Les positions discordantes de l’UA révélatrices d’un rétropédalage

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Le lundi 29 août 2016, soit 3 jours après le vote, la mission d’observation des parlementaires africains (UA) avait présenté son rapport devant la presse nationale et internationale dans la salle de l’hôtel Boulevard située au 5ème arrondissement de la commune de Libreville. Ce rapport ne révélait aucune anomalie, pour les observateurs de l’Union africaine « l’élection était libre, transparente et organisée de manière acceptable ».
 
Le 31 août 2016, après la lecture des résultats provisoires de l’élection qui donnaient Ali Bongo vainqueur, le pays a été secoué par une crise sans pareil : pillage des commerces, des routes barrées, des blessés et même des morts. Depuis plus rien ne se passe comme avant le lien social a été brisé, une forte présence d’hommes armés dans les rues.
 
Ainsi, après de nombreux jours de réflexion, le jeudi 8 septembre 2016 à 15h15 Jean Ping décide de rester dans la légalité et saisi la Cour constitutionnelle. Sa requête portait sur la réformation des résultats de l’élection dans la province du Haut-Ogooué qui a permis la victoire du président sortant avec un taux de participation de 99,93%. Du jamais vu…
 
La phase contentieuse ouverte, l’Union africaine avait pris le soin d’envoyer une équipe de juristes pour assister la Cour constitutionnelle dans la gestion du contentieux électoral. Dans la nuit du 23 au 24 septembre c’est sans surprise que la CC a confirmé ce que les gabonais savaient déjà, Ali Bongo vainqueur avec désormais 50,66%.
 
Cette même équipe devrait rendre son rapport officiel prochainement. Curieusement un revirement de situation apparaît, en effet, des extraits du pré-rapport intitulé « rapport de la mission à la Cour constitutionnelle du Gabon sous l’égide de l’UA. Mission d’observation de la gestion contentieux de l’élection présidentielle du 27 août 2016 » présente des irrégularités. On peut par exemple lire « les procès-verbaux examinés font apparaître une constante avance du candidat Jean Ping sur le candidat Ali Bongo Ondimba ». Plus loin, on retrouve « les procès-verbaux du Haut-Ogooué sont si bien rédigés, ordonnés et, par ailleurs, la coïncidence entre le nombre d’inscrits, celui des suffrages exprimés et l’attribution quasi-totale de ceux-ci à un seul candidat, qui paraissent invraisemblables ».
 
Les réactions sont allées dans tous les sens. En réponse, le ministre des relations avec les institutions constitutionnelles chargé du dialogue politique, Francis Nkea n’est pas allé de main de morte, après avoir qualifié le pré-rapport de brouillon non crédible et sans valeur juridique, il a affirmé « un rapport qui est fait par des juristes ne peut pas reprocher aux PV leur perfection. Il devrait plutôt féliciter les scrutateurs de la province du Haut-Ogooué. Pour le droit, la manipulation c’est l’imperfection, c’est l’irrégularité ».
 
Dans la même lancée, le président de la Cenap, René Aboghé Ella visiblement pas content a précisé «pour une fois qu’on a des scrutateurs bien formés, je comprends pas qu’on s’étonne des PV du Haut-Ogooué».
 
Pour Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, porte-parole de Jean Ping, «ce qu’il y a d’intéressant dans ce document, c’est qu’il nous renseigne sur ce que devient l’Union africaine. On a le sentiment qu’ils se sont comportés comme une institution qui œuvre pour le maintien des dictatures en Afrique.»
 
Que faut-il attendre de ces rapports ? Rappelons que celui de la mission d’observation européenne (MOE) sera finalement lu ce 2 décembre prochain à Libreville par les observateurs.

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