Interview : Lord Ekomy Ndong, la prise de parole

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L’engagement de certains rappeurs gabonais n’est plus à démontrer, c’est le cas de Lord Ekomy Ndong, auteur du titre Haut les mains. Joint quelques heures après avoir dévoilé ce nouveau titre aux allures de contestation,  nous avons recueilli son avis sur la situation sociopolitique qui prévaut au Gabon.

On vous sait très engagé dans l’action politique de votre pays par vos textes et vos prises de positions.  En 2009 déjà, votre  musique parlait pour vous à travers un de vos tubes intitulé “Engogol”. Aujourd’hui encore, vous n’avez pas hésité à exprimer votre sentiment face aux vagues d’arrestations qui secouent la sphère politique gabonaise. C’est par le biais de votre page Facebook et surtout votre récente sortie musicale que vous vous y prenez.

Cependant, si vous  avez osez-vous insurger contre les multiples incarcérations auxquelles on assiste depuis la validation de la candidature du Président sortant, beaucoup ont choisi de taire leurs pensées, notamment les artistes. Comment justifiez-vous leur silence et celui d’une tranche de la population face à ces arrestations ?

Je pense que les personnes concernées peuvent mieux justifier leur attitude que moi. Pourquoi est-ce qu’ils sont silencieux face à ces arrestations, il serait pertinent de le leur demander à eux même.

Je peux par contre dire pourquoi je réagis avec les moyens qui sont les miens. C’est parce que je pense qu’ il est important que la jeunesse réapprenne à s’offusquer de ce qui se produit devant elle. Il faut qu’on apprenne à nous mêler de ce qui nous regarde. Alors que jusqu’ici il existe une caste de la société qui peut se permettre tout et n’importe quoi parce que la grande partie d’entre nous est installée dans une sorte de “on va encore faire comment” On appartient à une génération qui ne se permet même pas de s’indigner. Pourtant “non” est un mot d’une syllabe qui demande une fraction de seconde pour être prononcé. Il faut qu’on réapprenne à dire non quand on est face à n’importe quoi. Il y a peut-être des détails propres à chaque arrestation que je ne connais pas. Mais si on s’en tient à ce que je sais, si un jeune est intimidé ou menacé parce qu’il n’est pas d’accord avec le régime il faut qu’on réagisse.

Personnellement je réagis avec les moyens qui sont les miens. J’ai spontanément écrit une chanson intitulée “haut les mains ” et je compte parmi les parrains d’un dispositif de lutte contre les arrestations arbitraires à l’échelle panafricaine. Ça fait partie de mes contributions au combat contre certains de nos mauvais  régimes africains.

Après le tube “Pas comme on l’entend” en feat avec Maat, qui révèle je cite ” à beau chercher avec la torche, n’y a pas l’homme pour l’instant “, quelle est votre point de vue sur cette présidentielle 2016 ?

Les choses vont forcément évoluer mais Pour l’instant Le scénario qui s’écrit avec les hommes politiques n’est pas rassurant. Le parti unique n’a jamais été déclaré perdant à une élection en 50 ans et on a déjà des signes qui montrent la capacité du pouvoir à faire ce qu’il veut indépendamment des aboiements qui poursuivent le passage de sa caravane. Je pense que c’est à la jeunesse, largement majoritaire d’ailleurs de faire bouger les choses. Au-delà du travail réel ou non qui est fait par la classe politique. »

Dans une chanson récente, Saik’1ry (rappeur gabonais) qualifiait l’actuel président de “Mister zéro”, du point de vue du texte, cette déclamation vous paraît-elle raisonnablement engagée ?

Il dit ce qu’il pense et c’est son droit. En vérité il dit plutôt ce que toute une génération voit de ses propres yeux. Il a le courage de le dire avec ses mots à lui sans passer par quatre (4) chemins. Et en plus il le fait en honorant les règles de l’art du rap pur. Ça me rend fier.

Les arrestations de certains activistes et artistes du monde rapologique gabonais se multiplient, à tort ou raison, leur dénonciation à l’encontre du pouvoir actuel, l’artiste que vous êtes est-il prêt à briser le silence sur ces faits ?

Je ne fais que ça. Je me tiens informé et j’informe à mon tour. Au-delà du jeu de mot ma musique est un moyen efficace de briser le silence c’est pourquoi j’ai écrit, enregistré, mixé, et livré un titre sur cette actualité. La chanson s’intitule HAUT LES MAINS. Dans le même temps je participe à la mise en place d’un dispositif de lutte contre les arrestations irrégulières dénommé “Alerte Arrestations Arbitraires” que je parraine avec d’autres artistes africains engagés.

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