Jean Ping, pour un « pays parallèle » ?

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Au cours de son allocution tenue à son domicile le 24 septembre dernier, soit quelques heures après la décision de la Cour constitutionnelle qui a confirmé l’élection d’Ali Bongo avec un score de 50,66 % des suffrages alors que la compilation de l’ensemble des procès-verbaux donnait Jean Ping vainqueur avec 51,17%. Ce dernier qui se dit « président élu » entend  «aller jusqu’au bout » pour « pour défendre votre vote, et votre souveraineté ».

Jean Ping, devant des milliers de personnes venus l’écouter a précisé   « La menace, dans cette instabilité, d’un pays parallèle avec son cortège de dangers ». Qu’entend-t-il par « pays parallèle » ? S’agit-il d’un Etat avec ses institutions ? Notamment, un exécutif avec la nomination d’un gouvernement, un législatif et un judiciaire parallèle ? Par cette affirmation, l’ancien président de la commission de l’Union africaine entend-t-il emboîter le pas de ses prédécesseurs, Père Paul Mba Abessolo en 1993 et André Mba Obame en 2012 ?

En 1993, Père Paul Mba Abessolo avait au lendemain de l’annonce des résultats par le ministre de l’Intérieur de l’époque, Antoine Mboumbou Miyakou, nommé un gouvernement. L’opposant revendiquait la victoire  de cette présidentielle. Omar Bongo à l’époque avait réprimé avec la dernière énergie les manifestations qui s’en étaient suivies entraînant l’assaut du  quartier général  du président du Rassemblement national des bûcherons (RNB) et le bombardement de la célèbre radio de l’époque “ Radio Liberté “.

Ces événements s’étaient soldés par les accords de Paris et une modification de la Constitution, puis des législatives qui avait d’ailleurs vu l’arrivé à l’assemblée nationale de nombreux leaders de l’opposition de l’époque tel que Pierre Mamboundou.

En 2012, rentré de Paris, André Mba Obame qui n’avait pas cessé de revendiquer la victoire à la présidentielle du 30 août 2009, avait fini, le 25 janvier 2012 par nommer lui aussi un gouvernement alternatif après sa prestation de serment. En répression, le gouvernement avait décrété la dissolution de sa formation politique, l’Union nationale dont il était le Secrétaire exécutif. S’en est suivi, la suspension des salaires de l’ensemble des membres de son gouvernement. Un acte qui n’avait donné lieu à aucune reculade de la part des autorités si ce n’est la résurrection du Conseil national de la démocratie.

L’on se retrouve aujourd’hui avec un président de la République proclamé par la Cour constitutionnelle, Ali Bongo Ondimba et un président de la République dont les suffrages ont été revus à la baisse, reconnu par le peuple et par le Parti socialiste qui, dans une déclaration avait déjà reconnu la victoire du candidat Jean Ping et félicité l’avènement de d’une alternance politique qui serait le signe d’une bonne santé démocratique et un exemple.

Casimir Mapiya,

Hebdomadaire l’Aube n°140 du lundi 26 sptembre 2016

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