Affaire Blaise Wada: l’audition des témoins sort du cadre des accusations

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Ce jeudi 22 mars 2018, au Palais de justice de Libreville, la deuxième audience du procès Ministère public contre Blaise Wada a eu lieu sous haute protection policière. Prévue pour débuter à 9 heures 3O minutes, c’est avec une demi-heure de retard que la présidente de la Cour criminelle spéciale, Paulette Akolly, née Ayo Mba, a procédé à l’audition des témoins, dont l’ancien directeur général de Gabon Telecom, Hervé Fulgence Ossamy, qui était en affaire avec l’accusé dans le cadre privé.

C’est dans une salle quasi comble que s’est déroulée l’audition des témoins dans l’affaire Blaise Wada. Il était question pour la Cour criminelle spéciale de recueillir les témoignages des personnes qui ont eu un lien avec l’accusé dans le cadre de cette affaire qui fait l’actualité depuis le 15 mars dernier. Au nombre des personnes cités se trouvait l’ancien directeur général de Gabon Telecom qui a signé en 2016 un contrat de location-gerance de l’hotel dénommé Patrice Ossamy avec Blaise Wada par l’entremise de la SCI Bakoussou dont ce dernier est propriétaire.

Appelé à la barre dans un premier temps, l’homme d’affaires, Demba Thiene, directeur de l’entreprise BatiCom, a expliqué qu’il avait été contacté par  l’ancien coordonnateur de l’UCET afin de préfinancer la réfection et l’exploitation de deux hôtels dans la province du Haut-Ogooué, pour un montant global de près de 200 millions de Fcfa. L’un d’eux, à savoir l’hotel Patrice Ossamy appartenant à Hervé Fulgence Ossamy dont le coût des travaux  s’élevait à 109 millions de Fcfa.

Durant cette audition les questions de la présidente de la Cour ont essentiellement tourné sur les liens entre Demba Thiene, qui avait par ailleurs obtenu le marché de la mise en place d’une centrale d’achat dans le cadre d’un projet entièrement financé par la Banque des Etats d’Afrique centrale (BEAC) et Blaise Wada.  

Entre interrogation sur l’origine de ses fonds et la procédure d’acquisition d’un titre foncier pour 140 hectare, l’assistance a assisté médusé à un véritable cafouillage, qui laissait presque perplexe. Elle a donné l’impression que l’objectif de cette juridiction était de convaincre à tout prix l’opinion que Blaise Wada aurait reçu 109 millions pour les travaux de l’hotel Patrice Ossamy en récompense de l’obtention du marché de la BEAC, alors que celui de l’établissement hôtelier était anterieur.

Auditionné par la suite, Hervé Fulgence Ossamy a reconnu avoir signé un contrat de location-gérance de l’Hôtel Patrice Ossamy en 2016 pour un loyer mensuelle de 3,5 millions de Fcfa, et que face aux difficultés de paiement rencontrées par Blaise Wada, il s’est vu dans l’obligation de saisir la justice pour des impayés de près de 6 mois. Il a d’ailleurs souligné que des travaux avaient déjà été entamés par Baticom avec comme sous traitant la société Coulibaly pour ledit montant de 109 millions, avec comme conséquence le désossement de la structure sans que les travaux n’aillent à leur terme. L’arrestation de Blaise Wada ayant semble-t-il occasionné la fuite de son partenaire BatiCom.

Luther Abouna, agent-comptable de l’UCET, appelé à la barre a précisé que «c’est très difficile de détourner autant d’argent. D’abord, les décaissements se font par tranche. Le bailleur de fond ne met à disposition l’argent qu’après justification de l’utilisation de la précédente tranche. Enfin, il y a plusieurs mécanismes de contrôles. S’agissant de la subvention que l’Etat verse à l’UCET, le contrôle financier a régulièrement procédé à des contrôles. Il faut donc justifier l’utilisation de la subvention pour bénéficier de la prochaine», a-t-il confié devant la Cour.  

Jean Armel Mambeki, gérant de la SCI Bakoussou, dont Blaise Wada est le propriétaire a été le dernier à intervenir. Son audition portait sur les relations avec Demba Thiene, notamment sur les prêts d’argents que celui-ci a consenti à l’accusé.

Au terme de cette audience dont le prochain rendez-vous est fixé au jeudi 29 mars prochain pour la communication des pièces, il est à noter que les auditions n’avaient presque rien à avoir avec le chef d’inculpation retenu par la justice contre l’ancien coordonnateur de l’Unité de coordination de l’étude et des travaux. Poursuivi pour détournement de deniers publics, les débats ont essentiellement tourné autour des revenus de Blaise Wada et de ses affaires. Toute chose qui suscite dans l’opinion des doutes quant à la solidité du dossier, notamment des éléments de preuve des détournements de plus de 1 milliard de Fcfa prétendument orchestrés par l’accusé.

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