Trois questions à… Jean-Rémy Yama leader de la société civile

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Arrêté le 9 juillet 2016, en marge de la contre manifestation organisée par la société civile en contestation du dépôt de candidature d’Ali Bongo Ondimba, Jean-Rémy Yama, leader syndical a été emprisonné préventivement durant 89 jours. Une semaine après avoir retrouvé sa liberté provisoire, le Coordinateur de Dynamique unitaire et des Témoins actifs répond à nos trois questions.

Bonjour monsieur Jean Rémy Yama, vous venez de passer près de trois mois de détention, quelles ont été les conditions de votre arrestation, de votre emprisonnement et de votre libération ?

Les conditions de mon arrestation sont liées au positionnement des Témoins actifs, qui est un mouvement citoyen qui a été créé le 1er Juin 2016 à l’initiative de Dynamique Unitaire, pour s’impliquer dans les élections présidentielles parce que nous avons considéré que c’était un enjeu important. Je crois que notre positionnement d’arbitre mais en même temps qui visait à sanctionner ceux qui ne respectent pas la loi a fait en sorte que nous soyons dans le collimateur du gouvernement.

Nous avons pris position dès le départ en demandant au président Ali, candidat à l’époque, de se prêter au test d’ADN pour mettre fin à cette rumeur sur ses origines.  Je crois que la prise de position des Témoins actifs est à l’origine de mon arrestation. Pour l’histoire, c’est à l’occasion d’une assemblée générale qui se tenait malheureusement en même temps et à des lieux très proches de la manifestation d’Ali le 9 Juillet qui était prévue par ses partisans lors du dépôt de sa candidature que j’ai été arrêté.

Je crois que la proximité des évènements à fait en sorte qu’il y ait  des échauffourées, mais qui ne sont pas imputables, je le dis bien, aux Témoins actifs encore moins à Dynamique Unitaire. Ce sont les gens qu’ils transportent à gauche et à droite parce qu’il faut faire le plein de leur meeting, ces personnes parfois déçues des sommes prévues, qu’elles ne reçoivent pas et à la fin de ce genre de manifestation on brûle les tee-shirts, les gens manifestent leur mécontentement. Je pense que c’est ce qui est à l’origine des échauffourées, mais comme il fallait un bouc émissaire et l’occasion était bien choisie, j’étais présent, les gens se sont interrogés de ma présence aux alentours du meeting d’Ali et donc voilà dans quelle condition on m’a arrêté pour me faire porter le chapeau de l’échec ou des émeutes qui ont eu lieu pendant cette manifestation.

S’agissant des conditions d’incarcération, il faut le dire j’ai été très bien traité, c’est vrai que sur le plan de la santé c’est pas évident parce que je suis un hyper tendu et que dans mon alimentation, dans tout ce que je fais, il faut beaucoup de précaution, mais pendant les quatre jours de garde à vue je n’ai pas été maltraité à la PJ ( police judiciaire ndlr), je n’ai pas été humilié et pendant les 90 jours de détention à la prison centrale, il en est de même j’ai pas été maltraité, même si on a côtoyé les rats, les cafards et les souris, je n’ai pas été maltraité.

Maintenant les conditions de libération, c’est la procédure qui veut que chaque fois l’on puisse demander une liberté provisoire. Mes avocats, ma famille, après deux demandes de liberté provisoire rejetées ont voulus faire une troisième demandes, même si personnellement j’étais contre, parce que je me suis dit autant attendre une bonne fois le jugement même si ça doit durer six mois, parce que dans le cadre correctionnel, la durée de la procédure c’est six mois renouvelables une fois donc c’est le maximum qu’on donne au juge pour soit abandonner la procédure ou juger la personne. Et  donc j’étais dans cette logique, ma famille a pensé le contraire. Elle m’a convaincu que je serai plus utile dehors qu’à l’intérieur de la prison et donc je me suis plié à leur demande, j’ai accepté la demande de liberté provisoire qui a été obtenue, je suis donc en liberté provisoire.

Comment avez-vous vécu l’élection présidentielle depuis la prison centrale de Libreville et pensez-vous qu’Ali Bongo soit le vainqueur de la dernière présidentielle ?

C’est avec tristesse triste que j’ai vécu les événements post-électoraux. J’étais triste, parce que comme je vous l’ai dit, les Témoins actifs ont été créés pour regarder les choses objectivement, au départ les Témoins actifs avaient pour but de ne soutenir aucun candidat mais de veiller au respect des procédures sur le plan légal, et  faire en sorte que le président que les gabonais choisiront soit le président qui dirige notre pays.

Le fait de m’arrêter a fragilisé le mouvement même si les Témoins actifs ont malgré cela pu se déployer dans les différents bureaux de vote. Je disais que j’étais personnellement triste parce que tout le monde, je dis bien tout le monde reconnaît que Jean Ping a gagné, même la communauté internationale, même les pédégistes savent que Jean Ping a gagné et on est devant une ambiguïté dont je ne sais pas comment on vas gérer la suite. Une ambiguïté pourquoi ? Parce que on a un président élu par les gabonais, c’est Jean Ping, et on a un président nommé par les institutions, c’est Ali Bongo. Alors comment les choses vont-elles évoluer ? Dieu seul sait et donc c’est un moment de tristesse que d’arriver à ce genre de situation. Les Témoins actifs avaient pour objectif d’éviter cette situation, c’est dommage et malin celui qui pourra dire de quoi sera fait demain.

Dans l’opinion nous avons appris l’arrestation de l’un de vos membre, en l’occurrence le Dr Sylvie Nkoghe-Mbot, quel est votre sentiment par rapport à cette énième cas d’arrestation d’un leader syndical et quelles sont les actions que vous comptez mener pour parvenir à sa libération ?

Vous savez même avant le Dr Sylvie Nkoghe-Mbot, nous avons deux syndicalistes encore en prison. Il y a Mba Essiane et Ondo Abessolo, le premier il est le président du syndicat des agents de l’Agriculture et le deuxième il est le président du syndicat des agents des Affaires sociales, ces deux-là ont été arrêtés en même temps que moi, le même jour, ils ont les mêmes chefs d’accusations quasiment, ils en ont deux, j’en ai trois. A cela s’ajoute l’arrestation du Dr Sylvie Nkoghe-Mbot, c’est vraiment triste, je le dis, l’appareil répressif du gouvernement continue malheureusement à s’abattre sur Dynamique Unitaire, ça il faut le dire. Nous payons le lourd tribut, parce que aujourd’hui nous sommes à quatre personnes arrêtés et tous des responsables de Dynamique Unitaire, des personnes qui ont des fonctions exécutives au sein d’un syndicat.

Le Dr Sylvie Nkoghe-Mbot est secrétaire confédérale de Dynamique Unitaire, Ondo Abessolo est également secrétaire confédéral, alors donc nous payons le lourd tribut. Nous sommes déçus parce que c’est la police politique qui l’arrête, elle est au B2, nous n’avons aucun contact avec elle, nous ne savons pas ce qui lui ait reproché, mais tout ça contribue à faire monter le climat social. Les actions qu’on va mener, ce sont des actions syndicales, on arrête une syndicaliste, on maintient en prison des syndicalistes, nos actions seront des actions de syndicaliste prévues par les textes. Nous allons protester, nous allons agir, nous allons pourrir le climat social tant que ces personnes ne seront pas en liberté. J’ose croire que les gabonais seront solidaires de ces personnes-là qui sont injustement arrêtées. J’ose croire que les gabonais penseront que ce qui arrive aux autres peut leur arriver aussi, peut arriver à certain membre de leur famille. Je crois que dans des moments aussi tristes la solidarité est de mise. J’appelle la population à rester mobilisée et vigilante par rapport aux actions que Dynamique Unitaire mènera sur le terrain.

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