Liberté d’expression : peut-on tout dire au Gabon ?

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La question a fait l’objet d’une polémique dans l’Hexagone avec l’affaire Dieudonné, l’humoriste qui a fait les choux gras de la presse française et internationale. Chez nous au Gabon, le débat n’a pas encore été porté sur la place publique, et pourtant certains faits nous obligent à en parler.

Par définition, la liberté d’expression est le droit pour toute personne de penser comme elle le souhaite et de pouvoir exprimer ses opinions par tous les moyens dont elle juge opportun, dans les domaines de la politique, de la philosophie, de la religion, de la morale, etc. Ainsi, la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH) et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) protègent le droit à la liberté d’expression dans leurs articles 19 respectifs. Elle revêt un caractère indéniable car essentiel à l’exercice d’autres droits humains.

Condamnation pour outrage

La semaine dernière, nous avons vécu une énième condamnation de journaux gabonais par la Justice de notre pays, relayée par Gabonreview. En effet, Akame Djime Jérémie et Hermeland Loubah, deux journalistes de l’hebdomadaire L’Aubeont été reconnus coupables d’outrage envers le Président de la République et condamnés à une peine privative de liberté de 12 mois chacun dont 6 mois fermes pour le premier et 2 mois fermes pour le second par un arrêt du 16 juin 2015. Avec 42 millions de Fcfa de dommages-intérêts, montant de la condamnation en Première instance et confirmé en appel. La justice gabonaise frappe fort. Une décision lourde au regard des faits qui sont reprochés aux prévenus.

Cependant, le ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Séraphin Moundounga, a démenti cette condamnation avec sursis, arguant qu’il s’agissait d’un « faux document ». Il a affirmé : « C’est de l’intox que les gens font pour profiter du fait que nous sommes en période électorale, pour essayer de créer la psychose ou le trouble dans l’opinion publique. »

Pour rappel, cette histoire remonte à la fin de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN), en janvier 2015. L’hebdomadaire L’Aube a diffusé un article dans lequel le président Ali Bongo Ondimba est associé à la défaite des Panthères du Gabon par sa seule présence au stade. La Une du journal annonçait : « Les Panthères éliminées, Ali porte malheur ». En illustration, un montage photo d’Ali Bongo Ondimba en tenue de féticheur a été conçu.

Un droit inaliénable

Pour les individus, la liberté d’expression met en avant la possibilité d’exprimer librement ses opinions, et garantit au citoyen d’être en sécurité par rapport aux opinions qu’il peut défendre et lui permet d’être écouté par l’Etat. Avec la liberté d’information, la liberté d’expression permet aux citoyens d’exposer leurs aspirations. Si chaque citoyen peut exprimer ce qu’il pense sans crainte, et que les médias sont libres de rapporter ce qui est fait dans le fonctionnement du pays, les gouvernants peuvent prendre conscience des préoccupations de ses concitoyens.

Une liberté encadrée par la loi

Toutefois, il est nécessaire de préciser que cette liberté, bien que fondamentale, est strictement encadrée par la loi. Dans le deuxièmement de l’article premier de la Constitution du Gabon, il est dit : « La liberté de conscience, de pensée, d’opinion, d’expression, de communication, la libre pratique de la religion, est garantie à tous, sous réserve du respect de l’ordre public » Et comme le dit l’adage : « Ma liberté s’arrête là où commence celle d’autrui ». La liberté d’expression ne doit en aucun cas être un blanc-seing pour diffamer, insulter ou propager des propos haineux.

Au contraire, dans une société, qui se veut moderne, elle garantit le débat contradictoire dans l’espace public, cela dans le strict respect d’autrui. Elle permet à chaque citoyen de proposer des pistes de solutions aux problèmes qui touchent la cité.

En outre, bien que certaines catégories puissent être exemptées d’un contrôle strict, en l’occurrence les caricaturistes et les journaux satiriques, il n’en reste pas moins qu’ils doivent respecter une certaine éthique dans le traitement de l’information.

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