Agenda de sortie de crise / Trois questions à … Serge Dibangou Yangari

Présenté il y a un peu plus d’une semaine à la Chambre de commerce de Libreville, par le président de l’aile loyaliste de l’Union du peuple gabonais, Moukagni Iwangou, l’Agenda de sortie de crise alimente les discussions au sein de l’opinion. C’est dans l’optique d’avoir plus de précision sur ces propositions que Gabon Media Time (GMT) a rencontré le Conseiller du président de l’UPG, parti membre de la Coalition pour la nouvelle République chapeauté par Jean Ping. Dans cet échange, Serge Dibangou Yangari, éclaire l’opinion sur la nécessité de s’approprier cet agenda qui constitue pour lui l’une des solutions à la crise née de l’élection présidentielle du 27 août 2016.

GMT:Votre parti l’Union du peuple gabonais par la voix de son président, Moukagni Iwangou a rendu public il y a quelques jours un Agenda de sortie de la crise née de l’élection présidentielle du 27 août 2016, mais l’opinion semble peu réceptive à ses propositions, pouvez-vous nous donner plus clairement les grandes lignes de cet Agenda?

SDY : D’abord avant la publication de cet agenda, nous étions déjà préparé aux diverses interprétations qui pouvaient en découler. Vous savez qu’après 50 ans de Bongoisme ou la médiocrité et la facilité ont été érigées en doctrine de gouvernance juxtaposées en normes d’élévation sociale, il est difficile d’attendre d’eux une approche méthodique dans toute réflexion n’émanant pas de ladite doctrine.

Le plan de sortie de crise est une offre non négligeable qui fait le constat d’une manière juridique que la CENAP n’a pas été capable de désigner un vainqueur de l’élection présidentielle car n’ayant pas respecté la procédure électorale inhérente à la désignation d’un vainqueur. Elle a désigné Ali Bongo Ondimba sur une motivation personnelle de M. Aboghe Ella et confirmé par Madame Mborantsuo.

Il y’a le point 11 de cette motion qui explicitement propose une transition de 24 mois dirigée par un président choisi par consensus, ce qui implique clairement le fait qu’Ali Bongo ne sera pas ce président et peut être pas Jean Ping pour que le sacrifice personnel soit équilibré.

En outre, cet agenda veut que la vérité sur les massacres du 31 août 2016 soit mise en lumière à travers une enquête indépendante, mais aussi l’indemnisation des victimes ou proches des victimes identifiées. Le tout supervisé par des organisations supranationales qui je vous rappelle sont reconnues par le Gabon dont leurs valeurs sont hissées en préambule de notre constitution j’ai cité l’ONU et l’UA.

Qu’est ce qui justifie selon vous le peu d’entrain de l’opinion publique, notamment des partisans de l’opposition à s’approprier cet agenda de sortie de crise?

Je commencerai par cette assertion de Senghor qui disait: «l’émotion est nègre et la raison est Hélène». Il y a dans chacun de nous une certaine paresse intellectuelle qui est sanctionnée par le cinquantenaire du Bongoisme, le gabonais étant habitué à tout ce qui semble facile qu’il lui ait impossible de choisir une voie qui lui semble compliquée ou qui demande un peu plus de réflexion.

Nous avons eu toute sorte de spéculation, des interprétations enfantines d’un document qui est clair et limpide dans sa sémantique. Un document ne souffrant d’aucune ambigüité.
Dans cet agenda c’est le point 11 qui semble déranger paradoxalement ceux qui ne sont pas au pouvoir et qui sont encore dans l’incertitude plutôt que ceux qui peuvent perdre le pouvoir.

Nous devrons tous nous projeter dans l’avenir car 8 mois après la présidentielle d’août 2016, à quatre mois du 1er anniversaire du putsch électorale, il est judicieux et honnête de comprendre que s’il y avait vacance de pouvoir comme le souhaite tout le monde et je ne sais de quelle manière, c’est Madame Milebou présidente du Sénat qui assurera l’intérim. De la façon dont on a eu du mal à prendre le pouvoir en août c’est de la même façon dont on aura du mal à imposer Jean Ping en cas de vacance de pouvoir car les institutions nationales et supranationales imposeront le respect de cette constitution notamment son article 13.

Voilà pourquoi nous à l’UPG nous offrons aux belligérants et aux partenaires du Gabon cette sortie de crise pour que le vice ne l’emporte plus sur la vertu. Le jusqu’au boutisme bricolé à chaque approche électorale a toujours été périlleux pour la vie de nos compatriotes.
Il est temps que nous prenions tous de la hauteur avec pragmatisme dans l’approche politique.
Chacun doit avoir une vision personnelle et technique dans ces deux scénarios distincts : la chute d’Ali Bongo ou la prise de pouvoir de Jean Ping car le départ d’Ali Bongo et la prise de pouvoir de Jean Ping sont deux choses qui semblent liées mais deux processus bien distincts

Pensez vous qu’aujourd’hui la crise sociopolitique que traverse le pays pourra trouver une issue favorable?

La crise ne pourra trouver d’issue qu’au départ d’Ali Bongo, c’est le seul moyen car les problèmes commencent par sa personnalité et son imposture abjecte.
Un homme aux appétits destructrices de notre vivre ensemble. L’utilisation de nos ressources financières, des moyens de l’Etat à sa guise sans respect des lois et règlements en matière de gestion des deniers publics, plus de 12 milliards affectés au dialogue alors que l’enseignement ne demande que 13 milliards quand les différentes éditions des CAN ont coûté aux gabonais 400 milliards de FCFA, l’avion présidentiel bloqué à Paris, l’autre avion stationné à Londres en permanence pour Madame avec personnel et charges inhérents.
Il est donc impossible de sortir de cette crise tant qu’Ali Bongo est au sommet de l’Etat. Nous avons déjà vécu 7 ans cauchemardesques avec lui ce n’est pas en 7 ans de plus qu’il va changer ses habitudes érigées en normes de gouvernance transmises de père en fils, de majesté en sujets.

Et au delà êtes vous sûr que le pouvoir puisse accepter de mettre en œuvre les propositions formulées par l’Union du peuple gabonais?

L’union du Peuple Gabonais a été crée le 14 juillet 1989, dans l’intérêt de défendre le peuple gabonais, la nation gabonaise, l’idéologie de Pierre Mamboundou est encrée dans cette démarche et remercions le Président Moukagni Iwangou de sauvegarder l’idéologie quand d’autres en ont fait leur fond de commerce politique. Sauvons le Gabon avant qu’il ne le fasse tomber même si le pays est déjà à genoux après 7 ans de matraquage, nous pouvons encore le relever.

C’est au régime de prendre en compte la sanction qui lui a été infligée par les gabonais dans les urnes, c’est aux militaires aussi de comprendre qu’ils répondront tôt ou tard aux actes de trahison contre la Nation dont ils se sont rendus coupable en assassinant leurs semblables et les amis de leurs enfants délibérément pour leur propres intérêts pécuniaires qui ne garantissent en rien l’avenir. Les histoires vécues par Mobutu, Ben Ali ou Bozizé devraient interpeller ces hommes et femmes qui passent l’essentiel de leur temps à désobéir ou combattre les lois divines, la moralité, le discernement personnel et le vivre ensemble.

Voici l’exemple récent de Madame Mborantsuo auto proclamée présidente de la cour constitutionnelle à vie, ses biens viennent d’être saisis en France, sa fortune volée aux Gabonais et cachée dans le monde entier mise à la lumière de tous et ignorée par le serpent mamba qui ne mord qu’à la demande, pourquoi avoir détourné autant d’argent dans son propre pays? pourquoi condamner plus de 4 générations de gabonais à la dérive sociale, à la pauvreté et au désespoir si c’est pour voir ces mêmes biens saisis par des étrangers et en plus qui tomberont peut être en déshérence. Donc à un moment donné nous devons tous nous asseoir et accepter de faire avancer le Gabon pour que notre fierté nationale revienne dans le cœur de chaque gabonais. Cette proposition permet de bâtir un Gabon nouveau sur un socle de réformes saines car nous voulons tous laisser un Gabon meilleur aux générations futures qui devront faire du vivre ensemble une réalité.

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