Un dialogue avec l’opposition, quelle opposition ?

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Nous avons demandé à Monsieur Ali Bongo, plus d’un an avant l’élection présidentielle, l’organisation d’un dialogue national inclusif. Il nous a snobés et répondu que ceci n’était pas à l’ordre du jour. Ses porte-paroles qui, aujourd’hui, s’évertuent à en parler, sont les mêmes qui, hier, nous opposaient une fin de non-recevoir ferme de leur patron.

Au terme d’une élection qu’il a perdue et qui a mis sous une lumière crue toutes les carences des institutions que nous dénoncions hier, il nous demande, sans jamais citer

Jean Ping et les autres leaders de l’opposition dont la victoire a été volée et confisquée par son camp et des institutions sans consistance, de prendre la main qu’il prétend nous tendre pour un hypothétique dialogue. C’est une aberration ! Nous comprenons qu’il nous prend pour ses sujets et que c’est de lui que tout procède. Hors de lui, point de salut. La précipitation de cet appel est la preuve d’une impréparation et relève d’une simple volonté.

Celle de chercher à couper les leaders de l’opposition de leur base qui constitue la majorité sociologique du pays. Les jeunes et les femmes de la vraie société ainsi que la société civile veulent le changement et savent qu’ils n’ont rien à attendre de lui et de ses affidés. Il sait très bien que les élections législatives doivent être organisées dans le pays. Nous attirons l’attention de nos partisans et de nos alliés sur cette échéance immédiatement à venir. Nous leur demandons de regarder en face le piège tendu. La sociologie électorale qui sort de cette élection présidentielle montre bien qu’Ali, son PDG et ses partisans seront battus.

C’est pour cette raison qu’il se précipite pour proposer un dialogue qui ne fera que décrédibiliser les opposants et lui permettre de tirer les marrons du feu afin de perpétuer leur système. Jean Ping et tous les hommes politiques qui le soutiennent ne peuvent pas accepter cette manière de se faire instrumentaliser par des bouts de pouvoir factices et des maroquins dans un gouvernement contrôlé par d’autres. Les artifices qu’ils utilisent sont aussi malvenus que les arguties procédurales de la présidente de la Cour constitutionnelle. Ils ne peuvent tromper que leurs auteurs. Aller dans un gouvernement qui n’aura qu’une durée de vie trois (3) mois environ, serait faire preuve de cécité politique !

Comment demander un dialogue lorsque l’on ne désigne pas qui est l’interlocuteur ? Nous avons entendu ses porte-paroles citer des noms d’anciens candidats à la présidentielle qui n’ont même pas réussi à emporter l’adhésion du peuple gabonais qui les a proprement ignorés, voire rejetés. Est-on vraiment sérieux et à quel résultat veut-on aboutir ?

La victoire dans les urnes est à Jean Ping, la victoire morale est à Jean Ping, la victoire socio-politique est à Jean Ping. Le peuple gabonais le sait et la Communauté internationale le sait.

Pourquoi le nier si on veut régler un conflit politique ? Pourquoi, s’il ne s’agit pas d’une simple manœuvre tacticienne, ne pas demander à parler avec celui qui compte et ses alliés ?

Il faut éviter de nous opposer une arrogance que les siens portent en bandoulière et des armes cachées dans le dos avec des menaces plein la bouche ! Le dialogue et la pacification ont des codes immuables ! Il faut les maîtriser.

Le savoir-faire qui a manqué à Ali et ses équipes 7 ans durant ne peut pas leur tomber dessus comme une grâce divine. Ils n’en ont pas reçu l’onction ! Ce qu’ils sont en train de faire en ce moment démontre bien leur amateurisme et leur incapacité à refonder leurs schémas de pensée. Encore moins à opérer les réformes profondes dont notre société a besoin. Ils doivent comprendre que les Gabonais se sont levés pour les combattre dans les urnes parce qu’ils n’en voulaient plus ! Ils n’ont toujours pas compris ce message pourtant élémentaire ! Vouloir occulter ce fait est une faute majeure. Ce n’est pas seulement une question d’opposition, messieurs. Les jeunes, les femmes et les moins jeunes qui ont été tués par les forces et autres milices d’Ali ne peuvent pas être tombés pour rien ! Il n’y a aucun appel en leur nom, le pouvoir les traite de bandes de voyous et de casseurs et il désigne tous les leaders politiques de l’opposition pour ce qu’ils veulent sauf leur reconnaitre le respect, la valeur, le mérite et la considération auxquels ils ont droit.

Tous ces blessés qui resteront à jamais marqués dans leur chair toute leur vie durant, pas un mot de compassion pour eux. Toutes ces personnes et autres leaders politiques emprisonnés et qui continuent de faire l’objet d’une traque méthodique et sans concession, doit-on les oublier ? Ces libertés fondamentales confisquées et déniées à tout un peuple ? La liberté d’expression bâillonnée, les usages diplomatiques et les engagements pris reniés et bafoués aux yeux du monde, des perquisitions illégales faites dans des domiciles privés sans mandats à la recherche de l’on ne sait quelles preuves pour les besoins de quelles enquêtes.

Nul ne sait ! L’image abîmée d’un pays respectable que n’importe quel dirigeant gabonais ne retrouvera plus jamais. Tout ceci n’aurait-il aucune valeur auprès de Monsieur Bongo et des siens ? Peut-être pensent-ils garder toutes les personnes arbitrairement détenues comme monnaie d’échange en vue de forcer l’opposition à accepter l’inacceptable ? Nous ne sommes pas des moutons apeurés que l’on pourrait intimider en nous proposant la liberté de Candide !

Jules Aristide Bourdès Ogouliguende

Président du Congrès pour la démocratie et la justice (CDJ)

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