Ndong Sima sur les pas d’Idrissa Seck

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Brillant économiste, de l’avis général, l’ancien Premier ministre d’Ali Bongo, de février 2012 à janvier 2014, doit désormais prouver qu’il peut aussi être un brillant politique. Alors que la date de la présidentielle approche à pas de géant, il n’a toujours pas dit s’il réintégrait la plateforme de la candidature unique de l’opposition ou s’il la quittait définitivement. En se mettant en marge d’une initiative que le peuple gabonais appelle de tous ses vœux depuis des décennies, Raymond Ndong Sima risque d’apparaître comme un allié d’Ali Bongo, dans une entreprise de réconciliation tacite. Faire la courte échelle à un pouvoir honni, même inconsciemment, est une posture suicidaire. A plus forte raison quand cela vient d’une personne créditée d’une intelligence au-dessus de la moyenne. L’ancien Premier ministre sénégalais Idrissa Seck en fait l’amère expérience actuellement.

Après s’être brouillé avec son mentor, Abdoulaye Wade, qu’il soupçonnait, à raison, d’organiser une dynastie en lançant son fils Karim, Idi (surnom d’Idrissa Seck) a accepté une réconciliation, sans doute sur la base de promesses. À la présidentielle de 2012, ses compatriotes lui ont préféré Macky Sall, lui aussi ancien Premier ministre, qui avait définitivement pris ses distances avec Wade, toujours à cause de Karim. Idrissa Seck peine à redevenir une personnalité de premier plan sur la scène politique, malgré des attaques virulentes contre le président de la République, sur fond de populisme.

En février 2015, un an après son limogeage sans ménagement précédé de multiples humiliations en public et en privé, Raymond Ndong Sima commet un ouvrage dans lequel il dénonce, pêle-mêle, le mélange des genres au sommet de l’Etat, le népotisme, la concussion, la corruption, la vassalisation des membres du gouvernement, à commencer par leur chef. Mais « Quel renouveau pour le Gabon ? » n’est pas seulement un brûlot. L’auteur y esquisse également sa vision d’un Etat moderne à partir de nombreuses réformes politiques.

Fin juin 2015, l’ancien chef du gouvernement démissionne du Parti démocratique gabonais (PDG), dont il était député. D’ailleurs, on ne peut pas dire qu’il était régulier à l’Assemblée nationale après la perte de la Primature. Le jour de sa démission, il dresse un bilan catastrophique du Gabon sur le plan économique et, là encore, propose des réformes : « Il faut rompre avec le passé et envisager une autre trajectoire. Telle est ma conviction. C’est pourquoi, j’ai choisi de laisser le Parti poursuivre sa route dans ses certitudes, d’exposer désormais librement mon analyse de la situation et de formuler les propositions qui me paraissent correspondre à la gravité de la situation. »

Pourquoi Ndong Sima devrait-il encore se retirer d’une plateforme visant à favoriser l’alternance susceptible de permettre les réformes politiques et économiques qu’il préconise ? Croit-il possible sa victoire le 27 août ou bien sa candidature est à ranger dans les nombreuses candidatures « de témoignage » dont le résultat est d’émietter les voix au profit d’un pouvoir vomi par le peuple ?

A 61 ans seulement, il n’a sans doute pas envie de raccrocher, pour se consacrer à ses affaires, dans son antre du PK 8, en face du célèbre Marché-Banane.

Par Marie Baya / Echos du Nord n°351 du lundi 22 août 2016

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