Gabon: Le coup de Com’ du président Ali Bongo

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En se présentant sur les radios matinales française comme un démocrate victime d’un autocrate fraudeur, le Président gabonais Ali Bongo espère inverser la tendance médiatique qui ces derniers jours semble le désavantager.

Il a été longtemps conseillé par le publicitaire Richard Attias qui organisait pour lui “le New York Forum Africa”. Aujourd’hui, c’est l’agence WPP qui assure la communication du président du Gabon. Ses conseillers lui ont-ils soufflé l’idée de ce contre-feu médiatique ? La double interview choc sur RTL et Europe 1 était une belle opération de communication.

Rappelons les faits. Depuis la proclamation des résultats contestés le 31 août, la communauté internationale réclame la publication des scores par bureaux de vote. Cette demande est en réalité formulée par la mission d’observation de l’Union européenne dirigée par l’eurodéputé Mariya Gabriel. Cette dernière aurait obtenu assez de copies de procès verbaux pour douter de la crédibilité du calcul réalisé par la Commission électorale (Cenap).

Le but de l’interview pour Ali Bongo consistait à relativiser le travail des observateurs de l’Union européenne. Il n’a pas eu besoin d’avancer l’argument puisque la question lui a été posée par les deux intervieweurs sur les deux radios.  “Vous estimez que l’UE vous traite plus sévèrement qu’elle traite Jean Ping”, lui demande Elizabeth Martichoux sur RTL. “Il faut être clair et équilibré si on veut relever des anomalies”, répond Ali Bongo. Relance de la journaliste: “l’Union européenne serait-elle partiale ?”. Deuxième relance: “Vous ne trouvez pas les inspecteurs de l’Union européenne partiaux, équilibré ?”

 

Sur Europe 1, Jean-Pierre Elkabbach offre aussi à Ali Bongo une occasion de dérouler son argument de com. “Est-ce que vous pensez que les observateurs de l’Onu et de la commission de l’Union européenne ont fait preuve d’impartialité ?”. “Certains membres de la délégation européenne se sont mal comportés”, répond Ali Bongo satisfait qu’on lui ait posé cette question. Voilà la mission d’observation qualifiée d’impartiale.

Mais que pourraient-il lui reprocher ? Depuis le 31 août, la délégation de l’UE demande à pouvoir consulter les PV ayant servi à la Cenap pour compiler les résultats de la région du Haut-Ogooué, fief d’Ali Bongo. Les PV que l’équipe de Mariya Gabriel a en sa possession ont été récoltés dans les bureaux de vote, paraphés et signés par les représentants des différents partis. Ils ne donnent pas à Ali Bongo les 65.000 voix qu’il lui manquait sur les 71714 électeurs que compte cette province du Haut-Ogooué.

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En accusant Jean Ping d’avoir utilisé des Hackers et d’avoir fraudé, Ali Bongo lui renvoi la balle. Mais, il ne s’agit pas du même type de fraude. Ali Bongo conteste les PV, il annonce d’ailleurs qu’il va soumettre des recours à la Cour constitutionnelle. Jean Ping en revanche ne conteste pas ces PV. Son porte-parole Ayi Ntoutoume nous le répète ce matin: “l’opposition ne conteste pas les procès verbaux. Nous contestons les résultats proclamés par le ministère de l’Intérieur”.

Selon le Président gabonais, le recomptage réclamé par la communauté internationale ne peut se faire que par la Cour constitutionnelle. Tout recomptage hors de la cour constitutionnelle serait illégal. La déclaration à ce sujet sur Rfi du ministre de la justice démissionnaire Séraphin Moundounga était très claire. “Il est possible de faire en sorte que, dans le silence de la loi, on puisse procéder au recomptage des voix, bureau de vote par bureau de vote, procès-verbal par procès-verbal. On peut le faire puisqu’on ne viole aucune disposition de la loi.”

Selon celui qui fut jusqu’à lundi son ministre de la Justice, Ali Bongo n’aurait pas besoin de “violer la loi” comme il le dit pour répondre aux demandes de l’UE.

“Je suis un démocrate”, Ali Bongo sur Europe 1


Crise politique au Gabon : Ali Bongo répond aux…par Europe1fr

Lorsque Jean-Pierre Elkabbach demande à Ali Bongo s’il serait prêt à quitter le pouvoir si la Cour constitutionnelle donnait Jean Ping gagnant, le Président gabonais répond: “Je suis un démocrate, je suis pour que nous allions devant la Cour constitutionnelle qui va confirmer mon élection”.

Sur les violences post-électorales, le Président Ali Bongo Odimba déplore trois décès. Le 2 septembre, son porte-parole Alain-Claude Billie Bi Nze faisait état de 5 morts lors d’une conférence de presse. Ce dernier n’était pas joignable ce matin. Enfin, selon les propos d’Ali Bongo, la situation sécuritaire serait sous contrôle. Soulignons que l’armée française a déployé au Gabon une unité “Guépard”, un détachement capables de s’engager dans un délai de 48 heures pour effectuer en cas de besoin l’évacuation des ressortissants français.

Source: François de Labarre pour parismatch 

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