Affaire Mborantsuo / Nicolas Nguema : «La plainte n’a pas été frappée d’irrecevabilité»

Nicolas Nguema, vice-Président de parti Les Upégistes Solidaires © D.R

Le Mouvement Stop Pillage déposait successivement une plainte contre Marie Madeleine Mborantsuo devant la Commission nationale de lutte contre l’enrichissement illicite et devant la Haute Cour de justice par le biais du procureur général près la Cour de cassation. Cette dernière dans une lettre évoquait l’impossibilité de poursuivre l’affaire sans pour autant déclarer la plainte irrecevable. Nicolas Nguéma, un des plaignants revient sur cette actualité judiciaire.

GMT : Vous avez porté plainte contre le président de la Cour constitutionnelle devant la Haute Cour de justice. Cette dernière n’aura aucune suite de ce qu’on a pu lire de la réponse du procureur général près la Cour de cassation. Quel est votre sentiment vis à vis de la position de la Cour de cassation?

Nicolas Nguema : Il faut déjà dire haut et fort que la plainte déposée par Messieurs Moukagni Iwangou, Marc Ona Essangui et moi-même n’a pas été frappée d’irrecevabilité du fait de la qualité du dossier que nous avons soumis au Procureur Général près la cour de cassation. Notre plainte n’a pas donné lieu à des poursuites contre Madame Mborantsuo, simplement parce que la Juridiction qui est habilitée​, par la Constitution,  à se saisir de ce dossier qui est la Haute Cour de Justice n’existe pas ! Or, si La Haute Cour de Justice n’existe pas, ce n’est surement pas de la faute de Nicolas Nguema !

Cette situation d’inconstitutionnalité est créée par nos autorités qui depuis des années se refusent de la mettre en place. Peut-être parce que ceux qui la constituent sont ceux là même qui doivent être jugés par elle. Il s’agit donc pour le pouvoir judiciaire de notre Pays d’un aveu d’échec qui si mes informations sont justes, ont donné des rivières de sueurs froides aux tenants du Pouvoir.

Cela dit, il est crucial pour la suite d’expliquer que notre démarche avait un double objectif.

Premièrement, mettre en évidence le fait que la tour de contrôle de nos institutions, c’est à dire la Cour Constitutionnelle, demeurait une Tour de Pise assise sur des fondations honteusement partisanes.

Deuxièmement, et c’est probablement le plus important, montrer à tous nos concitoyens qu’ils ont le droit et la possibilité de porter plainte contre toute forme supposée d’injustice, et ce quel que soit leur statut social. Cet élément est essentiel.

En effet, imaginons que demain des centaines de plaintes du même ordre et dûment étayées soient déposées devant cette même Cour, êtes-vous sûrs que cela n’aura pas aucun impact sur un système déjà à bout de souffle ?

Contrairement à ceux que certains pensent, notre pays a un avenir démocratique. La situation actuelle est effectivement très obscure mais la sagesse enseigne que tout ce qui commence dans le temps finit dans le temps. Les Citoyens Gabonais doivent faire leur part en dénonçant ce qui est injuste. Nous devons chacun nous approprier notre rôle de défenseur des valeurs de la République. Ce type d’action y participe grandement.

Pour finir, Sachez que la même plainte a été déposée en France devant de juridictions plus libres que les nôtres. Cette question est loin d’être terminée.

Que pensez vous de la justice gabonaise ?

Du côté des cours et tribunaux, les magistrats sont en grève depuis plusieurs mois et font même des marches. De ce qu’on lit dans les journaux, ils revendiquent des toges, des bureaux décents, plus d’indépendance vis à vis de l’exécutif et des arriérés de primes. Je ne sais pas s’il l’on peut trouver meilleur indicateur de la crise qui prévaut dans notre système judiciaire !

Du côté du peuple, personne n’est dupe de la sclérose judiciaire ; Élections volées mais légalisées, otages politiques, prisons inhumaines, crimes rituels non élucidés, corruption des Juges , inexistence de la Haute Cour de Justice, Tour de Pise … Chez nous, la justice est un Géant en fin de vie qui marche à l’aide d’une canne en forme de baïonnette. Cette situation est extrêmement grave pour tout esprit averti.

Tout d’abord, cette crise de confiance a pour conséquence de tuer l’âme citoyenne  de nombreux compatriotes qui peuvent, par dégoût, s’enfoncer a minima dans la démission civile. Par ailleurs, d’autre s’adonneront dans la radicalisation et la violence. On sait par exemple que les tribunaux populaires prospèrent là où le pouvoir judiciaire est le plus décrié. Deuxièmement, cette absence de droit met à mal notre économie et fait fuir les Investisseurs. En 2015, le Gabon était classé 161ème sur 189 dans le Doing Business Report  qui note le Climat des Affaires. En 2017, il est passé à la 164ème place. Voyez vous même l’état d’insécurité judiciaire qui prévaut.

Après cet échec, échec parce que visiblement la Haute Cour ne sera pas constituée, quelle action compte mener Stop Pillage, mouvement dont vous êtes le président pour parvenir à réellement faire stopper les détournements de deniers publics ?

Je ne considère pas que celà soit un échec. Les faits ont été révélés au grand jour. La nature de nos accusations sont d’une gravité sans précédent et aujourd’hui les Gabonais savent qui est cette femme et de quoi nous l’accusons.

Le mouvement « Stop pillage » traquera tous les cas avérés de détournements et abus  de deniers publics afin de les dénoncer au grand jour, pour que les Gabonais réalisent qu’un fonctionnaire n’a pas vocation à être riche. S’il l’est, c’est qu’il est susceptible d’avoir détourné l’argent du peuple et sa place est en prison. L’admiration du fonctionnaire vivant comme un riche homme d’affaire doit s’arrêter. Travailler pour l’Etat est un sacerdoce. Les fonctionnaires doivent servir l’Etat et non se servir.  

Nous avons des dossiers en cour d’enquête  et nous cherchons surtout les ramifications vers l’étranger et plus particulièrement la France afin de poursuivre nos plaintes là-bas comme c’est le cas pour Mme Mborantsuo afin de pouvoir geler leurs biens et leurs comptes dans l’optique d’une rétrocession à l’Etat gabonais car au Gabon la justice n’est pas exemplaire.

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