vendredi,7 août 2020
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Affaire Patrick Obame Eyeghe : la police s’est-elle rendue coupable de non assistance à personne en danger? 

Une vidéo circulant en boucle sur internet et l’ensemble des réseaux sociaux montrant le regretté Patrick Obame Eyeghe entouré des éléments des forces de l’ordre suscite incompréhension et interrogation. On croyait notre compatriote livré à lui même ce vendredi noir et tragique mais l’on se rend compte, surpris, que pourtant présents, il aurait pu bénéficier de la protection des policiers. « Que s’est-il passé? » s’interroge l’opinion qui n’hésite pas à faire planer sur ces derniers la consommation de l’infraction de non assistance à personne en danger. 

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La polémique enfle un peu plus chaque jour, entre indignation, colère, larmes et sentiment de culpabilité, l’opinion s’est réveillée choquée ce week end, par l’annonce du décès des suites de ses blessures, de Patrick Obame Eyeghe, un compatriote lynché et  battu à mort par une population en furie, le vendredi 24 janvier dernier, alors qu’une psychose sur des enlèvements d’enfants avait paralysé la capitale et l’intérieur du pays. 

L’adage « Qui peut et n’empêche, pêche » est révélateur de la nécessité de ce que l’obligation est faite à toute personne, sans qu’il soit nécessaire qu’elle soit juridiquement liée ou tenue à l’égard de la personne en danger. Ainsi, la non-assistance à personne en péril créée à la charge d’un individu, quel qu’il soit, une obligation de faire : celle d’intervenir impérativement aux fins de porter secours à toute personne potentiellement en danger. Une obligation encore plus absolue et irréfragable pour les services des forces de Police nationale dont les missions sont essentiellement portées sur « la protection des personnes et des biens, se matérialisant par la prévention et la répression »

La vidéo publiée sur les réseaux sociaux montrant Patrick Obame Eyeghe sous la protection des forces de Police nationale certes blessé mais bien portant soulève des interrogations sur le sort qui lui été au final, réservé. Où étaient lesdits policiers au moment où ces images affreuses montrant ce compatriote abandonné à lui même et livré à la vindicte populaire ? L’ont-il abandonné ? Ont-ils mis tout en oeuvre pour le secourir et l’extirper de cette mort certaine qui le guettait ? Ces questionnements, au regard du résultat tragique, font légitimement poindre sur les éléments des forces de l’ordre une attitude qui consomme amplement l’infraction non assistance à personne en danger.  

Le texte d’incrimination consacrant le délit susmentionné est défini à l’article 382 du Code Pénal nouveau, lequel dispose : « Sera puni d’un emprisonnement de trois mois à 5 ans et d’une amende de 24000 à 500000 FCFA, ou de ces deux peines seulement, quiconque : – pouvant empêcher par son action immédiate, sans risque pour lui ou pour les tiers, soit un fait qualifié de crime, soit un délit contre l’intégrité corporelle de la personne, s’abstient volontairement de le faire ; -S’abstient volontairement de porter à une personne en péril l’assistance que, sans risque pour lui ni pour le tiers, il ne pouvait lui prêter, soit par son action personnelle, soit en lui portant un secours ».

Le législateur, par la présente disposition bien qu’incriminant les personnes susceptibles d’assister celles en danger et présentant un péril mortel certain l’encadre toutefois de certaines particularités qui exemptent les principaux acteurs d’une responsabilité qui se présumerait de son propre fait. C’est en conséquence de cela que la lettre et l’esprit de l’article 382 précise qu’il s’agit des personnes « pouvant empêcher par son action immédiate, sans risque pour lui ou pour les tiers.. ». 

« Sans risque pour lui et pour les tiers  », se permet-on d’insister afin que quiconque saisisse la nuance et la susceptibilité de la rédaction du législateur. Peut-on affirmer au regard de la vidéo lue sur les réseaux sociaux que ces policiers, qui sont eux aussi sont des pères de famille, auraient pu protéger ce compatriote sans risque pour leur intégrité physique ? Rien n’est moins sûr.  

L’obligation d’agir au bénéfice d’autrui lorsque ce dernier est exposé à un danger imminent, est un préalable qui régit les rapports moraux, lesquels placent la protection de la personne humaine au centre de ses prérogatives. Le législateur via ce délit sanctionne explicitement tout comportement passif incriminé en considération d’une évolution vers une certaine socialisation des rapports humains qui ne conçoit et ne tolère aucune indifférence sur le sort d’autrui. Alors coupable ou non coupable ?  le ministère de l’Intérieur et le Préfet de police doivent ouvrir une enquête sur la question et laisser au juge le choix d’en décider et d’interpréter souverainement l’article 382 du code du nouveau code Pénal. 

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Mouss Gmt
Pharel Boukikahttp://gabonmediatime.com/
Titulaire d'une Licence en Communication, d'une Licence en Economie et Gestion et d'un Master en droit Privé, mon appétence pour le journalisme est mise en exergue au quotidien à travers mes analyses sur Gabon Media Time dont je suis le Rédacteur en Chef.
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