Le témoignage de Kevin, Simon et Bernard

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Bonjour tout le monde. Ce matin je veux prendre quelques minutes pour revenir sur ma journée d’hier.

Hier j’étais moins disponible sur les réseaux sociaux ; hier j’ai passé une journée très triste parce que j’ai accompagné mon ami, pleurer 2 de ses petits frères, morts durant l’assaut au QG de JP.

J’ai donc retrouvé mon ami Kevin, complètement abattu et en larmes car il a perdu ses 2 petits frères, Simon et Bernard, avec lesquels il a vécu et grandi.

Ce même Kevin que vous insultiez en public et en privé parce que vous pensez qu’il ne s’émeut pas ou ne souffre pas de ce qui se passe actuellement.

Je vous raconte cela parce que je voudrais évoquer 2 points qui, en mon sens, sont très importants.

Premièrement j’aimerais que l’on arrête de se juger les uns et les autres ; à plus forte raison quand on ne se connaît pas. Je vous ai vu quasiment lyncher Kevin ici. Kevin je sais de lui qu’il est quelqu’un de généreux, de disponible, un patriote qui a le souci de son pays et de ses frères et sœurs. Ceux qui suivent Kevin ici depuis bien longtemps avant les élections savent que Kevin a toujours dénoncé les maux de la société, que Kevin a toujours été au cœur de projets visant à aider les autres et améliorer les conditions de vie d’autrui dans les communautés. Cependant, à cause de son silence beaucoup de vous ont supposé qu’il encourageait les violences actuelles ou qu’il est indifférent. Laissez moi vous rappelez que l’on se bat tous pour la DEMOCRATIE et les valeurs qu’elle implique. En démocratie on ne lynche pas, on ne tient pas rigueur à quelqu’un parce que cette personne a voté différemment.. Sinon on va même à l’encontre des principes de cette fameuse démocratie. Beaucoup d’entre vous ont interprété son silence, certains de vous sans même le connaître. Nous n’avons pas besoin d’exprimer nos peines ou nos émotions sur Twitter pour que ces dernières soient réelles ou validées par les autres. Kevin est un homme, il peut être décu, touché, triste, mener des combats, souffrir et juste décider d’intérioriser ses sentiments parce qu’il n’est juste pas obligé de les exposer ici ou se justifier. Il fait le choix de ne pas s’expliquer ici mais moi je refuse de voir que l’on parle mal de lui ou d’autres, pour x raison alors que nous ne savons pas ce qu’ils vivent derrière, les combats qu’ils mènent ni les peines qu’ils endurent en coulisse Avant d’avoir nos convictions qui nous sont propres, avant d’être PDGistes ou opposants, nous sommes des êtres humains. Kevin et moi avons des avis divergents à bien des niveaux mais aujourd’hui mon ami pleure, et je pleure avec lui. Nous sommes UN dans la douleur ; acceptons nos différences et nos parcours, recentrons nous sur le combat et avançons.

Enfin, le 2e point que je voulais évoquer… Simon et Bernard, les deux petits frères de Kevin, sont ce qu’on appelle chez nous des « Makaya ». Ils n’ont pas de privilèges, ne sont pas « enfants de ». Ces deux jeunes hommes sont morts durant l’assaut au QG. Le même assaut pour lequel le parti au pouvoir annonce 5 morts officiels au maximum. Simon a été touché par une balle dans le pied, il est mort d’une hémorragie et par asphyxie (sûrement les bombes lacrymogènes). Sa grande sœur n’a eu de nouvelles de lui que plusieurs jours après l’assaut quand la clinique Chambrier l’a appelé pour annoncer son décès. Bernard quant à lui,  a été découvert par hasard, un corps parmi d’autre, qui a été reconnu par quelqu’un venant identifier quelqu’un d’autre.

Hier nous allons donc au domicile de la grande sœur de Simon ; cette dernière vit comme plus de 65% des gabonais, dans des conditions de pauvreté qui ne laisseraient aucun de nous insensible ; des conditions telles qu’elle n’a même pas les moyens de faire sortir et enterrer le corps de son petit frère.

Au moment où je fais ce constat, quelque chose m’interpelle. Je me rends compte que parmi toutes les personnes qui étaient au QG, celles qui ce sont fait arrêter, torturer ou même tuer, les sorts réservés à chacun dépendent souvent de leur classe sociale. Beaucoup ici, issus de classes moyennes ou jouissant de certains avantages se sont fait arrêter, parfois tabasser, mais sont toujours en vie. Pour ce qu’il en est des « Makaya » comme on les appelle, leur sort n’a pas toujours été le même. C’est à dire que même au cœur de ce combat que nous sommes en train de mener pour améliorer nos conditions de vie et surtout celles des plus démunis, les forces de l’ordre et (à travers eux) le pouvoir en place, nous rappellent que les vies de certains valent plus que d’autres, que celles des « Makaya » ne comptent pas… Ils doivent accepter et subir ces conditions existantes sinon, à la moindre révolte, ils se font torturer ou massacrer. Leur vie n’a donc aucune valeur à leurs yeux. Quand je regarde la grande sœur de Simon, que je vois ses conditions de vie et son rang social, je me dis que ces gens qui tuent sont totalement conscients de ce qu’ils font, ils savent qui ils tuent. Ils tuent les « Makayas ».  Parce qu’au final, ces « Makayas » la, qui s’indignent pour eux ? Simon.. si Kevin ne s’occupait pas du financement des obsèques, qui aurait pu le faire dans sa famille ? personne ! ils n’en ont pas les moyens. Bernard.. Si quelqu’un n’avait pas vu son corps par hasard à la morgue,  personne n’aurait su qu’il était mort. Que serait même devenu sa dépouille ? Jetée comme celle d’un animal ?? Où est le respect de la vie humaine ? de la dignité humaine ?

Savez vous combien de corps sont à CASEPGA sans que les familles ne soient au courant ? et quand ces familles retrouvent les corps que peuvent-elles faire ? Où iraient-elles s’indigner ? et si elles le font et qu’elles subissent les représailles, qui s’indignera et dénoncera ce qu’elles subissent. . ?!!!

Parmi nous, nous avons la chance de connaître des gens, d’être pour la plupart issus de familles aisées ou au moins, à revenu moyen ; nous avons des gens, même sur les réseaux sociaux, qui s’indigneront pour nous et dénonceront ce que nous pourrons subir… Mais eux.. Les Makayas… ils meurent et disparaissent comme des gens qui n’ont jamais existé. Mon cœur s’est encore brisé hier..

Je ne sais pas si cette histoire m’a encouragé ou découragé.. Les sentiments en moi sont mêlés. Je suis découragée parce que dans ce combat dans lequel nous participons tous, ce sont toujours les mêmes que l’on tue, dont les vies ne comptent pas. Mais je me sens encouragée parce que je ne veux pas que leur mort ait été vaine. Je veux que justice soit faite. Que leurs familles ne se disent pas « il est mort en allant manifester cadeau » ; mais qu’elles se disent « grâce à lui, à eux, nous bénéficions de meilleurs conditions de vie, ils nous ont sorti de là où on était, ils nous ont sauvé, leurs vies valaient la liberté, notre liberté à tous, celle du Gabon ».

J’ai donc une pensée particulière pour nos frères et sœurs dont les droits et même les vies sont bafouées. Je veux exprimer ma gratitude envers eux et élever mes prières vers eux, pour le repos de leur âme.

Nous sommes UN dans le combat, nous sommes UN dans la douleur… Restons unis malgré nos différences. Gardons en tête l’amour et le respect pour que nos prières soient plus fortes et entendues.

Courage à nous tous dans le combat et la douleur.

#FreeGabon

1 COMMENTAIRE

  1. petit frère ou mon fils selon, je retiendrai ta conclusion , car c’est la révolution française qui a amené la démocratie et des morts il y en a eu, ils sont donc morts pour un noble cause, nous nous inclinons devant leur bravour un jour…un jour viendra… un jour de gloire…. merci

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