votre échec. « Le Gabon est au fond des océans du fait des politiques aventureuses, du népotisme, de la gabegie et surtout de la mal gouvernance. L’échec est patent et incontestable.  Il est donc grand temps de mutualiser et d’encadrer toutes les intelligences et les énergies des Gabonais de tous bords pour sauver notre pays.

Avec Moutouki

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