Interview: « J’ai l’impression que la volonté de certains [opposants] est de permettre qu’Ali Bongo arrive jusqu’en 2025 » Luc Bengone Nsi

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En 2009 vous avez été la seule personnalité de l’opposition à dénoncer le fait que l’acte de naissance du candidat Ali Bongo était irrégulier. Quel est votre avis sur le silence des autres opposants dans le combat que vous avez entamé?

Le silence pour moi est toujours le même aujourd’hui. Je peux vous le dire malgré certains soubresauts. Mais j’ai pu le comprendre à travers le livre de Monsieur Pierre Péan qui souligne que la grande loge nationale de France et la grande loge du Gabon, donc la franc-maçonnerie ont donné l’ordre que les membres de ces cercles là ne disent pas publiquement quelles sont les origines d’Ali Bongo. Ils le savent et ils sont tenus par ce serment. Aujourd’hui j’ai l’impression que depuis 7 ans la plupart des leaders accompagnent Ali Bongo et nous transforment en petits griots, ce qui n’honore pas le peuple gabonais. Ils ne font aucun effort pour que le peuple gabonais puisse prendre ses responsabilités et puisse sauver son honneur et sa dignité. C’est assez clair, je vis dans ce milieu depuis 7 ans et j’ai l’impression que la volonté de certains est de permettre qu’Ali Bongo arrive jusqu’en 2025. C’est dommage de le dire mais c’est le constat qui découle de ce que j’ai vécu depuis 2009.

Vous avez saisi récemment la Cour d’appel de Libreville en contestation de la nationalité du Président Ali Bongo n’avez-vous pas une suspicion légitime quant-à l’impartialité de cette juridiction ?

Je crois que c’est un sujet délicat. Je dépose cette requête à la Cour, je pars du principe que c’est une institution judiciaire gabonaise. Dans une institution judiciaire le président n’est pas seul. Dans une institution judiciaire, les magistrats ont été formés pour rendre la justice au nom du peuple. Nous pouvons avoir en tant que magistrats des avis personnels, mais quand on met sa toge on doit se souvenir qu’on a pris un engagement, qu’on est tenu par la loi en vertu de laquelle on doit rendre sa décision. Il est dit effectivement que Mme Akoli a grandi à la présidence et qu’elle serait l’épouse d’un béninois et quand on vous dit béninois on peut penser que les autres peuvent avoir une emprise sur les décisions qu’elle aura à prendre. Je pense que chacun d’entre nous doit prendre ses responsabilités face aux risques qui peuvent découler d’une décision. J’entends par risque la dignité du peuple gabonais ainsi que son honneur. Si c’est l’occasion, j’interpelle cette dame à rendre la justice au nom du peuple gabonais. Nous essayons de faire comprendre qu’en matière de nationalité, la preuve incombe à celui dont on conteste la nationalité. Voilà pourquoi j’ai introduit la requête pour que le mis en cause Ali Bongo Ondimba vienne apporter la preuve de ce qu’il est le fils biologique d’Albert Bongo et de Joséphine Kama. Tout en sachant que dans le dossier nous avons plusieurs informations qui sont d’origines diverses et qui tendent à démontrer qu’il n’est pas le fils biologique d’Albert Bongo et de Joséphine Kama. Qu’on ne nous dise pas qu’Ali Bongo est président, car le même fait s’est produit dans la plus grande démocratie de ce monde. Aux Etats-Unis, Barack Obama a dû sortir son extrait de naissance pour taire les contestations qui naissaient. Aujourd’hui nous avons saisi la Cour d’appel de Libreville et nous avons confiance en elle. Mme Akoli doit avoir avec ses collègues, la responsabilité de rétablir la vérité.

Pour finir Monsieur Bengone Nsi, quel est votre sentiment sur la validation de la candidature d’Ali Bongo par la CENAP ?

Ali Bongo n’agit pas en démocrate, en 2009 il n’a pas gagné l’élection. Il a fait un coup d’état. Lorsqu’on agit pas en démocrate, ont est un tyran, un dictateur. Je crois que tout son comportement le démontre. Cette fois ce n’est pas le PDG qui l’a choisi, il s’est imposé au PDG. Il s’est déclaré candidat du PDG avant le congrès. Tout ceux qui n’était pas content ont démissionné. Il fallait s’attendre à ce que Aboghe Ella entérine sa candidature, soit par peur, soit pour d’autres raisons. Les échos que j’ai sont que la plénière n’a pas voulu que sa candidature soit validée et que ce sont les membres du bureau qui s’étaient réunis et ont procédé au vote à bulletins secrets. Il a donné pour résultat, 5 pour Ali Bongo et 3 contre Ali Bongo. ce qu’il faut également noter c’est que le PDS de Me Ndaot qui fait partie du bureau aujourd’hui soutien Ali, pensez vous que le représentant d’un parti qui soutien Ali Bongo puisse voter comme un représentant de l’opposition ? Voilà pourquoi vous avez 5 pour et 3 contre. C’est la plénière qui est l’organe suprême de la Cenap. On ne peut pas retirer un dossier de la plénière pour la remettre à un bureau dont la représentation porte à équivoque. Aujourd’hui Ali Bongo profite du pouvoir qu’il a usurpé pour s’imposer. S’imposer contre la contestation de ses origines, s’imposer pour passer outre la constitution. Pour nous Ali Bongo est un occupant. Il n’est pas démocrate.

Crédits photo : Gabon infos 

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